4 fanzines français à dénicher au plus vite

De la scène punk française à l'érotisme queer, rien n'échappe à la micro-édition française, plus underground que jamais.

par i-D France
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03 Mai 2016, 4:45pm

"Le fanzine, c'est la liberté totale, un terrain d'expérimentation sans limite." C'est en ces termes que s'exprime Laura Morsch-Kihn, directrice artistique du festival Rebel Rebel dédié aux fanzines qui se tenait en avril à Marseille. Il y a quelques semaines, on vous racontait dans Vice comment le FRAC (Fonds Régional d'Art Contemporain) de la région PACA était allé à la rencontre de la jeunesse des quartiers Nord, l'assistant dans la création de ses propres fanzines. À la barre de cette initiative, Laura explique : "On a voulu montrer à ces jeunes qu'avec une photocopieuse et du scotch ils pouvaient créer un support impactant, un objet mobile capable de sortir la parole des quartiers, de contrer les stéréotypes et finalement de dévoiler un vivier de jeunes artistes." Voilà peut-être ce qui explique l'extraordinaire durabilité du format fanzine et le regain d'attention dont il fait récemment l'objet. Un esprit DIY à portée de tous, un terrain vierge à remplir permettant une approche personnelle, dénuée de toute pression éditoriale extérieure. Rejet d'une presse traditionnelle ou non, nous ne tenterons pas ici d'expliquer le succès du fanzine. Mais une chose est sûr, le fanzine va bien. "On ne s'attendait pas à une telle affluence, aussi diversifiée," raconte Laura. "Les novices sont ressortis en sachant ce qu'était un fanzine et les experts ont pu rencontrer leurs éditeurs préférés."

Pas de panique : si le fanzine fait bouger les foules, l'attrait de son aspect confidentiel et underground ne risque pas de se tarir. Les différents rythmes de production et modèles de distribution entretiennent un public, pas forcément de connaisseurs, mais au moins de curieux. Á une époque où tout est donné parfois trop rapidement, en un clic et une page web floue, le fanzine maintien l'aventure éditoriale, le frisson de la découverte d'une publication restreinte et infiniment qualitative. L'impression de privilège. Par définition, ceux qui font les fanzines et ceux qui les lisent sont les mêmes personnes. De passionnés à passionnés, les restrictions s'effacent et l'originalité du contenu fait loi. Musique, art, photo, érotisme, politique, animaux, sport, mode, écriture, voiture... Il est autant de sujets dans l'air qu'il y a de possibilités de fanzine. Alors nous venons peut-être d'expliquer le succès du fanzine, sans le vouloir. On vous a en tout cas sélectionné une courte liste. Nos coups de cœur du moment, l'expression de cette diversité et de la créativité ; de l'incubateur de talents géant qu'est à jamais le fanzine. 

Black Out

Black Out
Black Out

, c'est avant tout l'histoire d'une bande. De skateurs bretons. Quentin, à l'origine du fanzine, voulait un truc brut, fait-main, au photocopieur. À parution très irrégulière, (forcément, c'est un fanzine) reflète aussi bien "le trou noir des lendemains de fête qu'un fragment de l'histoire de la communauté skate rennaise". Photographes, skateurs, graphistes, artistes, enregistrent les pulsations de la jeunesse qui traine ses roues sur le bitume et squatte les skateparks DIY, notamment celui de la Courrouze, un terrain vague en périphérie de la ville qu'elle s'est appropriée. Pour son numéro 12, le skatezine a choisi d'immortaliser les plus belles chutes des skateurs, plutôt que leurs prouesses. "En l'espace de trois mois, nous avons été un paquet de potes à s'être rendus à l'hôpital. D'où l'idée d'un numéro spécial blessés." Mais dans ce numéro d'éclopés, on retrouve aussi des interviews de skateurs complètement absurdes aux questions surréalistes : "Est-ce que tu peux livrer des pizzas Dominos avec ton skate ?" Cynique et beau, Black Out est le miroir d'une jeunesse cool et foutraque qui aime qu'on ne la prenne pas (trop) au sérieux. 

Féros

Si l'évocation des revues IrèneEdwarda ou L'Imparfaite vous fait frémir, vous devez être familier de la vague de fanzines érotiques qui a irrigué le début des années 2010. Elle a inspiré Féros, publication annuelle dont le #1 est sorti en janvier. À l'origine de ce projet, Clément Gagliano et Florence Andoka, chargés de l'envie "d'interroger le désir et la sexualité par la création artistique et l'esthétique," comme nous l'indique le premier. Prônant la persistance des "beaux livres" et d'une édition qui prend son temps, Féros veut "troubler, exciter, émouvoir, intriguer et susciter le désir : celui de vivre sa sexualité, d'y réfléchir, de l'ouvrir et de la transformer." Féros n'est pas politique, ne défend aucune cause et rend simplement visible un panel de sensibilités artistiques. Ce qui n'empêche pas la publication d'être en phase avec son temps. "L'appétence sexuelle est une énigme qu'il faut questionner sans cesse. Aujourd'hui, le désir est aussi l'enjeu de la modification des genres et de leurs rapports. On en parle dans le débat social à travers le mariage pour tous, l'avortement ou encore la transsexualité et les mouvements queer en regain en France." L'expérimentation passe aussi par le papier. Vos mains devront passer par Féros. 

Mekanik Copulaire

Ne nous demandez pas comment on est tombés sur le site de cette maison de micro-édition française, on ne s'en souvient plus. On a erré pas mal de temps sur le web et voilà. Ce qu'on sait, c'est que Mékanik Copulaire produit et publie des fanzines depuis 2010 (au ciseau, à la colle, au pyrograveur) et que William (ou Bill Noir, c'est selon) son fondateur, adore les vieilles photos de famille. ''Ce sont des trouvailles, je les chine à Berlin, dans les petites brocantes, les stands tenus par les mamies, sur la place du jeu de balle à Bruxelles... Je les collectionne et les détourne.'' Une manie que partage l'artiste et invité de la maison, LLcool Jo, à l'origine de l'énigmatique fanzine J'ai toujours préféré les chiens. Portraits de familles en noir et blanc, couples nineties énamourés, clichés d'animaux de compagnie, tous ces trésors anachroniques sont détournés et gribouillés de messages hyper actuels comme ''TRIPLE SELFIE SI J'AI PAS DU LIKE.'' Décalé, donc, à l'image de Mekanik Copulaire qui ne revendique rien d'autre qu'un ''geste créatif au sens le plus large possible''. À vos ciseaux. 

Rotten Eggs Smell Terrible

On ne pouvait décemment pas vous présenter une sélection de fanzines français sans y intégrer un grand classico - j'ai nommé l'increvable Rotten Eggs Smell Terrible (ou REST pour les puristes) qui en est déjà à son 32eme numéro. REST perpétue l'ensemble des codes esthétiques et DIY du zine à l'ancienne et les porte comme un héritage. Son papa s'appelle Thierry Alcouffe. Thierry aime la colle, les ciseaux et le punk. Si bien qu'en plus de couvertures très rock et très folles, Thierry livre à chaque numéro une cartographie brillante des scènes rock, punk et Oï! françaises (avec interviews, photos et posters à la clé). Il propose même parfois quelques détours historiques : dans un de ces derniers numéros il est démontré que Karl Marx est LE papa caché du football. Amateurs de soft rock, s'abstenir. 

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