Ron Galella/Getty Images

pourquoi je suis obsédée par les looks des stars sur les tapis rouges des années 2000

En rassemblant les tenues photographiées sur les tapis rouges dans les années 1990 et 2000, le compte Twitter Movie Premieres Unlimited retrace la façon dont la figure de la célébrité a évolué.

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09 Avril 2019, 10:38am

Ron Galella/Getty Images

Il y a quelques semaines, en scrollant sur Twitter, je suis tombée sur une série de photos de la première du film L’Effet Papillon au Festival de Sundance en 2004. On y découvre Paris Hilton, vêtue d’un pull bleu layette et d’un pantalon en velours, avec un sac en fourrure blanc incrusté de strass. Elle apparait lovée contre son petit ami de l'époque, le chanteur des Backstreet Boys Nick Carter, vêtu d'un t-shirt orange et d'un baggy. Leurs cheveux blonds peroxydés, hérissés en banane, sont assortis. Ashton Kutcher est là, lui aussi, coiffé d’un chapeau de cowboy géant. Le tapis rouge – si on peut l’appeler ainsi – ressemble beaucoup à un chantier de BTP ou, comme l’a suggéré un utilisateur de Twitter, à une chambre froide. Les photos sont gênantes, légèrement perturbantes, et bien loin d’être glamour : il est donc impossible d’en détourner le regard.

Les photos sont tirées du compte Twitter Movie Premieres Unlimited, qui archive religieusement les photos de tapis rouges à l'entrée des premières de film, principalement des années 1990 et du début des années 2000. Le compte, tenu par un « historien d’Hollywood » auto-proclamé, a rassemblé près de 60 000 abonnés le mois dernier. Il est devenu, avec le temps, une véritable mine d’or pour les nostalgiques vestimentaires - une infinie succession de brassières, de look total denim, de mini lunettes de soleil, de satin, et de hauts transparents. Mais ce qui m’envoûte vraiment, c’est cet impitoyable catalogue de photos de célébrités étranges, où la moindre imperfection est accentuée par la lumière spectrale caractéristique d’un mauvais éclairage.

Movie Premiere Unlimited est l’un de ces innombrables comptes sur les réseaux sociaux qui archivent la mode et la culture populaire des années 90 au début des années 2000. Le compte Instagram Nineties Anxiety, est un mélange de clichés de paparazzi de la Princesse Diana en tenue de sport, de photos hyper sexy de défilés Thierry Mugler et de captures d’écran de Roméo + Juliette de Baz Luhrmann. What Fran Wore repère et identifie les créateurs à l’origine des looks maximalistes et multicolores portés par Fran Drescher dans la sitcom Une Nounou d’Enfer. Every Outfit on Sex and the City recense, comme le suggère son nom, toutes les tenues portées dans Sex and the City avec, en bonus, des commentaires incisifs, parfois même brutaux, qui font presque passer Carrie Bradshaw pour un enfant de chœur.

L’attrait pour les années 90 et 2000 n’a rien de nouveau. La nostalgie de cette époque est même devenue le moteur créatif principal de la mode contemporaine. La haute couture comme les chaînes de prêt-à-porter voient déferler les chokers, le PVC, le velours, et les robes moulantes à bretelles fines. La récente collection de Celine, composée de vestes noir de jais et de jupes minuscules, semble tout droit sortie de la première du film Basketball Diaries, où presque tout le monde portait un uniforme en cuir.

Mais le plus important, c’est sans doute le fait que Movie Premiere Unlimited nous montre les tapis rouges d’Hollywood avant que les stars puissent compter sur l'intervention d'un conseiller devenu incontournable, celui qu'on nomme aujourd'hui « styliste perso ». Il suffit de voir leurs looks totalement débraillés pour comprendre que de nombreuses célébrités étaient tout simplement livrées à elles-mêmes en matière de bon goût. Regardez Jean-Claude Van Damme avec son blazer orange deux fois trois grand lors de la première de Last Action Hero, ou Lindsay Lohan qui semble s'être assoupie dans une cabine UV. Ou encore la multitude de t-shirts blancs mal coupés avec des slogans à la mords-moi le nœud (Mon préféré ? Agnes Bruckner portant un t-shirt avec le message « Ce sont des vrais ! » inscrit au niveau de sa poitrine lors de la première de Lolita Malgré Moi).

De nombreuses célébrités masculines portaient des vêtements décontractés et négligés – des bobs, des baggys ou des pulls oversize – qui les faisaient ressembler à des ados mal élevés, glandant à la sortie d'un centre commercial. Quentin Tarentino s’est pointé à la première de Beavis et Butt-Head Se Font L’Amérique vêtu d'un short de gym, d'un débardeur franchement pas flatteur et de baskets Converse.

Lors d’une entrevue avec le magazine W l’an dernier, Sofia Coppola a déploré le fait que les tapis rouges hollywoodiens sont devenus « nuls. Les stars sont désormais glamour pour n'importe quelle occasion, comme s'il s'agissait d’un uniforme – leur look sont est exécuté avec un professionnalisme qu'ils en deviennent surréaliste. Aucune femme ne s'habille comme ça dans la vraie vie. », dit-elle. Elle n’a pas tort : les robes de cocktails extravagantes sont devenues une norme presque banale et (très souvent) de mauvais goût, disons-le.

Et c’est une honte, parce que les looks dingues dans lesquels les célébrités se présentaient à l’époque étaient une réelle source de joie. Je ne me remets pas de Patricia et Rosanna Arquette à la première de True Romance en 1994. Patricia portait une robe à col roulé avec des manches bouffantes couleur champagne, à mi-chemin entre le style rétro et la combinaison spatiale. Rosanna, quant à elle, arborait un survêtement en velours rose poudreux, le ventre à l’air, et un crucifix en or géant suspendu autour du cou.

Si nous prenons autant de plaisir à regarder les images collectées sur Movie Premiere Unlimited, c’est parce qu’elles témoignent d’une époque où les célébrités ne contrôlaient par leur image de façon aussi obsessionnelle qu'aujourd'hui. Leurs fronts brillaient et leur portraits ne pouvaient être lissés à coups de filtres. Ils ne prêtaient pas allégeance à des marques ou sponsors comme c'est le cas aujourd'hui. Leurs choix mode – aussi douteux qu’ils aient été – semblaient authentiques et non pas motivés par des logiques capitalistes cyniques. Il y a également un côté gratifiant à voir des stars surprises par les paparazzi en plein ramassage de crottes de chien, ou vêtues de joggings crades – ces images viennent rappeler que la perfection qu'elles sont sommées d'incarner n'est qu'un simple écran de fumée.

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