Images courtesy of Louis Vuitton

L'héritage de Virgil Abloh chez Louis Vuitton restera pour toujours

Le tout dernier défilé du regretté designer de Louis Vuitton a démontré son impact significatif sur la marque et le monde de la mode, transformant la maison de couture en véritable foyer pour sa communauté.

par Osman Ahmed
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21 Janvier 2022, 1:58pm

Images courtesy of Louis Vuitton

Louis Vuitton est une prestigieuse Maison de couture française. Mais sous la direction de Virgil Abloh, elle est également devenue le foyer d’une communauté d’artistes partageant les mêmes idées que celui qui y a occupé le siège de Directeur Artistique Homme pendant quatre ans. Et le défilé automne-hiver 2022 — le huitième du regretté designer pour la Maison — nous l’a rappelé de façon poignante. Littéralement. Avant de mourir, Virgil avait imaginé ce décor féérique entouré d’un ciel flamboyant où une immense maison bleu pâle au toit rouge crachait une fumée onirique par sa cheminée. Le genre de petite baraque typique des suburbs américains, nous offrant la vue sur une chambre à coucher au lit démesuré. Ce qui n’est pas sans rappeler son premier défilé pour Louis Vuitton et sa Yellow Brick Road, une référence cinématographique si lourde de significations qu’on ne pouvait pas faire autrement que de prendre ce décor au pied de la lettre. Avec cette maison à rendre verts de jalousie la petite Dorothy du Magicien d’Oz et ses souliers rouges, on comprend vite que l’idée d’un retour à la maison était clairement présente dans l’esprit de Virgil, et ce en dépit de son statut de globe-trotter, de sa communication permanente et de ses multiples présences sur les réseaux. Et si Louis Vuitton est principalement associé au voyage, tout explorateur chevronné — Virgil inclus — sait que la meilleure partie d’une aventure reste le retour chez soi.

Dire que Virgil n’est qu’un designer reviendrait à qualifier Louis Vuitton de simple fabricant de bagages. C’est bien plus élevé, plus symbolique que ça. Cela fait longtemps que certains créateurs poussent à l’extrême les paramètres de représentations et de beauté féminines, d’où de nombreuses muses sont sorties épinglées comme symboles d’invention personnelle. Rétrospectivement, on peut s’avancer à dire que Virgil a réussi à atteindre ce niveau d’élévation chez Louis Vuitton, mais pour les hommes. En particulier pour les hommes de couleur. Il n’a jamais prétendu avoir inventé quoi que ce soit (puisque tout le monde sait bien que dans la mode, il n’y a pas grand-chose qui n’ait déjà été fait). Virgil a plutôt cherché à développer le symbolisme des vêtements existants et leurs associations — sportswear, tailleur, logos et maroquinerie — et à renverser leurs connotations, offrant une nouvelle vision sur le look masculin comme moyen d’expression et sur le rôle que les vêtements ont à jouer dans la vie que nous imaginons tous mériter.

Louis Vuitton Menswear AW22
Image courtesy of Louis Vuitton
Louis Vuitton Menswear AW22
Image courtesy of Louis Vuitton

Après tout, pourquoi un sweat à capuche ne pourrait-il pas être confectionné dans de somptueuses tapisseries bucoliques de style médiéval, dignes d’un gala sur tapis rouge ? Pourquoi les djellabas ne pourraient-elles pas se travailler dans de magnifiques soies damassées et être exposées à Paris ? Pourquoi des fringues de skate en denim ne pourraient-elles pas se farder de monogrammes et de bijoux, et les tie-dyes se décliner en shearlings tachetés ? Et puis franchement, qui a dit qu’on ne pouvait pas se mettre en valeur avec une paire clinquante d’Air Force 1 ? Dans le langage de Virgil, tout cela relevait du « Maintainamorphosis », à savoir « le principe selon lequel les “vieilles” idées doivent être redynamisées et présentées aux côtés des “nouvelles”, car elles possèdent toutes deux la même valeur ». D’après lui, les codes vestimentaires sont des injonctions sociales et politiques qui sont encore trop souvent utilisées pour diviser les gens. En s’amusant avec eux, il s’est offert un moyen de changer les choses en dedans, bien loin sous la surface.Après tout, pourquoi un sweat à capuche ne pourrait-il pas être confectionné dans de somptueuses tapisseries bucoliques de style médiéval, dignes d’un gala sur tapis rouge ? Pourquoi les djellabas ne pourraient-elles pas se travailler dans de magnifiques soies damassées et être exposées à Paris ? Pourquoi des fringues de skate en denim ne pourraient-elles pas se farder de monogrammes et de bijoux, et les tie-dyes se décliner en shearlings tachetés ? Et puis franchement, qui a dit qu’on ne pouvait pas se mettre en valeur avec une paire clinquante d’Air Force 1 ? Dans le langage de Virgil, tout cela relevait du « Maintainamorphosis », à savoir « le principe selon lequel les “vieilles” idées doivent être redynamisées et présentées aux côtés des “nouvelles”, car elles possèdent toutes deux la même valeur ». D’après lui, les codes vestimentaires sont des injonctions sociales et politiques qui sont encore trop souvent utilisées pour diviser les gens. En s’amusant avec eux, il s’est offert un moyen de changer les choses en dedans, bien loin sous la surface.

Cette collection Louis Vuitton automne-hiver 2022, Virgil l’avait conçue à moitié avant sa mort. Elle a été complétée au studio par son équipe dévouée, qui s’est d’ailleurs inclinée après le défilé. Tous portaient des t-shirts violets dont le dos était estampillé d’un « I have an idea… », l’un des messages chers au créateur disparu. Des idées, cette collection en est pleine. Tellement qu’il est impossible d’en faire sortir un thème unanime. On y a vu des costumes en soie pour un look dandy des temps modernes, bien cintrés à la taille avec d’amples pantalons cargo, des silhouettes workwear amenées dans une autre dimension par l’utilisation des tissus extraordinaires, du sportswear graphique en velours pelucheux et de jupes en tulle plissé. Tout au long du show, le graphisme sur les vêtements s’inspirait de dessins animés enfantins avec des patchs représentant des nuages, des chérubins, des sorciers et même la Grande Faucheuse, qui sont alors apparus comme de véritables écussons de fierté. Le final a vu débarquer un chœur époustouflant de looks immaculés et angéliques, arborant ailes en dentelle et voiles de mariée descendant en cascade de casquettes de baseball. L’impression que ça nous a laissé ? Si Virgil avait déjà pris le temps de réfléchir aux notions de mortalité et de vie après la mort, c’était toujours à travers le regard intact d’un petit garçon.

Louis Vuitton Menswear AW22
Image courtesy of Louis Vuitton
Louis Vuitton Menswear AW22
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Les vêtements ont pris vie avec les mouvements de contorsion et les rythmiques nomades des quelque 20 danseurs et 67 mannequins, qui, à un moment donné, ont rempli l’espace, levé les yeux au ciel et se sont figés telles les statues grandeur nature et muses de Virgil que l’on peut trouver dans les boutiques masculines Louis Vuitton du monde entier. Cette atmosphère se trouvait renforcée par une bande-son dramatique de Tyler, the Creator, Arthur Verocai et Benji B, interprétée de main de maitre par le Chineke ! Orchestra, le premier orchestre professionnel célébrant la diversité au sein de la musique classique. Les musiciens étaient assis sur des chaises portant des épithètes peintes à la main par Jim Joe, le street-artist qui a été l’un des premiers à visiter le siège Louis Vuitton à l’arrivée de Virgil.

En fin de compte, c’est sans doute ça qui aura rendu ce show si spécial. Ce fut une célébration de (et pour) Virgil, portée par sa communauté soudée d’artistes, de collaborateurs et d’employés. Lorsqu’il avait rejoint la Maison française, une grande partie du discours entourant l’annonce de son arrivée s’était concentrée sur ses débuts dans le « streetwear », un terme mal utilisé et chargé de racisme depuis son usage dans les milieux trendy. « Dans mon jeu d’utilisation des guillemets, le streetwear est une communauté façonnée par les sous-cultures, tandis que le “streetwear” est un produit façonné par la mode » a-t-il d’ailleurs un jour déclaré. Pour lui, sa communauté faisait tout autant partie de sa vision de la Maison que ses propres créations. Ses défilés et nombreuses collaborations étaient donc l’occasion d’amener plus de gens autour de la table, comme le suggère l’une de ses autres mémorables citations : « Quand vous avez la chance de monter jusqu’au penthouse, il est de votre devoir de renvoyer l’ascenseur. »

On peut dire et on dira beaucoup de choses à propos de l’impact de Virgil Abloh sur le cours et l’histoire de la mode. Le show d’hier nous a simplement permis de le saisir. En huit collections seulement, le designer aura radicalement transformé la vision de la mode masculine chez Louis Vuitton et, par conséquent, sa signification pour toute une nouvelle génération d’hommes de par le monde. Et qu’importe ce qui arrivera par la suite. Pour le moment, nous nous trouvons face au point culminant de son héritage éphémère, mais durable. Long live Virgil Abloh.

Louis Vuitton Menswear AW22
Image courtesy of Louis Vuitton
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