When our eyes touch : le regard tactile de Satu Herral et Hans Rosenström

Ce duo de commissaire et artiste de Helsinki inaugure à la Maison Louis Carré une exposition sur notre sensorialité face à la pandémie traversée.

par Alice Pfeiffer
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28 Juin 2021, 9:36am

Dans l’antre moderniste du galeriste légendaire Louis Carré, se déploie une série d’œuvres abstraites et pluridisciplinaires toutes centrées autour du sensoriel et du sensuel.

Derrière ces pièces, on découvre le duo finlandais composé de la commissaire Satur Herral et de l’artiste Hans Rosenström. i-D France les a rencontré pour discuter de notre rapport à nos 5 sens, du lien entre le regard et notre toucher, de notre corps comme espace potentiel d’isolation autant que de réconciliation.

8_When our eyes touch_Vue sur l'exposition_2021_Photographie par Aurelien Mole_Maison Louis Carré.jpg

D’où vient le titre de l’exposition, et que raconte-t-il ?

Le titre, When our Eyes Touch, vient d’une citation de Derrida , « Quand nos yeux se touchent, fait-il jour ou fait-il nuit ? ». Nous avons donc commencé par interroger la matérialité du regard, du gaze, comme forme de toucher, d’effleurer le monde, de traverser quelqu’un avec nos yeux. Nous avons initialement évoqué l’idée d’une tyrannie du regard et de la vision, et nous avons cherché à nous détourner de l’idée d’une domination optique, vers une autre sensorialité.

Quel a été le point de départ de l’exposition ?

Nous avons commencé à penser à cette exposition en 2019, sous un angle de plus en plus politisé et conscient. La droite montait alors en flèche, le Brexit venait de passer, alors nous nous sommes interrogés sur l’idée d’être un corps dans ce monde, sur notre sens de vulnérabilité mais aussi d’interconnectivité. Ce sens de corporalité se mouvant dans l’espace nous a interrogé, nous nous sommes demandés comment être plus présents et plus connectés à ce qui nous entoure, en portant une plus grande attention à notre environnement, à l’impact de la technologie sur nos sens, et à l’idée d’une prise de distance de tous ces stimuli.

La pandémie a eu un lourd impact sur tout cela, on peut imaginer ?

La pandémie a effectivement exacerbé tout cela, par notre expérience contrainte d’isolation, et l’impossibilité d’accès soudaine à un grand nombre d’expérience. L’isolation sociale est vécue par l’humain comme une véritable forme de douleur, qui s’apparente en réalité à de la douleur physique, cette première suivant un processus neurologique similaire.

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D’où votre intérêt dans l’exposition pour la sensorialité  dans cette exposition ?

Oui, en parlant ici de sens, nous avons notamment voulu explorer le toucher, qui nous a été dérobé, tout comme la proximité physique à un autre corps. Ce sont les impacts de tels manques qui ont guidé l’exposition.

Pouvez-vous me parler du choix de lieu ?

Si l’architecture moderniste peut être aliénante, mais ici nous ressentons une forme de sécurité, de confort et de sérénité, qui répond, en creux, au sentiment de fragilité découlant de la pandémie, et de notre être en ce monde. La question de l’isolation se pose également ici, l’idée de se retirer de ce monde . A contrario, cet espace dégage un sentiment enveloppant, accueillant, rassurant.

Comment les artistes ont-ils travaillé ici ?

Avec les artistes, nous avons commencé à construire ces trames narratives : la vulnérabilité d’un corps face à la maladie, face à une lutte personnelle ; ce lieu comme un espace de réparation, de guérison, de care, et la présence de ce groupe d’artistes comme un continuum…entre eux mais aussi avec l’espace. Pour ce dernier, nous avons choisi de ne pas l’altérer, le laisser autant que possible comme nous l’avion trouvé, d’en faire un contexte pour nos récits.

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