Fotografia di Kadar Small 

Ces clichés nous rappellent la beauté simple des baisers en public

Parmi les choses qui nous manquent le plus en confinement : pouvoir nous montrer de l'affection dans les lieux publics.

par Laura Pitcher
|
15 Avril 2020, 10:59am

Fotografia di Kadar Small 

Le photographe et réalisateur Kadar Small, basé à Brooklyn, veut que vous "ressentiez quelque chose" lorsque vous regardez ses oeuvres. Ce jeune homme de 22 ans a un talent inné pour capturer des moments intimes dans des espaces qui ne sont pas du tout privés. Il s'est imposé comme un photographe de la vie nocturne new-yorkaise, étant le talent derrière les objectifs de Dick Appointment, la série qui capture les raves de la communauté queer organisées par Kenni Javon à New York. Dans son dernier projet, P.D.A., Kadar explore les effusions d'affection entre gays et lesbiennes dans les espaces publics de Brooklyn.

L'idée de ce projet est venue à Kadar, qui s'identifie comme bisexuel, après qu'une amie lui avoua que le moment où elle a vu Kadar et son ex-copain s'embrasser en public constituait la première fois qu'elle voyait deux hommes s'embrasser. À partir de cette révélation, Kadar commença à demander à ses amis hétérosexuels et à des inconnus quand ils avaient vu pour la dernière fois deux personnes du même sexe exprimer publiquement leur affection, hors cinéma et télévision bien entendu. Beaucoup, dit-il, ne se souvenaient pas de la dernière fois où ils avaient vu quelque chose de semblable. Telle est donc la genèse de sa dernière série de photos, qui s'accompagne d'un court documentaire.

pda-by-kadar-small

Lancé le jour de la Saint-Valentin, P.D.A. vise à normaliser ce que signifie pour les personnes homosexuelles le fait d'exprimer leur affection dans les lieux publics. Pour ce faire, P.D.A. documente 16 individus et couples qui s'identifient comme homosexuels et les interroge sur leurs expériences personnelles. "Le projet montre les différentes façons dont vous pouvez manifester votre affection en public, ce qui paraît quelque chose de tout à fait évident et naturel pour les hétérosexuels", souligne Kadar.

i-D a parlé avec Kadar de ce projet, de son talent pour immortaliser la vie nocturne homosexuelle à New York, et de son rapport à ces fameux baisers sur les bancs publics.

pda-by-kadar-small

Raconte nous en davantage sur l'origine de ce projet photo.
L'idée de P.D.A. m'est venue au début de cette année alors que j'étais en voyage d'affaires à Dallas, au Texas. J'ai embrassé mon ex-petit ami devant une de nos amies. Elle m'a avoué plus tard que c'était la première fois qu'il voyait deux hommes s'embrasser dans la vraie vie. Cela m'a surpris, car elle est bisexuelle elle aussi et nous avons pratiquement le même âge. Très vite, j'ai décidé de créer ce projet pour exprimer les problèmes de la communauté homosexuelle concernant les manifestations publiques d'affection.

Comment as-tu envisagé le casting, et avec qui ?
Lors que j'ai lancé le casting, je savais exactement vers qui je voulais me tourner. Mes modèles devaient appartenir à la communauté LGBTQ+ et être des personnes noires. J'ai placé une annonce sur Instagram et Twitter, en disant simplement qu'ils devaient être prêts à s'embrasser et à parler devant la caméra. 185 personnes queer et noires, célibataires et avec des partenaires, se sont présentées. Parmi elles, j'en ai choisi 16 pour donner vie à mon projet.

pda-by-kadar-small

Tous tes modèles étaient-ils réellement en couple ?
La plupart des personnes photographiées n'étaient pas en couple, même si elles le semblent, car vues à travers le prisme de mon objectif. Seuls quatre d'entre elles, un quart donc, étaient véritablement des couples. Et les autres sont donc simplement très bien assortis.

As-tu trouvé un fil rouge dans tes échanges, lorsque tu évoques avec chacun d'eux le concept de s'embrasser en public lorsqu'on est gay ?
Lorsque j'ai parlé à mes modèles de leurs expériences, ils avaient beaucoup en commun. L'une d'entre elles avait le sentiment de ne pas être à sa place chaque fois que quelqu'un la regardait. J'ai également souvent remarqué l'hésitation dans leur voix lorsque je leur demandais : "Quand avez-vous embrassé un garçon ou une fille pour la première fois en public, et comment vous êtes-vous senti ? D'abord l'hésitation dans leur voix, puis les larmes venaient tout de suite.

Quel est ton rapport personnel à ces démonstrations d'affection en public ?
En tant que bisexuel, je ne suis pas toujours à l'aise pour exprimer publiquement mon affection. Parfois, je regarde encore partout autour de moi lorsque je veux embrasser le gars avec qui je sors. Cela a donné encore plus de sens à ce projet, car il ne parle pas d'un problème qui ne m'est que personnel, mais d'un problème que tous les membres de ma communauté connaissent réellement.

pda-by-kadar-small

Tes autres projets explorent la vie nocturne queer à New York. Qu'est-ce que t'intéresse particulièrement dans ce que tu peux photographier ?
Mes choses préférées à capturer sont la vie nocturne, les gens réels et les émotions réelles. Ayant grandi avec une dépression récurrente et ayant ensuite été diagnostiqué de trouble bipolaire, j'ai toujours regardé de près les moments "privés" où les gens font passer leurs sentiments en premier. je mets en images une émotion, en jouant une musique instrumentale à laquelle on se réfère quand on repense à une scène d'un film qui vous a fait pleurer. Je demande à chaque modèle de se souvenir d'un moment de sa vie où il s'est trouvé confronté à une très forte douleur. Capturer ces moments de vulnérabilité constitue pour moi de la pure beauté.

pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small
pda-by-kadar-small

A lire également sur i-D :

Tagged:
Brooklyn
LGBT+
New York
LGBTQ
kadar small