Avec le projet Films.Dance, le chorégraphe Jacob Jonas nous rappelle pourquoi danser = vivre

En réaction à la pandémie, 15 films tournés tout autour du monde laissent la danse prendre possession de nos corps et nos libertés.

par Patrick Thévenin
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20 Mai 2021, 12:15pm

Depuis quelques années la danse sous toutes ses formes, classique, moderne ou libre, n’a jamais été aussi tendance et l’épidémie de Covid, et le frein aux mouvements et à la liberté corporelle qu’elle a initié, n’a fait que rendre le phénomène encore plus palpable et vital. La preuve en octobre dernier avec Isabel Marant qui a collaboré avec la jeune compagnie La Horde pour son défilé printemps-été ou Dries Van Noten qui fait appel à la chorégraphe Anne Teresa de Keersmarker, Dior avait aussi convié des danseurs qui se mélangeaient aux mannequins dans la galerie du Palais des Glaces du château de Versailles pendant que Hermès a imaginé la présentation de sa collection femme automne-hiver 2021 sous forme de performances à trois endroits stratégiques du globe : New York, Paris et Shanghai. On aura aussi une pensée pour tous ces clips d’artistes où le moindre prétexte est bon pour se lancer dans des marathons de dance effrénés et pour tous ces inconnus remuant une trentaine de seconde sur TikTok et qui ont égayé notre enfermement. 

C’est en partant de ce constat, à savoir que nos corps et nos esprits confinés (les salles de sport, les cours de danse, etc. étant de surcroit fermés) avaient plus que jamais besoin de mouvements, de fluidité et d’expression, que Jacob Jonas, chorégraphe américain basé à Los Angeles et créateur de la compagnie du même nom, a lancé en réaction à l’épidémie le projet Films.Dance. Une série de 15 courts-métrages pluridisciplinaires, mélangeant image, danse, mode et musique, avec la participation de plus de 150 artistes originaires de 25 pays incluant des noms plus ou moins connus comme Sara Mearns danseuse star du New York City Ballet, le musicien Antonio Sanchez récompensé d’un Grammy Award, le chorégraphe superstar Desmond Richardson ou des réalisateurs à succès comme Henry Joost ou Ariel Schulman. 

« Au début de la pandémie, explique Jacob Jonas, j’ai produit quelques petits films et j’ai réalisé qu’on pouvait le faire tout en respectant scrupuleusement les consignes sanitaires. C’est ce qui m’a motivé à produire cette série en plus du questionnement sur comment faire se rencontrer les gens, comment rendre la danse plus visible, et comment profiter de cette période trouble pour mener à bien des projets originaux et ne pas se laisser abattre ? » Conçus sous la forme de collaborations entre quatre typologies clé - danseurs, chorégraphes, musiciens et réalisateurs – et le recours à Zoom comme à Instagram pour gérer tout ça, les 15 petits films issus de ce projet qui se sera étalé sur presque un an sont de véritables petits bijoux. 

Comme par exemple, le très émouvant « Sit Still » avec une petite fille qui danse dans les différents espaces vides (vestiaires, salles de cours, terrain de sport…) d’un collège déserté comme pour mieux combler sa solitude ou se rappeler du passé, « Weakness of the flesh » avec une danseuse qui multiplie ses doubles de différentes tailles au fur et à mesure que le mouvement la possède, « Plume » et sa vingtaine d’acrobates qui semblent léviter en apesanteur avant de soudainement disparaître grâce à un montage tout en accélérations et décélérations, « Xeno », ou dans un environnement post-apocalyptique deux filles habillées de la même manière laissent leurs corps n’en faire plus qu’un ou « Kaduna » tourné au Nigéria et mené de main de maître par deux frères époustouflants. Même si on se laissera emporter haut la main par l’univers de « Toke » et les circonvolutions incroyables du danseur danois Toke Broni Strandby qui est né sans son bras droit. 

Tous ces films, qu’on peut regarder dans leur intégralité comme en picorer des passages de ci de là s’offrent à nous comme des bulles de liberté, de respiration et d’espoir, histoire de mieux appréhender le besoin vital du corps de se mouvoir dans l’espace qu’on lui offre, qu’il soit institutionnel, urbain ou naturel. Fidèles aux valeurs qui accompagnent la compagnie fondée par Jacob Jonas - la curiosité, le sens de la famille et l’intégrité – tous ces petits bijoux témoignent aussi d’une volonté d’ouverture du monde feutré, et parfois incompris, de la danse à un public plus large et plus jeune, aux gestuelles académiques comme urbaines, aux différentes morphologies comme aux différents genres, comme pour mieux souligner l’extrême universalité et générosité de la danse.

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