face caméra, des personnes trans racontent leur histoire

Diffusé ce soir sur France 3, le documentaire « L’un vers l’autre » de Stéphane Mercurio témoigne des difficultés et des joies de personnes transgenres sur le chemin vers soi.

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29 Mars 2019, 5:35pm

Un comédien est assis sur une chaise. En hors-champ, la voix d’un metteur en scène l'appelle à passer « du masculin au féminin ». Quatre plans, autant de visages qui se succèdent et une même circulation, fluide, tranquille d’un genre à un autre s’impose. C'est ainsi que commence L’un vers l’autre, documentaire de Stéphane Mercurio filmant des comédiens au travail avec le metteur en scène espagnol Didier Ruiz. Des semaines durant, la documentariste a filmé ces personnes trans livrer leurs récits à Didier Ruiz jusqu’à en faire une partition collective et une pièce de théâtre. Des entretiens personnels aux séances de répétitions en passant par les confidences des comédiens, Stephane Mercurio filme cette expérience de théâtre comme une traversée aux confins de l’identité – éreintante mais salvatrice, dont on ignore parfois l'arrivée mais qui vaut à coup sûr le voyage.

« L’avantage de filmer du théâtre, c’est que les comédiens sont tellement pris par ce qu’ils doivent faire et par l’idée qu’ils vont se produire devant une salle que le tournage passe au second plan. Pour eux, il s’agissait à la fois de dire, de convaincre, d’être et de se transformer malgré tout en acteur pour être capable de livrer leur interprétation devant un public. » explique Stephane Mercurio. Raoul, Sandra, Ian, Leyre et les autres n’ont ni le même âge, ni les mêmes sensibilités. L'union formée entre eux repose sur le trajet qu'ils parcourent à la recherche d’eux-mêmes et sur l'identité complexe dont ils se font les portevoix. « Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont il leur arrive de renforcer des archétypes de genre et de les exploser, parfois en même temps. Je me suis rendue compte qu’au début, j’étais tout le temps sur l'idée d'un homme, d'une femme. On finit par se rendre compte que ça n'est pas la question. C’est vertigineux de s‘apercevoir à quel point on est pris là-dedans, malgré toute l'ouverture dont on pense faire preuve. »

L'enfance, l'amour, le décision d'avoir recours à la chirurgie ou pas, le regard extérieur et celui que l'on porte sur soi : à travers leurs témoignages, les comédiens s'adressent aux autres et à eux-mêmes, revenant sur les étapes qui continuent de jalonner leur chemin vers la liberté. « Au-delà de nos trajectoires individuelles, trans ou pas, ce qui interroge tout le monde, c’est cette capacité à être ce que l’on veut être dans la vie, à devenir ce que l’on est pour être en accord avec soi. Et à en avoir le courage quand ça va à l’encontre de ce que pense la majorité. » poursuit Stéphane Mercurio, dont le travail s'attache à explorer la marge et ses destins oubliés. Son précédent film, Après l'ombre reprenait le même dispositif théâtral en s'attachant à mettre dans la lumière des anciens prisonniers, les réconciliant avec un corps qu'ils avaient cessé de voir exister. « J'ai longtemps hésité à retrouver Didier Ruiz : je ne voulais surtout pas refaire le même film. C'est lorsque je l'ai entendu me parler de la façon dont ces parcours l'avaient questionné que j'ai décidé de le rejoindre. Je n’imaginais pas que j’allais être autant questionnée sur moi, et en même temps je l’espérais. Je crois qu’à partir du moment où l’on rencontre l’autre, on change. D’étranger, il devient proche : on peut plus penser pareil. »

L'un vers l'autre est à découvrir dans le programme « Libre court », ce vendredi 29 mars à 0h05, sur France 3 et sera disponible en replay pendant 7 jours.

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