6 comptes mode et bizarres à suivre sur instagram

Grayson Perry à la cafet', des looks incroyables, des avatars hyper sexy, des marquises en Margiela... Instagram regorge de comptes aussi étranges qu'addictifs. La preuve par 6.

par Sophie Abriat
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26 Mars 2019, 9:11am

C’est l’ère du « curating », du grand mash-up, du « digest » anonyme. Les références s’entremêlent, se télescopent sans qu’on puisse forcément en déterminer la source. Ces dernières années, des artistes digitaux sont apparus sur Instagram : des spécialistes de l’image, maniant le croisement algorithmique (de surface), tels que @FreddieMade, @Hey_Reilly (la Reine d’Angleterre en Buhrhberry pour résumer) ou encore @Siduations, @Avanope – héritiers 2.0 de Dapper Dan. Des pros du Photoshop et du bootleg qui excellent dans l’art de la parodie et du second degré. Précurseurs, ils se sont faits les apôtres de la culture de la dérision et de la subversion dans le luxe et la mode ; permettant aux marques de se moquer d’elles-mêmes – utile quand on passe d’un marketing top-down à une stratégie bottom-up.

Devenus mainstreams, ces comptes sont peu à peu concurrencés par une nouvelle génération de propositions – plus subversives, plus pointues, plus opaques aussi. On voit apparaître des distorsions du réel plus osées. Des artistes et des performers viennent interroger l’uniformisation des réseaux sociaux – ces plateformes qui nous renvoient en creux (ou en plein) ce qu’on n’a pas. Ils utilisent l’humour, l’art, l’absurde et traquent ce qu’on appelle communément le « bizarre ». Il y a plus de dix ans, Jaron Lanier, pionnier de la réalité virtuelle, auteur en 2018 de « Ten arguments for deleting your social media accounts right now » disait : « Il faut encourager les gens à avoir des idées bizarres ». La subversion par le bizarre ? Rien de nouveau dans l’absolu ; si ce n’est que sur le réseau du selfie sans ride, qui traque nos données pour mieux nous algorithmer, un peu d’anti-établissement ne peut faire de mal à personne – au contraire.

@thats_so_csm ou l’apprentissage de l’excentricité anglaise

Le point commun entre Stella McCartney, Hussein Chalayan, Paul Smith, John Galliano ou Alexander McQueen ? Ils sont tous passés par la Central Saint Martins. Comment s’habillaient-ils à l’époque ? Les archives de @thats_so_csm ne remontent – hélas - pas à si loin. Depuis l’an dernier, le propriétaire du compte (surnommé l’espion de la CSM) traque les looks les plus iconoclastes, les plus extravagants des étudiants. Délirants, transgressifs, flamboyants : ces looks sont l’antithèse du normcore. Make-up anti passe-partout, accessoires de fête, chaussures pas faites pour marcher : ce compte est un ode à l’excentricité - le fameux : « Thats so CSM! ». A quand un compte @thats_so_IFM ?

@melovemealot ou les limites du représentable

À l’occasion de la sortie du dernier parfum « Mutiny » de Maison Martin Margiela, l’artiste sud-coréenne MLMA a réalisé une mini vidéo postée sur Instagram dans laquelle on retrouve sa tête coupée en mouvement dans le flacon – des images peu glamour jusqu’ici absentes du monde de la parfumerie. L’artiste – plasticienne et rappeuse - utilise son visage et son corps comme mediums d’expression, entre satire, disruption et absurdité. Langue en feu tatouée « I’M HOT », bacons grillés sur le visage, main d’alien, maquillage ensanglanté, dédoublement, dé-triplement de corps, d’yeux… Avec en filigrane une réflexion sur l’identité, la marge, les valeurs reçues. La provocation comme nouvelle norme ?

@trashfashionshit ou la traque du bizzaroïde

@trashfashionshit liste les créations les plus bizarroïdes des défilés, mixant archives, derniers crus, créateurs grand public et designers de niche (compte idéal pour découvrir de nouveaux noms Lady Gagaesques). Chaussures tête de Trump, aliens couture, masques mâchoires en acier, gants de mutants, robe vagins, imprimés cyberpunk, combi érotico-post-apocalypse en latex… Aux commandes, l’artiste et maquilleuse Ethereal célèbre le rare, l’inattendu, bref l’anti lisse – valeur en perdition ? Une interrogation sur l’autre, sur soi dans un monde qui a tendance à aplanir les identités. Les images les plus percutantes ? Celles tout droit venues d’une époque dans laquelle le mot « instagrammabilité » n’existait – justement – pas. Les années 1990 avec Thierry Mugler, Alexander McQueen, Jean-Paul Gaultier en têtes d’affiche. Provoquer, tout un métier. Dans le même esprit, pour découvrir un compte spécialisé dans la chaussure bizzaroïde, connectez-vous sur @larslala et un autre dans les masques, c’est ici : @fashion_for_bank_robbers.

@mystendhalsyndrome ou la vanité du monde

La femme à la coiffe de Rogier van der Weyden en foulard Hermès, La Baigneuse d’Ingres en parka Vetements tombante dans le dos, le Portrait d’une dame de Gortzius Geldorp en lunettes de soleil Gucci… Antonio Patruno Randolfi intègre les dernières collections Prada, Gucci, Calvin Klein, Moncler… dans des tableaux de maître et mieux que de simples croisements aléatoires via un algorithme, les résultats sont fouillés et inattendus. Une forme de beauté subversive. Les portraits de Diego Velasquez, Jacometto Veneziano, Sandro Botticelli, François Clouet, Horace Vernet, Lorenzo Lotto et bien d’autres sont remasterisés, transformés en selfies vaniteux, tagués de marques. Idéal pour réviser – entre autres - son histoire de l’art.

@sarahnicolefrancois ou l’avatar critique

Instagram l'a très certainement censurée plus d'une fois… « Maybe I’m real maybe I’m not » écrit-elle dans sa biographie. En créant son avatar, l’artiste digitale Sarah Nicole François est certainement plus libre de bousculer les perceptions figées de la réalité, les représentations idéalisées de soi. Une critique d’Instagram sur Instagram, une parodie des faux-semblants sur la plateforme des illusions, c’est ce à quoi elle s’adonne. C’est un cyborg qui collabore avec Pornhub explorant les liens entre sexe, robot et féminisme. Bref, un avatar bien loin la poupée virtuelle porte-drapeau de marques @lilmiquela.

@v93oo ou le regard émancipé sur la beauté

Mushtaq, le créateur du compte, met en lumière maquilleurs alternatifs, designers spéculatifs de la beauté et artistes tout court. Leur point commun : renouveler les codes de la beauté, railler la perfection, battre en brèche les filtres à la Kardashian. Ici, le maquillage est présenté comme un medium artistique, l’occasion de découvrir pléthore de make-up artistes, encore peu connus. Peu importe leur nombre de followers, c’est le talent qui compte. Un portofolio international d’artistes qui militent tous pour une beauté plus inclusive.

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