Courtesy of Julien Boudet. 

Dites bonjour à la nouvelle génération de rappeurs francophones

De Nelick à Cashmire, de K.S.A à Le Juiice, i-D est allé à la rencontre d'une nouvelle génération de rappeurs francophones, profondément créatifs et d’ores et déjà indispensables à l’avenir du hip-hop.

par Maxime Delcourt
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12 Novembre 2020, 11:21am

Courtesy of Julien Boudet. 

Ces dernières années, on a beaucoup parlé d'un nouvel âge d'or du rap, arguant que le genre était de loin le plus populaire, porté par une nouvelle génération arrivée à maturité, qui ne se limite plus à l'axe Paris-Marseille, assume son éclectisme et impose désormais ses règles à travers des morceaux qui évoquent un best-of aléatoire de la bibliothèque Spotify de leurs auteurs.

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Courtesy of Julien Boudet. Younès: Veste en peau de mouton à monogram embossé, pantalon de costume, Louis Vuitton. Col roulé, Isabel Marant. Lunettes, personnel. Guy2Bezbar: Veste à motif géometrique, pantalon de costume, Louis Vuitton. Lunettes de soleil, Balenciaga. Sac et bottines, Louis Vuitton. Nelick: Blouson matelassé, Louis Vuitton. Pantalon de costume, Off-White. Bijoux, personnel.

Le plus fou, c’est que derrière cette flopée d’artistes habitués aux disques d’or (Nekfeu, Niska, Damso, PNL, Ninho), la relève se prépare, prête à s'accaparer les tendances actuelles pour mieux les soumettre à des envies créatives hybrides et éclectiques. Pour Cashmire, Frenetik, Gracy Hopkins, Le Juiice, K.S.A, Guy2Bezbar, Nelick, Younès ou encore YG Pablo, tous ces artistes réunis par i-D le temps d’une journée, il ne s’agit plus simplement de balancer des singles, mais bien de développer de véritables projets, singuliers, riches de multiples nuances, visuellement travaillés et capables de concentrer en quelques phrases, quelques fulgurances, des univers qui se gardent bien de toute nostalgie. Avec eux, il s’agit au contraire de créer de l’inédit, de se démarquer au sein d'un milieu toujours plus concurrentiel et, avec les moyens du bord, parfois encore réduits à ce stade de leur carrière, d’envoyer bouler le déterminisme. À l’image de cette phrase, balancée par Cashmire, sûr de son fait : « On vient en grande majorité de lieux où les fleurs ne poussent pas. Et pourtant, c’est sur cette terre infertile que des artistes comme moi comptent bien germer ».

Younès, 25 ans, Rouen

Petit, je ne savais pas que je voulais faire du rap. J’étais davantage attiré par l’écriture, je songe d’ailleurs toujours à m’exprimer via ce médium, mais il y a eu des moments déclics. À l’image de cette première partie de MHD effectuée il y a quatre ans aux côtés de mon pote Leone : en sortant de scène, on s’est tout de suite dit qu’il fallait qu’on goûte à nouveau à cette énergie offerte par la scène. À l’image également de mon premier clip, « Yoon On The Moon », réalisé par mon gars Rilès. Ces deux évènements m’ont permis de prendre conscience qu’il était temps que je professionnalise ma démarche. J’ai obtenu mon Master de droit, j’ai lancé ma série de freestyle « Rapport » et j’ai mis à profit toute mon expérience, notamment dans le théâtre, qui, j’en suis persuadé, me sert dans ma manière de m’exprimer ou de monter sur scène. 

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Courtesy of Julien Boudet. Younès: Costume croisé, chemise monogram, chaussures, Dior.

Aujourd’hui, je me rends compte qu’entre la scène, l’écriture et le rap, il y a un dénominateur commun : l’amour du mot. Je ne dis pas que je cherche systématiquement la belle tournure de phrase ou la métaphore hyper stylée, l’idée n’est pas de jouer au poète non plus, mais j’aime les thèmes, les propos qui ont du sens. Début 2020, par exemple, je m’attaquais à la déshumanisation à travers un morceau comme « Le monde est virtuel ». Sur le prochain projet, c’est la même idée que je défends avec « L’effondrement », un titre où je traite autant de collapsologie que d’écologie, avec une phrase qui, je pense, définit bien notre époque : « On veut sauver la planète, mais on veut percer d’abord ». Cette contradiction a servi de fil rouge à mon nouvel EP, tout comme la liberté que j’ai à créer. Peut-être que ça vient du fait d’avoir grandi à Rouen, où il n’y a pas mille studios d’enregistrement, ni mille exemples à suivre, ce qui me permet aujourd’hui d’aborder le rap sans véritables références. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que j’ai envie d’incarner des personnages, de raconter des histoires.

Nelick, 23 ans, Paris

Il y a deux ou trois ans, mon nom a beaucoup circulé, mais c’était sans doute trop tôt. J’étais trop jeune pour savoir qui j’étais réellement et ce que je voulais développer musicalement. Dans la précipitation, j’ai donc touché à tout. Aujourd’hui, j’ai l’impression de tout reprendre à zéro, et c’est excitant. Je sais ce qu’il faut éviter, ce que j’aimerais proposer. Par exemple, je n’ai plus envie de faire des sessions avec des beatmakers, je préfère retourner à la base et choper des type beats sur YouTube, des productions qui comptabilisent à peine 2 000 vues et qui me permettent d’aborder l’instru sans pression. J’aimerais, bien sûr, développer une collaboration sur le long terme avec un producteur, un peu comme Josman avec Eazy Dew ou Varnish La Piscine et Makala. Pour moi, c’est le meilleur moyen de trouver ta recette. Mais en attendant, je continue de peaufiner mon style, avec notamment cette envie que chacune de mes phrases puisse provoquer une émotion à l’auditeur.

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Courtesy of Julien Boudet. Nelick: Veste matelassée en satin, Casablanca.

Par le passé, j’écrivais constamment, mais certains passages n’avaient pas forcément de sens, je le faisais plus pour le style. Désormais, je fais en sorte de rapper comme si je m’adressais à quelqu’un, j’essaye de rapper des textes plus adaptés au chant, et inversement. D’ailleurs, je prends des cours de chant avec Anna Magidson, moitié du duo Haute, justement dans l’idée de m’ouvrir à d’autres horizons et de donner une nouvelle dimension à mes paroles. Je me fiche des vues ou des streams, je veux simplement être fier de ce que je fais, développer une écriture très imagée.  Un peu comme lorsque Laurent Voulzy chante « Le cœur grenadine ». Je trouve cette formule très belle, très poétique, très visuelle. C’est ce vers quoi je souhaite tendre, et j’ai compris que pour y accéder il fallait accepter de laisser place à l’inconnu.

Guy2Bezbar, 22 ans, Paris

Je viens d’un arrondissement qui pue le rap. Le 18ème, c’est un peu l’un des berceaux du hip-hop en France. Si bien que je n’ai pas connu un moment déclic qui m’a poussé à faire du rap. J’ai baigné dedans, j’ai toujours kiffé, notamment les albums de 2Pac, Dipset ou Snoop, et j’ai fini par m’y mettre à mon tour. Ça me paraissait nettement plus ludique que le foot, que j’ai pratiqué à un haut niveau et qui a fini par me saouler, notamment à cause de la pression. À la fin, ce n’était plus un loisir, il fallait toujours faire mieux. C’est également le but avec le rap, tu me diras, mais c’est nettement moins physique. De toute façon, je suis un hyperactif, j’ai toujours besoin de faire mille choses en même temps : d’où tous ces jobs alimentaires que j’ai pu cumuler, d’où ma marque de fringues, d’où le rap, d’où le foot, etc. Je ne tiens pas à en place, j’ai besoin d’être en mouvement, quitte à me créer des problèmes quand une journée me paraît trop calme. 

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Courtesy of Julien Boudet. Guy2Bezbar: Veste à motif géometrique, pantalon de costume, Louis Vuitton. Lunettes de soleil, Balenciaga. Sac et bottines, Louis Vuitton.

Ce n’est donc pas un hasard si cette énergie se retrouve dans mes morceaux. Je suis tellement speed que je ne structure pas mes sons, je trouve que l’on perd en authenticité quand ça se passe ainsi. Mais bon, je m’efforce quand même de le faire, je sais bien que c’est en collaborant avec des mecs comme Richie Beats et Twinsmatic, comme c’est le cas actuellement, que mon propos sera plus clair. Ils ont capté des traits de ma personnalité que je ne connaissais même pas, et je pense que c’est ce genre de collaboration qui m’aidera à faire en sorte que ma musique arrive enfin aux oreilles du grand public : tout le monde pense que ça aurait dû arriver bien avant, notamment dans la foulée du morceau avec Niska, « Ah non, c’es terrible ». Mais j’avais 17 ans à l’époque, je n’avais pas de vision sur le long terme, je ne connaissais pas le monde de la musique. Aujourd’hui, j’ai compris que je ne pouvais pas simplement balancer des freestyles au compte-gouttes, il faut que mon projet soit carré.

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Courtesy of Julien Boudet. Guy2Bezbar: Veste à motif géometrique, pantalon de costume, Louis Vuitton. Lunettes de soleil, Balenciaga. Sac et bottines, Louis Vuitton. Nelick: Pull en maille et pantalon de costume, Off-White. Sac, Louis Vuitton. Lunettes de soleil et bijoux, personnel. Easy Armchair par Pierre Jeanneret, Tom Greyhound Paris.

Le Juiice, 27 ans, Paris

C’est marrant d’entendre des gens me dire : « Juiice, t’as percé ! ». Personnellement, je ne pense pas du tout la même chose : mes parents vivent encore dans un HLM, je n’ai pas encore sorti mon premier album et je sais que j’ai encore tout à prouver. Ce qui me rend fière, en revanche, c’est que je sens beaucoup de bienveillance à mon égard, dans le sens où je ne vois plus de commentaires négatifs, racistes ou misogynes sous mes vidéos. Ce qui était le cas au début. Peut-être que les gens ont fini par comprendre ma démarche, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que je ne compte pas que sur le rap pour vivre. Depuis quelques temps, j’ai fait construire mon propre studio d’enregistrement, j’ai des envies de production et j’ai d’autres idées en tête. C’est pour ça qu’un de mes titres se nomme « Jeune CEO » : j’ai cette mentalité d’entrepreneuse, je veux posséder ma musique, ce qui est finalement rarement le cas pour les artistes. 

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Courtesy of Julien Boudet.

Dernièrement, j’ai signé en distribution sur un label, mais je reste indépendante dans cette optique : contrôler tout ce qui tourne autour de ma musique et de mon univers. C’est peut-être parce que j’ai peur de l’engagement, peur d’être étouffée par les décisions des grandes maisons de disques, mais c’est peut-être aussi parce que j’ai ma vision et que je me sens prête à la défendre. Musicalement, j’ai l’impression que ça se ressent : étant passionnée par le son trap, je suis à l’aise dans l’egotrip, dans les flows énergiques, presque conquérants par instants. Je vois ça comme un défouloir, un peu comme sur « O Nono », enregistré aux côtés de Meryl, où mon entrée dans le morceau se fait de façon assez énervée. Je pourrais, c’est vrai, rapper des textes plus intimes, je sais me montrer plus réfléchie, mais c’est encore trop difficile d’interpréter ce genre de confessions. Je suis trop timide, je manque encore de confiance dans mon écriture. Faire son introspection, c’est une forme de mise à nu, et ce n’est clairement pas évident de faire cet exercice en sachant que des milliers de personnes vont y prêter une oreille.

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Courtesy of Julien Boudet. Le Juiice: Chemise oversized, pantalon cargo, Balenciaga. Top en résille, Margiela vintage. Soutien gorge, personnel. Gracy Hopkins: Sweat et jogging, Balenciaga. Sneakers, Asics.

Gracy Hopkins, 23 ans, Paris

Le fait d’interpréter mes textes en anglais pourrait être mal perçu par les gens, un peu comme si je cherchais à mettre une barrière entre eux et moi, comme si je n’assumais pas complétement mes paroles. Mais la vérité est beaucoup plus simple : je rappe en anglais parce que c’est ma façon de m’exprimer, ça me vient naturellement. Ce qui, et je sais bien que ça peut paraître paradoxal, ne m’empêche pas de penser que je fais du rap français, dans le sens où mon éducation est française et où j’ai l’impression de représenter la France dans chacun de mes textes. D’ailleurs, j’aime écrire dans les deux langues : j’aime le fait que l’anglais amène une mélodicité plus forte, mais j’apprécie aussi le défi que représente le fait d’écrire en français, ne serait-ce que sur la façon dont il faut parvenir à développer un propos censé tout en faisant sonner les mots.

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Courtesy of Julien Boudet. Gracy Hopkins: Sweat et jogging, Balenciaga. Sneakers, Asics.

De toute manière, je pense qu’un artiste n’a jamais fini d’élargir son champ de compétences, de s’ouvrir à d’autres univers. Il suffit d’observer les carrières de Bowie ou de Prince, ces mecs sont les parfaits exemples d’une carrière qui se réinventent continuellement. Du coup, j’avance avec le même état d’esprit : en sachant pertinemment que je suis un éternel étudiant, et en acceptant la création lorsqu’elle surgit. « Perfect », par exemple, est né alors que je sortais d’une session studio avec Sabrina Bellaouel. J’avais mal à la tête, j’étais fatigué d’avoir écouté de la musique toute la journée, mon DJ se foutait de ma gueule et là, en deux secondes, le refrain m’est venu à l’esprit. Cette façon de faire, c’est peut-être ce qui explique pourquoi mon premier album est si long à sortir, mais j’ai besoin de maitriser parfaitement mon art avant de le publier.

K.S.A, 27 ans, Paris

J’ai vite su que je ne ferai pas de longues études. J’ai très vite été attiré par l’art, je savais que j’en ferai ma vie, même si ça revenait à ouvrir une boîte de nuit. J’aime cette façon de s’exposer, cette faculté à exprimer ses idées dans des morceaux qui, peut-être, vont faire écho chez un public plus ou moins large. C’est ce que je ressentais en écoutant les disques de Michael Jackson, 50 Cent ou Lil Wayne : tous ces artistes qui m’ont donné envie de m’investir dans la musique et m’ont permis d’assumer celui que je voulais être. Après, si tu ajoutes à cette liste des mecs comme DMX, Busta Rhymes ou Mystikal, tu comprendras pourquoi mon rap est si fou et autant basé sur l’énergie. 

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Courtesy of Julien Boudet. K.S.A: Veste en velours, chemise monogram, short en cuir, sneakers, Dior.

Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas aborder des sujets plus deeps. À l’instar de ce que faisait DMX sur « Damien », je suis moi aussi capable de développer des morceaux moins extravagants, plus personnels. Mon projet Quatre-vingt-huit en atteste, un morceau comme « Champagne » également. De toute façon, mon univers est assez éclectique. Je sais que j’aime aussi chanter, j’ai fait partie du chorale gospel pendant plusieurs années, et cette expérience m’offre peut-être davantage de possibilités que d’autres rappeurs. De même que ma collaboration avec Alpha Wann, Hologram Lo’ et toute l’équipe de Don Dada. Il y a une vraie alchimie entre nous, on évolue en indépendants et, même si c’est forcément plus long de procéder ainsi, cette vision artistique nous permet de tracer notre propre route, de rester nous-mêmes. Bon, parfois, j’ai l’impression que l’on vient me parler uniquement pour en savoir davantage sur Alpha, mais c’est finalement un honneur d’être rattaché à lui. Que ce soit dans le business ou dans sa façon d’aborder le rap, il fait ce que j’aimerais faire, sans pour autant me priver d’amener le son et l’énergie que j’aime. Quelque chose d’euphorique, hérité de Miami et du sud d’Atlanta. Un peu comme si mon rap se devait d’être constamment explosif.

Frenetik, 21 ans, Bruxelles

Au début, je rappais sous deux entités : Black FNK, qui avait un côté plus sombre, plus conscient et plus engagé ; et Frenetik, dont les morceaux étaient nettement plus portés sur l’egotrip. Avec le temps, ces deux faces de ma personnalité se sont rassemblées en une. J’ai compris que je pouvais les assumer au sein d’un même projet. Ma prochaine mixtape s’intitule Jeu de couleurs, et cela n’a rien d’un hasard : l’idée est vraiment de retranscrire toute la complexité de ma personnalité dans des différentes couleurs musicales. Avec, toujours, cette volonté de parler de ce que je connais, de mon entourage, d’où je viens. Le but n’est pas simplement de me faire connaître, c’est aussi de permettre aux gens de me comprendre. C’est pour ça que je représente beaucoup Bruxelles : parce que je sais ce que je dois à cette ville, parce que j’y ai expérimenté tout ce que je connais de la vie, et parce que je sais qu’il y a une sacrée concurrence là-bas, avec des tas de rappeurs bien plus talentueux que moi qui ne perceront peut-être jamais.

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Courtesy of Julien Boudet. Frenetik: Sweat à capuche, Balenciaga.

Ainsi, je me dois de charbonner deux fois plus pour attirer l’attention sur ma musique, ce qui explique en partie pourquoi, sur un morceau comme « Virus BX-19 », je rappe des phrases comme : « Jeunes Boss fait toujours ce qu'il faut/Donc chaque fois, tout l'monde veut savoir c'qu'il fait ». C’est une manière de dire que je travaille sérieusement. Et que je ne cours pas après le tube. Je cherche juste à être le plus performant possible, quitte à me prendre la tête sur mes textes afin qu’ils soient percutants. Pour le moment, je sens que ça paye, j’ai de bons retours sur mes projets, on m’invite à réaliser des sessions Colors, ce qui est assez prestigieux, mais je sais aussi que ce n’est pas suffisant de mettre la barre haute dès le début. Il faut faire le nécessaire pour pouvoir continuer de la sauter à l’avenir.

YG Pablo, 23 ans, Bruxelles

C’est quand même marrant de se dire qu’un morceau enregistré en trente minutes dans ma chambre a tout changé pour moi. « AVM », ça a vraiment été un déclic, le coup de projecteur qu’il fallait sur mon univers. À l’époque, je partageais encore mon temps entre un magasin de vêtements et le basket. Depuis, j’ai mis tout ça de côté pour me consacrer pleinement au rap, et cela semble me donner raison pour le moment. J’ai pu me confectionner un home-studio, Damso a pris la parole pour vanter mes qualités et je sens une réelle attente autour de mon premier long-format. Il arrive début 2021, et j’ai hâte de pouvoir faire découvrir aux gens les différentes facettes de ma personnalité.

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Courtesy of Julien Boudet. YG Pablo: Bomber, t-shirt, Dior.

Jusqu’ici, mes morceaux étaient souvent dédiés aux relations amoureuses, parce que je sentais que le public attendait ça de moi. Désormais, je veux développer un vrai univers, très riche, très complet, sans me soucier uniquement des streams. J’ai l’impression que c’est le piège dans lequel on tombe facilement aujourd’hui, on parle d’un album uniquement par rapport aux ventes qu’il fait en première semaine. C’est oublié un peu vite les prises de risque de certains artistes, qui innovent et tentent de formuler de véritables propositions mélodiques. C’est pour ça que j’aime quelqu’un comme Drake : il sait parfaitement s’adapter à différents courants musicaux pour mieux les populariser par la suite, il s’attaque au grime, à la drill, au dancehall, mais n’est jamais ringard, tout simplement parce qu’il travaille dur pour rester au sommet. C’est inspirant, il faut savoir se nourrir des meilleurs.  Un jour, par exemple, je suis rentré dans le Studio ICP à Bruxelles, situé dans mon quartier à Ixelles, et le fait de savoir que des artistes comme Francis Cabrel y ont enregistré des albums certifiés trois fois disques de platine, ça pousse à la modestie.

Cashmire, 24 ans, Paris

Au sein de mes anciens projets, je sais que des titres comme « Cookie » et « Geisha » ont marqué des gens, et c’est tant mieux. À l’époque, je rappais mes rêves et, typiquement, ces deux morceaux en étaient. Ils avaient été réalisés de façon très spontanée et montraient différentes couleurs. Aujourd’hui, je creuse d’autres pistes, je ne rappe plus mes rêves, je ne suis plus dans l’égoïsme, j’essaye d’être utile aux gens, de les toucher, de les faire réfléchir. Sur mon prochain projet, par exemple, je parle de la Françafrique (« Madame Franc CFA »), de l’éducation dans les quartiers sensibles (« ZEP »), j’essaye de rester connecté avec cette réalité agressive que je prônais par le passé, sans chercher à romancer ce que je dis, ni à me rapprocher d’une scène. Déjà, parce que je m’en bats les couilles de l’histoire du rap français. Et puis parce que les étiquettes ne sont valables que jusqu’au moment où l’adhésif ne tient plus. Après ça, tu es ringardisé… Moi, je veux penser autrement, développer un propos plus personnel. 

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Courtesy of Julien Boudet. Cashmire: Sweat à capuche, Saint Laurent par Anthony Vaccarello. Veste bomber, Saint Laurent par Anthony Vaccarello.

De toute manière, tu es toujours seul dans ta chambre quand tu commences à rapper. Le but est donc de garder cette vision et cette indépendance d’esprit pour rester fidèle à tes idées et ne pas accepter toutes celles que pourraient te proposer des directeurs artistiques. Moi, par exemple, je suis en quête d’art total : j’écris mes toplines, je m’occupe des scénarios pour les clips, je co-réalise certains d’entre eux, j’ai envie de m’impliquer dans la conception de mes covers, etc. Je ne veux pas qu’un projet soit réalisé en mon nom sans avoir eu l’occasion d’y imposer ma vision. Tout doit ressembler à ce que j’ai en tête. C’est ainsi que ma musique prendra forme et que je pourrais dignement représenter mon art, ma musique et le 18ème arrondissement, d’où je suis originaire. Après, tout le monde n’est pas obligé de partager ma vision… C’est juste qu’il y a tellement de façons de faire du rap aujourd’hui qu’un artiste aurait tort de s’enfermer dans une esthétique, un propos ou une image qui ne lui ressemble pas.

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Courtesy of Julien Boudet. Younès:: Costume croisé, chemise monogram, chaussures, Dior. K.S.A: Veste en velours, chemise monogram, short en cuir, sneakers, Dior.
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Courtesy of Julien Boudet. K.S.A: Veste en velours, chemise monogram, Dior. Gracy Hopkins: Manteau coupe droite en cuir, chemise, pull brodé, bob monogram, Dior.

Crédits

Photographe: Julien Boudet @Bleumode. Direction artistique: Claire Thomson-Jonville. Styliste: Vanille Verloes. Cheveux: Quentin Lafforgue @ASG. Maquillage: Lisa Michalik @ASG. Production: Annabelle Dos Santos @Kitten. Interview par Maxime Delcourt. 

Talents

Cachemire @Sony. Younes @Wagram. Nelick @Cécile Plancke et Timtimol. YG Pablo @Lebureaudesarah. Le Juiice @Labeltraphouse. Gracy Hopkins @Iseecolours. KSA @Omax6mum. Frenetik @Onlypro. Guy2bezbar.

Crédits header

Younes: Costume croisé, chemise monogram, chaussures, Dior. K.S.A: Veste en velours, chemise monogram, short en cuir, sneakers, Dior. Gracy: Manteau coupe droite en cuir, chemise, pull brodé, short monogram, bob monogram, Dior. 

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