Courtesy Paco Rabanne

Paco Rabanne s'équipe pour faire la révolution avec sa collection Printemps Été 2021

Selon le directeur créatif de la maison Julien Dossena, « Je ne pense pas qu’on vive dans une époque où les femmes aient besoin de se taire, parfois il faut sortir les dents ».

par Osman Ahmed
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06 Octobre 2020, 2:11pm

Courtesy Paco Rabanne

Quelle est la chose qui a le plus manqué à Julien Dossena pendant le confinement ? Non, ce n’était pas le spectacle étincelant de la mode ou de voir des amis pour aller diner au bistrot, mais simplement marcher dans les rues de son quartier à Paris (entre les 11ème et 3ème arrondissements) et ce faisant, observer les gouts éclectiques de ses voisines et l’art et la manière avec lesquels elles assemblent des vêtements vintage et du denim de seconde-main. La collection Paco Rabanne Printemps Été 2021 célèbre ces filles. Le monde se tourne vers la maison pour ses robes envoutantes en côte de maille ou ses structures dramatiques qui évoqueraient presque des armures, mais cette saison, Julien s’intéresse seulement à la « realness ». Ces merveilles métalliques avaient des airs d’installations de galerie d’art, le genre d’expos que ces « real girls » vont voir. « Il était question de revenir vers elles, et de faire en sorte qu’elles se sentent vivantes à nouveau » comme Julien nous l’explique lors d’une présentation sur Zoom, et pour marquer son point, le casting comprenait des étudiantes, des artistes et des comédiennes du quartier.

Paco Rabanne SS21

Certaines tenues rappellent des pièces vintages que l’on pourrait trouver au marché aux puces, comme cette robe en dentelle aux allures de baby doll, ces imprimés folk ou encore des petits sacs à mains très ladylike, et des bijoux fantaisie qui sont même devenus des imprimés en trompe l’oeil. Julien a donné à l’ensemble une modernité en combinant tous ces éléments dans un esprit de collage, et en les associant à du denim délavé, des mailles zippées et des coupes longues, simples. Il décrit la collection comme « agressivement sensuelle », une célébration de vêtements longs ou courts qui ne se cachent pas de faire du bruit et d’être sexy, « des coupes généreuses et toute en courbes comme Monica Vitti » comme il le dit lui-même. En bref, des robes en côte de maille léopard, des colliers chokers à sequin, des brassières oversize, des slip dresses comme de la lingerie et des jupes crayons en dentelle ornées de bijoux. « On est à la limite du mauvais goût » nous fait-il remarquer. « Je voulais que ce soit louche dans un sens, je ne pense pas que ce soit le moment d’être parfaitement impeccable, comme si on était maitre de tout. On n’est pas dans une période où j’avais envie de dessiner des choses formelles. Je voulais qu’on s’amuse ». Vous pourriez dire que c’est presque trash, même si le designer préfère le terme suivant : « Je dirai plutôt nasty, surtout pour les femmes, l’époque donne l’impression qu’il faut être un peu plus nasty ! » Les Américains seront surement bien d’accord avec ce statement.

Paco Rabanne SS21

Cette collection arrive à un moment où un débat national bouscule la France au sujet de ce qui est considéré approprié pour les adolescentes de porter à l’école. Le mois dernier, partout dans le pays, les jeunes filles ont organisé des manifestations pour se battre contre les restrictions vestimentaires qui interdisent les crop tops et les jupes courtes à l’école. Pour montrer leur mécontentement, elles ont portés exactement ce genre de vêtements avant de poster des photos d’elles sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Lundi14Septembre. Après tout, on est dans un pays où le symbole républicain de Marianne est souvent représentée seins nus. Et n’oublions pas Jeanne d’Arc, symbole, entres autres, de la rébellion française contre les Anglais lors de la guerre de cent ans, dont l’armure pourrait presque évoquer Paco Rabane. Elle avait seulement dix-neuf ans lorsqu’elle a été brûlée. On ne rigole pas avec les jeunes femmes françaises.

Avec cela à l’esprit, le show s’est terminé avec des créations en côte de maille absolument éblouissantes, des robes masquées faites de sequins  géants de boules disco et des couteaux argentés bien aiguisés qui tintaient ensemble. Des vêtements pour la femme moderne, une croisée fatale. « Je ne pense pas qu’on vive dans une époque où les femmes aient besoin de se taire, parfois il faut sortir les dents ! » blague Julien. « La dernière robe, c’est presque comme une arme ». Vous ne la verrez peut-être pas de si tôt rue Commines, mais peut-être que la voir sur le podium permet de créer un sens de solidarité dans la vraie vie. Vive la révolution !

Paco Rabanne SS21
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