coucou la mode ! alors, new-york ?

Pendant cette première semaine de la mode New-Yorkaise de l’ère Trump, les créateurs ont réagi au climat actuel d’instabilité. Entre défiance, angoisses, ode aux USA et discours sur la diversité, chacun laisse percevoir sa vision. Avec pour chef de...

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févr. 17 2017, 11:00am

« This is not America » chez Calvin Klein

C'est peu dire que Raf Simons était attendu comme le Messie à New-York. La question « Que va faire Raf ? » était sur toutes les lèvres. Dans un décor signé Sterling Ruby, avec en bande-son  This is not America de David Bowie, femmes et hommes défilent de concert. Qui dit défilé mixte dit jumeaux de style : mêmes ensembles Prince de Galles, mêmes chemises en denim, mêmes pardessus recouverts de PVC, mêmes boots de cowboy, tops unisexes couleur chair qui dévoilent torses et poitrines. A cela s'ajoutent des robes plus couture, en vinyle brodé de plumes, d'autres plus sexy, fendues sous la poitrine et une jupe à franges drapeau américain. Un mélange de sensualité et de melting-pot américain, en somme. C'est avec son bras droit, Pieter Mulier, que le créateur belge est venu saluer à la fin. Et pour fêter ces débuts prometteurs, Calvin Klein avait organisé une grande soirée le soir du défilé avec pour DJ Nina Kraviz, The Black Madonna ou encore Richie Hawtin.

Jésus, Marilyn Monroe, Elvis Presley et Cléopâtre chez Jeremy Scott

On ne peut pas accuser Jeremy Scott de dévier de sa trajectoire. Fidèle à lui-même, le créateur américain joue la carte du kitsch et du too much. C'est Gigi Hadid qui ouvre le show avec un pantalon flare en velours à l'effigie de Jésus, accompagné d'un perfecto léopard. Bas résille, boa bleu flash, robe baby doll à la Marilyn Monroe, fourrure bouclée fuchsia, cape blanche brodée en sequins d'un aigle doré (qui rappelle la fameuse cape du soir « Phoebus » d'Elsa Schiaparelli), cuir blanc façon Elvis Presley, cheveux de perles à la Cléopâtre, coiffure shivaesque, des imprimés cartoons de cochons : voici à quoi ressemble la démocratie de Jeremy Scott. Sur place, tous les membres du staff portaient un tee-shirt créé par le designer : « Our voice is the only thing that will protect us ». De l'humour dans ses slogans : robe estampillée « Love Stinks » avec un dessin de putois, tee-shirt « Sex is cute » et top en sequins « As seen on TV »… un message subliminal ? De la téléréalité à la présidence des Etats-Unis, il n'y a qu'un pas ?

Les 3 nouveaux créateurs à suivre de Vfiles

VFiles a accueilli cette saison 3 labels plutôt que 5 : Snow Xue Gao, Daniëlle Cathari et Strateas.Carlucci. Le premier à défiler, Snow Xue Gao est un designer basé à New-York qui a présenté sa collection printemps-été 2017 au Parsons MFA show l'an dernier. Son idée ? Mélanger le « boudoir et la salle de réunion ». Ce qui donne un mix de vestes tailleur aux épaules surdimensionnées façon Melanie Griffith dans Working Girl et de soies façon kimono, en mode layering ou bi-matière. La seconde créatrice, Daniëlle Cathari, encore étudiante en 3e année au Fashion Insitute d'Amsterdam a signé une collection hommage à Adidas : des mosaïques « 3 bandes » sur joggings et hauts de survet'. Les derniers en lice Peter Strateas et Mario-Luca Carlucci, les deux designers derrière la marque Strateas.Carlucci, sont basés en Australie. Une collection pour homme : trench en faux croco violet, costume jaune moutarde, manteau en cuir craquelé façon goudron. Pour ceux qui osent.

Lacoste, Rendez-vous sur Saturne

Une collection Odyssée de l'espace façon Felipe Oliveira Baptista. Message caché : regarde vers l'avenir quand le présent fout le camp. Images de Saturne signées de l'artiste Ron Miller transformées en imprimés, Mica Arganaraz en combinaison spatiale noire en nylon, Julia Nobis en pantalon XXL façon parachute. Le père de Felipe Oliveira Baptista était pilote et René Lacoste le fondateur de la marque, après sa carrière de tennisman « a participé à la mise au point du Concorde et d'Airbus via la société Air Equipment qu'il avait fondée» indique la note d'intention du défilé. Le cuir ultra présent, traité façon sportswear, tape dans l'œil. Comme ce blouson en cuir façon haut de jogging. Des baggys avec de grosses poches cargo et une parka dorée en mode couverture de survie. Après les peignoirs-cocon de la saison précédente, il est temps de passer à la vitesse supérieure. En septembre prochain, pour célébrer son 85ème anniversaire, la marque annonce son grand retour sur le catwalk parisien.

Ode à l'amitié chez Creatures of the wind

Shane Gabier et Chris Peters ont proposé une collection tournée autour de l'idée de la communauté, des relations humaines, de l'amitié. Des amis à eux ont défilé pour l'occasion. Sinon rien de très flagrant à première vue. Mais si on y regarde de plus près, on aperçoit des imprimés d'hommes et de femmes miniatures qui se parlent en ronde, un homme qui lève les bras au ciel et un autre qui semble d'époumoner. Pas si simple de se comprendre. Les deux créateurs ont aussi interrogé le concept du glamour. Qu'est-ce qu'être glamour en 2017 ? Des fourrures vintage parées de strass, des robes chevelues, des bottes de cuir qui gainent les mollets, une robe bustier en dentelle blanche, voici un début de réponse.

Back to black avec Alexander Wang

Alexander Wang a choisi un théâtre abandonné - pour son défilé et son after - le RKO Hamilton Theater, dans le Bronx. Un lieu parfait pour un after mais les collants des mannequins disent le contraire : ils sont estampillés d'un « No after party ». Du Magritte à la sauce Wang. Un tee-shirt « Night of treason », du nom d'un groupe punk méconnu et du noir, du noir, des pantalons ultra moulants, un micro-short en cuir, une combi à la catwoman, des shoes façon Ugg, des yeux charbonneux, du strass, des chaînes argentées, Alexander Wang est-il nostalgique de ses débuts ou s'est-il tout simplement trompé de décennie ?

Victoria Beckham relève le gant

Des gants en cuir très très longs qui deviennent des manches, des robes fluides longueur mi-jambe, un vanity case sous le bras, cols roulés et pantalons largeur XXL, la fille Victoria Beckham gagne, saison après saison, en assurance et en confort. Des impressions inspirées du peintre surréaliste Paul Nash qui fait l'objet d'une rétrospective jusqu'au 5 mars, à la Tate Britain de Londres. Un vestiaire très célinesque, aux accents rowesques. Et quand Victoria Beckham apparaît à la fin de son défilé - en auto-égérie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même - en simple pull col roulé et pantalon fluide extra-large de sa collection, on se dit que l'image de l'ex Spice girl aux décolletés push-up et stilettos 10 cm est bien loin de tout cela. On a tous plusieurs styles dans une vie.

Toute toute première fois pour Maryam Nassir Zadeh


Pour son premier défilé, Maryam Nassir Zadeh a posé ses bagages de velours au pied des tourbillons infinis du Guggenheim, dans le Lewis Theater. Le décor feutré beige et or du lieu rendait toute sa splendeur à la palette de cette nouvelle collection : des tons indescriptibles allant de l'ivoire discret au violet flamboyant en passant par un rose faussement ingénu. Une féminité intello, secrète et triomphante. Et une première réussie en somme. 

Chez The Row, pour vivre heureux, vivons cachés

Les sœurs Olsen sont un peu notre Lemaire américain : le vêtement est star, la matière reine, la discrétion un étendard. Pas d'embellissement, de fioriture, une palette de couleurs limitée : blanc, noir, crème et une touche de rouge. De très longs manteaux en cuir, drap de laine ou fourrure ceinturés. Kirsten Owen en boots multi lacets et jupe longue bouffante, Jamie Bochert en simple chemise et pantalon à pli. Ça fait l'affaire. Quand certains créent des vêtements à slogan pour viser les regrams, les sœurs Olsen brodent de mini mots « unity » « hope » « dignity » « freedom » sur leurs chemises blanches, en mode message codé.

Cannibalisme et responsabilités pour Gypsy Sport

Le designer américain Rio Uribe, qui cultive une approche très politique de la mode, a fait une annonce publique, quelques instants avant que les lumières ne s'allument : « Je veux prendre ma responsabilité (…) Luttons pour un monde nouveau, un monde décent, où nous pouvons faire de la place pour l'autre ». Son casting ? Des garçons et des filles qu'il a rencontrés lors de ses dernières manifestations politiques, comme la Women's March à Los Angeles ou la manif' contre le Muslim ban à New-York. Dans sa collection, pas de slogan, de citations directes contre le gouvernement en place mais des patchworks de fringues - résille, dentelle, camouflage, velours, macramé, impressions pop - qui sonnent comme un appel à la diversité.

Proenza Schouler dit adieu à New-York

En septembre prochain, Proenza Schouler défilera à Paris pendant la semaine de la haute couture, adoptant le modèle lancé par Vetements. Pantalons métallisés argentés, vestes shearling cuir verni ou mat, robes en cuir fermeture cache-cœur, blousons à grand col replié, robes aux ouvertures géométriques façon sportswear - nombril, hanches, épaules se dévoilent. La fille Proenza avance fièrement et quand elle défend son territoire, son sens du style a encore plus de chien. Rendez-vous à Paris.

Eckhaus Latta s'adresse à Melania Trump et Karen Pence

Dans leur lettre d'intention, Mike Eckhaus et Zoe Latta s'adressent directement à Melania Trump et Karen Pence « Melania and Karen, just slide the pillow of their faces and push as hard as you can ». Les messages politiques affluent durant cette fashion week. En guests, la photographe Collier Schorr (qui shoote, entre autres, les campagnes Saint Laurent par Anthony Vaccarello) qui défile vêtue d'un pull gris estampillé « Is this what you wanted », du titre d'une chanson de Leonard Cohen, l'artiste et designer de mode Susan Cianciolo, habillée d'un top motif fleurs à la manière d'un dessin naïf et d'une jupe dé-zippée ouverte le long de la cuisse ou encore la styliste Camille Bidault Waddington dans un teddy/anorak blanc. Des jupes longues qui se déboutonnent mi-cuisse pour se transformer en mini-jupes, un pantacourt en maille qui finit par des bandelettes de maille enroulées sur les mollets, rien n'est stable, tout bouge dans notre monde.

Une partie de campagne pour Coach

Ah les prairies, ces vallées aux herbes folles ; qu'il fait bon quitter la ville pour respirer l'air frais… Coach dédie sa collection aux grandes plaines américaines. Résultat ? Dans un décor La petite maison dans la prairie, des filles qui portent la robe à fleur et la peau de bête. Du marron, du shearling, du daim, des moonboots, des chapeaux en fourrure en mode hip-hop des années 80 (il manquait le twist de la modernité). Pléthore de sacs, en pendentif miniature et à la main. Du cuir pour les mecs, des pantalons étroits à carreaux, des duffle-coats à écussons et des pulls en maille dont un à l'effigie d'un bébé canard (non, non je vous vois venir…).

Respect, Marc Jacobs!

Pas de dreadlocks cette fois-ci mais une note d'intention rédigée par Marc Jacobs lui-même expliquant comment il a conçu sa collection, histoire d'éviter tout malentendu après les accusations de réappropriation culturelle de septembre dernier. La collection baptisée « Respect » est un hommage au hip-hop. Elle est inspirée du documentaire « Hip-Hop Evolution ». Des dégradés de marron - exercice difficile mais largement réussi - des chapeaux et casquettes cloche, des fourrures à gogo, des micro-jupes, des colliers bling à grosses chaînes dorées, du velours à grosses côtes et des plateformes shoes. Sur le set - dans le Park Avenue Armory, un ancien bâtiment militaire - seulement deux rangées de chaises, pas de décor, pas de musique. Le DG de la marque demande aux invités de ranger leurs téléphones. « Marc souhaite que tout le monde vive l'expérience du show », indique-t-il. Quand les invités sortent du bâtiment, les mannequins les attendent dehors smartphone à la main pour les shooter. On inverse les rôles ?  

Credits


Texte : Sophie Abriat
Photos : Mitchell Sams