on vous présente les cool kids du jazz 2.0

Autour de Londres, une nouvelle génération de musiciens se tourne vers le broken beat, la house et le grime pour créer un son à l’image de la diversité de la capitale. Nous sommes allés à la rencontre de ces étoiles montantes.

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janv. 11 2018, 11:57am

Cet article a initialement été publié dans The Sounding Off Issue, no. 350, Winter 2017.

Dans les caves de Londres, le jazz reprend vie. Des vibrations d'avant-garde émanent du Total Refreshment Centre à Dalston, des rassemblements ont lieu à la l'église St James the Great Church de Clapton, et une nouvelle génération d'artistes se réclame de la vieille garde, mêlant des influences afrobeat, jungle, house et grime pour créer un son qui dépasse son cadre traditionnel. Le jazz ne se limite plus aux salles de concert, il est désormais partout. Sur NTS, chez Boiler Room, et même à Glastonbury où Kano a invité le joueur de tuba Theon Cross à le rejoindre sur scène la semaine dernière. Alors pourquoi tout le monde écoute du jazz ?

Pour Adam Moses, directeur de Jazz re:freshed, ce regain d'attention se manifeste depuis un bon moment : « c'est assez étrange, je n'ai pas le sentiment qu'il s'agit de quelque chose de nouveau parce que ça fait longtemps que nous travaillons dans ce sens ». Figure emblématique de la scène jazz anglaise depuis maintenant 14 ans, Jazz re:freshed s'est développé à partir d'un groupe d'amis issus de la culture des sound system avant de devenir un label, un festival annuel et le désormais légendaire club Mau Mau Bar sur Portobello Road. « Cela fait 14 ans que des artistes viennent chaque semaine en résidence, donc on a vu l'évolution du milieu, avec des hauts et des bas, confie Adam. Ce qui est sûr, c'est que nous n'avons jamais eu un public aussi jeune. »

Adam explique cet intérêt renouvelé en partie grâce à l'écoute en ligne, qui permet aux morceaux de certains artistes se retrouvent dans les playlists d'auditeurs qui ne se sont jamais considérés comme des fans de jazz. « Avant, si tu étais fan de jazz, tu étais fan de jazz.Tu écoutais du jazz, tu dénichais du jazz, c'était la seule musique à laquelle tu accordais de l'importance. Aujourd'hui, avec ce que j'appelle la génération shuffle, la lecture aléatoire va permettre à un son hip-hop d'être diffusé après un titre de pop ou de jazz. On s'est toujours dit qu'il fallait faire en sorte que le jazz s'intègre au paysage musical des gens et aujourd'hui il est plus que jamais acceptable d'avoir un morceau de jazz dans sa playlist. Non seulement c'est envisageable, mais en plus c'est cool. Pas cool 'pour du jazz', tout simplement cool. »

Les graphiques du streaming confirment cette théorie. En Juin 2017, sur Spotify, l'écoute de jazz a augmenté de 56% par rapport à la même période l'an passé. Des artistes comme Binker & Moses, Shabaka Hutchings ou Yussef Kamaal ont autant bénéficié de leur présence sur des playlists généralistes comme Sweet Soul Sunday ou Chillmatic que sur des prescripteurs plus spécifiques, comme le très influent State of Jazz. Qu'elles en soient conscientes ou pas, le jazz s'immisce dans le quotidien de plus en plus de personnes.

« Les gens sont à la recherche de quelque chose de nouveau, de différent, et c'est le cas pour toutes les scènes musicales » affirme Crispin Parry chez British Underground, une initiative qui œuvre à soutenir et financer la scène musicale anglaise et la faire rayonner à l'étranger. « Le jazz n'est pas seulement un genre musical profondément intéressant, il permet aussi de rassembler des gens aux goûts musicaux parfois opposés. Il rassemble des sons extrêmement différents, des mélodies douces comme des sons très lourds. Les gens qui préfèrent la musique club voient souvent le jazz comme sa matrice live. »

« Durant l'été 2017 en Angleterre, le jazz a reçu 56 % plus de lectures sur Spotify que l'année précédente sur la même période.

Il y a 18 mois, Crispin s'occupait de la première apparition américaine de Stormzy, Section Boyz et BBK's Frisco sur SBTV lors du festival texan South By Soutwest - une scène plus habituée au rock qu'au grime. « En regardant les mecs jouer je me suis demandé : bon on va faire quoi après ça ? Tout le monde commençait à parler de jazz mais je ne faisais pas partie de ce milieu-là. Et puis j'ai rencontré Moses Boyd. J'ai eu l'impression qu'il me parlait d'une scène en pleine ébullition dont j'ignorais tout. »

En mars, Crispin s'est associé à Jazz re:freshed pour monter une scène entièrement jazz lors du festival texan SXSW comptant Moses, entouré du saxophoniste Sabaka Hutchings et du percussionniste Sarathy Korwar. La salle était pleine tandis que Drake se produisait à quelques mètres sur la scène principale. « C'était extraordinaire » raconte Crispin. « Personne ne s'attendait à ce qu'une scène jazz ait autant de succès. Il y avait de très grands noms au festival SXSW qui n'ont pas attiré autant de monde, c'était noir de monde. »

« C'est comme un nouveau souffle » continue Crispin. « Il y a eu une réelle mutation du répertoire, ça se voit et ça se ressent. Plus on s'investit dans le jazz, plus on en ressort enrichi. C'est un mouvement indépendant. Les artistes qui le portent ne s'inquiètent pas de savoir s'ils recevront de l'argent du ministère de la culture ou s'ils pourront être programmés au Barbican. Il y a un système d'entre-aide incroyablement développé, un lien communautaire indestructible, un peu à l'image du grime, ce côté 'faisons ça ensemble, rassemblons les gens et passons un bon moment' ».

À l'avant-garde de cette philosophie, il y a des artistes. Ce qui surprend lorsqu’on s’adresse aux musiciens au cœur de ce renouveau, c’est le sentiment de communauté qui prédomine. Tiana Major9 est produite par Blue Lab Beats, qui collabore avec Nubya Garcia, qui joue avec Shirley Tetteh dans le septuor féminin Nérija. Shirley et Nubya ont commencé leur voyage à travers le jazz chez Tomorrow Warriors – la même structure d’accompagnement d’artistes que celle dans laquelle Ezra Collective et Moses Boyd ont fait leurs gammes – tandis que Moses jouait sur un morceau d’Oscar Jerome, qui a été révélé, aux côtés de Poppy Ajudha, dans un club du sud-est de Londres, Steez. S’il fallait une scène pour représenter la cross-pollination sonore, en voilà donc une.

« Une communauté fermement reliée est une vraie force, reconnait Alexander Nut, programmateur chez NTS dont le label Eglo Record a, au même titre que Brownswood pour Gilles Peterson, offert à bon nombre de ces artistes une maison commerciale. « On peut parler d’eux en tant qu’artistes de jazz, mais ils viennent tous de différentes perspectives musicales. Ils se servent du jazz et d’instruments, mais dans une démonstration musicienne moins technique, moins mathématique. Ils ont de nouvelles influences et ils les portent en eux-mêmes. Ils ont mis le règlement en morceaux. »

Au sein d'un genre musical, ce type de rupture marque un tournant essentiel. Réduire ce que font bon nombre de ces artistes à la case « jazz », revient à passer à côté de l’essentiel. Dans un monde où l'écoute streaming a troublé l'allégeance à un genre défini et où de plus en plus de musiciens désirent emmener leur son hors de ses horizons traditionnels, peut-être que la réponse à la question « pourquoi tout le monde écoute du jazz ? » est simple : ils n'en écoutent pas. Les gens écoutent simplement de la très, très bonne musique.

Poppy porte un manteau et une robe Céline. Bottes Fendi. Boucles d'oreilles personnelles.

Poppy Ajudha Chanteuse du sud-est de Londres issue de la soul.

Comment en es-tu venue au jazz ? Je n’écoutais pas vraiment de jazz quand j’étais jeune. J’ai grandi dans un nightclub – le Paradise Bar de Deptford – donc j’étais vraiment entourée de musique, mais il s’agissait plus de dance, de funk ou de soul. Le jazz est venu à moi quand j’ai su que je voulais faire de la musique. C’était le vaisseau grâce auquel je pouvais entrer dans ce monde. Qu’est ce qui te séduis dans ce genre ? Il offre un cadre que n’importe quel autre genre serait incapable d’apporter. J’écoute énormément de musiques différentes – du grime, de la drum and bass, du jungle, du garage – le jazz est l’intermédiaire entre tous ces styles. Découvrir ce sentiment d’expérimentation et de communication, c’est devenir capable d’aller dans n’importe quelle direction. Pourquoi faut-il être attentifs à cette scène ? Parce que le jazz n’est plus le même. Il est complétement nouveau, hybride et c’est dur de trouver un tel espace quand tout a déjà été fait un million de fois. Personne ne sait où il va parce que nous sommes tous très jeunes. Que feront ces musiciens quand ils auront 30 ou 40 ans ? C’est génial.

Mr d.m porte une veste Balenciaga. T-shirt, pantalon et bijoux personnels. nk-ok porte une veste Balenciaga. T-shirt river island. pantalon personnel.

Blue Lab Beats Le duo prodigieusement talentueux de cette nouvelle garde.

Pourquoi est-ce que tout monde écoute du jazz ? NK-OK : Je pense que c’est à cause de ce qui se passe dans le monde en ce moment. Il y a des choses incroyables, un tas de scènes musicales en ébullition, mais question politique, la situation est tout simplement absurde. On y réagit à travers nos instruments. N’importe qui peut sentir ça. À quel point les acteurs de cette scène s’encouragent les uns les autres ? NK-OK : Ça va au delà de ça – tout le monde se connaît. On se retrouve tous aux concerts. Si Nubya a une date par exemple, on sera tous là. Mr D.M Notre message est le même mais on l’interprète différemment. Quel est le but de votre musique ? NK-OK : Notre but premier est juste de rendre les gens joyeux. Il y a suffisamment de conneries dans ce monde, les gens ont besoin d’être heureux.

Yussef porte une veste Lanvin. Pantalon personnel.

Yussef Dayes Maître des percussions, ex-moitié du brillant duo Yussef Kamaal.

Quel rôle a joué ton enfance dans le sud-est de Londres ? Le melting pot de Londres m’a effectivement beaucoup influencé. Il y a des endroits comme Peckham, dont une grande partie de la population est africaine, ou encore Lewisham où beaucoup d’habitants viennent des Caraïbes. On est forcément influencé par le fait de sentir ces influences en marchant dans la rue. Comment le le jazz a t-il évolué cette année ? On n’essaie pas de reproduire ce qui a été fait avant. On se contente d’être nous-mêmes. Avant, il fallait se rendre dans certaines salles où ne venait qu’un certain public. Aujourd’hui, j’essaie d’inciter des gens qui me ressemblent à venir voir des concerts ou à jouer d’un instrument. C’est essentiel. Pourquoi le jazz renait-il aujourd’hui ? Peut-être à cause de l’influence d’autres genres ou d’autres scènes. C’est comme le grime, il y a cette énergie indescriptible. C’est comme ça qu’était le jazz au début. Les gens dansaient comme des dingues ! Pour la première fois, on ne regarde pas ce que font les Américains. On a confiance dans ce qu’on fait.

De gauche à droite: TJ porte un pull DSquared2. Bijoux personnels. Joe porte une veste et un t-shirt personnel. Dylan porte un gilet, un pull et un pantalon etro. Bijoux personnels. Femi porte une chemise Per Gotesson. T-shirt Gosha Rubchinskiy. James porte un pull Loewe. Bijoux personnels.

Ezra Collective – ovni à 5 têtes guidé par le batteur Femi Koleoso

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Femi : TJ est mon frère. Ensuite, nous nous sommes tous rencontrés dans une structure dédiée au développement du jazz qui s’appelle Tomorrow’s Warriors. Son but est de former de jeunes musiciens, plus particulièrement les femmes et les minorités ethniques . Est-il possible de définir le son qui se produit à Londres en ce moment ? Femi : Non. C’est comme demander à quelqu’un : ‘à quoi ressemble un londonien ?’ Il peut finir par décrire Skepta ou Del Boy ! C’est très varié. Mais je pense que la diversité culturelle de Londres et le fait que ce soit une ville exposée à la violence se manifestent à travers la musique. Quel sens donnes-tu à la musique que tu produis ? Femi : Pour moi, faire de la musique revient à rendre justice à l’époque dans laquelle on vit. Ne pas tenter d’être quelqu’un d’autre mais avoir une approche honnête. Dans quelques années, il faudrait que les gens puissent voir l’art qu’on a produit comme un instantané de notre époque. Faisons-en sorte que plus tard, on voit dans le jazz de 2017 autant d’utilité que dans celui de 1959. Et que 2018 aille encore plus loin.

Binker wears suit jacket and trousers Gosha Rubchinskiy. T-shirt, watch and rings model’s own. Moses wears jacket Louis Vuitton. T-shirt model’s own.

Binker Golding & Moses Boyd Duo composé d'un batteur et d'un saxophoniste.

Comment expliquez-vous le succès que rencontre le jazz en ce moment ? Binker : Je pense que les jeunes qui font du jazz emmènent cette musique dans de nouveaux endroits. Avant, toute l’attention se concentrait sur Ronnie Scott – un très bon club qui fait un super boulot - mais quand on commence à regarder ce qui se passe ailleurs, on prend conscience de la richesse du monde musical. En quoi vous différenciez-vous de ce qui a été fait auparavant ? Moses : Je viens de Catford, Binker est originaire de Tottenham. Forcément, on ne voit pas se mettre à poser contre un arbre au beau milieu d’un champ pour illustrer notre pochette d’album, tu vois ce que je veux dire ? Ça n’a juste aucun sens. On entend beaucoup de gens dire ‘Voilà comment était le jazz et voilà comment on s’y prend pour faire un album de jazz’. Donc lorsque ce refrain est venu à nos oreilles, on en tout simplement pas tenu compte. En fait, je n’ai pas envie de produire un album de telle manière ou de jouer dans tel endroit. Comment vivez-vous le regain d’attention autour de cette scène ? Binker : C’est positif. J’ai envie de jouer ma musique auprès de tous les gens qui ont envie de l’entendre. Je me fous des connaissances historiques et musicales de mon public. Peu m’importe s’ils ont écouté de la house toute leur vie et qu’ils n’ont jamais entendu un morceau de Coltrane. Il faut juste se réjouir qu’on nous écoute en ce moment.

Tiana porte un haut River Island. Bijoux personnels.

Tiana Major9 Née à East Hampton, Stormzy adore celle qui veut changer l'image du nu-jazz.

Pourquoi le jazz est-il si excitant en ce moment ? J’ai l’impression que le jazz fait partie des genres dans lesquels il est possible de s’exprimer entièrement. Il n’y a pas de limites. Tous les musiciens font des choses différentes. Je suis très émotive, j’ai beaucoup de choses à exprimer et j’ai l’impression que le jazz m’offre cette liberté. Pourquoi ce style attire t-il autant de jeunes ? Le jazz se prête bien au mélange des registres. Il est présent dans le R&B, dans le hip-hop, chez Lauryn Hill, Erykah Badu et même chez Justin Timberlake. Je crois que c’est pour cette raison qu’il s’est rajeuni. Si on tend vraiment l’oreille, le jazz est partout. Comment définirais-tu le son que tu produis ? Je me situe dans le nu-jazz. J’essaie d’explorer un côté plus frais. Ça a bien sûr déjà été fait, mais pas à ma manière ! Qu’est ce qui te rend différente ? J’essaie d’écrire comme je parle. Je sais que c’est pas forcément très jazz mais j’ai envie que les gens comprennent ce que je raconte. Je ne m’habille pas comme une artiste jazz, je ne donne pas l’impression d’en être une. On peut penser que seules les personnes âgées sont en mesure d’apprécier le jazz mais c’est un genre très frais, en mouvement constant. Je veux casser les préjugés qui entourent le jazz.

Shirley porte une veste et un jean Topshop. Chemise Wales Bonner. Chaussettes Falke. Sandales Birkenstock.

Shirley Tetteh Guitariste de Nérija, Shirley a commencé son voyage à travers le jazz grâce à Tomorrow’s Warriors

Quelle liberté te donne le jazz ? La liberté de grandir. Il faut faire des choix quand on grandit et c’est un défi auquel je me confronte en ce moment. Quel sens accordes-tu à l’idée de faire de la musique en 2017 ? Il s’agit d’être sincère. M’investir dans mon travail pour faire de la musique qui me parle et me relie au moment présent. Je m’accroche à cette vérité là pour que ma musique garde du sens - c'est essentiel quand on se dit qu'un million de nouveaux albums sortent chaque semaine.

Shabaka porte un pull Woolrich. Chapeau personnel.

Shabaka Hutchings Saxophoniste et champion incontesté de la scène locale.

Pourquoi l'année 2017 a t-elle été aussi excitante pour le jazz anglais ? La musique reflète l'époque dans laquelle on vit. La jeunesse traverse une période de changement au Royaume-Uni. Sa rage, sa désillusion, son espoir, sa peur et son irrévérence offrent un contraste brutal avec le conservatisme orthodoxe de l'establishment.

Oscar porte un pull Gosha Rubchinskiy. Pantalon Neil Barrett. Ses propres baskets.

Oscar Jerome , vocaliste et guitariste du quartier de New Cross, animé par la politique, la spiritualité, la vie.

Qu’est-ce qui différencie la musique londonienne en 2017 ? Il y a toujours eu une scène très dynamique à Londres, avec des vagues, des hauts et des bas. Avant, les gens s’inspiraient beaucoup de la musique américaine, mais aujourd’hui les musiciens jazz britanniques s’inspirent directement du grime, du garage – de la musique britannique. On se construit notre propre identité. Les auditeurs sont plus réceptifs qu’avant ? Oui, clairement. Il y a des clubs, comme le Total Refreshment Centre, qui sont remplis de jeunes. La pop music est saturée, alors les gens se tournent vers un son un peu plus profond.

Nubya porte un pull Fendi. Bijoux personnels.

Nubya Garcia, saxophoniste ténor membre du septuor entièrement féminin Nérija.

Qu’est-ce qui t’influence ? Le simple fait de faire des concerts. Et dans cette ville, il y a un choix immensément varié. Il existe plein de formations et de groupes, jeunes, qui me permettent d’écouter et de jouer du jazz. Quelle liberté t’offre le jazz ? Une inspiration et des possibilités infinies.

Le Total Refreshment Center prendra la Petite Halle de la Villette d'assaut ce vendredi 12 janvier. L'occasion de découvrir l'artiste Hello Skinny et le Dj Lexus Blondin, fondateur du TRC.

Brownswood présente : We Out Here avec les artistes Shabaka Hutchings, Nubya Garcia, Ezra Collective, Moses Boyd et d'autres - sortie le 9 février 2018.

Credits


Photographie Olivia Rose
Stylisme Bojana Kozarevic

Coiffure Roku Roppongi, Saint Luke’s avec Davines. Maquillage, Anne Sophie Costa, The Wall Group avec M.A.C Cosmetics. Assistance photographie Ricky Rxse. Assistance stylisme Louis Prier-Tisdall et Donal Talbot. Assistance coiffure Tarik Bennafla. Assistance maquillage Rachael Thomas.