10 très beaux livres à (s)'offrir pour noël

i-D a dressé sa liste (très subjective) des plus beaux livres de 2016. Excellente lecture.

par i-D France
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21 Décembre 2016, 10:15am

Catalogue de l'exposition « Soulèvements » au Jeu de Paume

L'année aura été celle du mouvement des foules, des émotions collectives et des nuits passées debout. En un mot, des soulèvements, le titre de la magistrale exposition orchestrée par l'historien de l'art et commissaire d'exposition George Didi-Huberman au Jeu de Paume. On y découvre des photos, peintures, gravures et documents témoignant des multiples formes qu'ont pu prendre ces moments parfois simplement beaux et plein d'espoir, d'autres fois décisifs dans le cours de l'histoire. Cette richesse iconographique, on la retrouve dans le catalogue de l'exposition, complétée également par une poignée d'essai de plumes illustres : Judith Butler, Antonio Negri ou encore Jacques Rancière.

"Jim Jarmusch, Une autre allure", par Philippe Azoury aux éditions Capricci 

Une autre allure, venue d'un autre temps. Les personnages que le réalisateur américain Jim Jarmusch imagine depuis le début de sa carrière cinématographique incarnent mieux que personne les errances métaphysiques de notre génération. Le critique et journaliste Philippe Azoury tente d'en élucider le mystère dans son très beau livre, Jim Jarmusch, une autre allure. Au détour des pages et à l'appui de ses différents films, c'est tout un pan de l'Amérique actuelle qui se dévoile - celle des misfits, des laissés pour compte et des rêveurs. Une balade poétique et politique qu'on ne manquerait sous aucun prétexte. 

"Skin Memories", Thomas Mailaender, aux éditions RVB Books

Thomas Mailaender n'a pas fini de redéfinir les limites et les contours de la photographie. Réalisé dans le cadre de la première résidence d'artistes impulsée par LVMH Métiers d'Art, le projet de l'irrévérencieux artiste, Skin Memories, a désormais son propre livre. Celui qui puise son iconographie dans les journaux, les magazines et les tréfonds d'Internet continue d'expérimenter et triturer le médium photographique dans son dernier ouvrage, publié aux éditions RVB Books. Il réalise des impressions d'images sur cuir et donne un second souffle aux procédés ancestraux d'impression photographique comme le cyanotype ou le Van Dyck. 

"Lick", Ed Templeton aux éditions Café Royal Books

Notre skater préféré, reconverti en photographe de génie, s'était fait remarquer en publiant sa sulfureuse série Teenage Smokers pour le nouveau millénaire, laissant à ses spectateurs le soin d'admirer la jeunesse tirer les plus belles lattes de son insolence. Aujourd'hui, Ed Templeton signe son retour dans le paysage de la photographie avec une collaboration aux éditions Royal Café Books. L'occasion de découvrir une série shootée, comme à son habitude à l'argentique, dont les modèles mangent... des glaces. Parution anachronique et désirable en cette fin d'année, Lick se déguste comme un sirop contre la toux. Bonus : le magazine coûte 6 dollars. 

"Untitled Youth", Fumi Nagazaka aux éditions Kahl

La jeunesse est belle quand elle défie l'objectif. Fumi Nagasaka n'est pas la première à lui rendre grâce. Mais son tout dernier projet, Untitled Youth, a le mérite de célébrer son affront qu'il soit d'ordre vestimentaire, politique ou philosophique. Photographe et directrice de casting d'origine japonaise, Fumi est partie à la rencontre des kids américains, allemands, suédois et anglais, dans les rues et sur Instagram pour immortaliser la beauté sous ses formes les plus actuelles - et les plus éclatées. 2016 n'est pas si moche que ça. 

"Provoke, between protest and performance", Co-édité par Diane Dufour et Matthew Witkovsky, co-publié avec Steidl

1969. La révolte gronde au Japon. Contre l'occupation américaine sur le territoire, l'expropriation des terres des paysans et l'ascension fulgurante de la société de consommation importée des États-Unis. De ces trahisons et de ce ressentiment naît un geste de révolte collectif et une revue, forcément défiante et anti-autoritaire dont le titre seul, est brandi comme un slogan : Provoke. Ce manifeste esthétique et philosophique japonais est réédité aujourd'hui suite à l'exposition éponyme du Bal et réunit les trois seuls numéros parus à l'époque. L'occasion de se souvenir que la photographie peut encore être une arme contre l'oppression. 

"Killing Technology", Melchior Tersen, maison d'édition de Pedro Winter avec Etudes Studio

Les patchs. Pour la plupart d'entre nous, le mot résonne avec l'enfance, les genoux écorchés et le jean que l'on rapièce en y thermocollant l'effigie de Mickey. Mais pour quelques uns, c'est une affaire de vie, de mort, de famille, d'honneur : ceux-là, ce sont les métaleux qui affichent à fleur de blouson leur appartenance à un clan. Fasciné par un univers aussi complexe et codifié qu'il s'exprime simplement, le photographe Melchior Tersen, tête connue du côté de chez Vice dont il est un collaborateur patenté, s'est mis en tête d'aller au fond du phénomène. Résultat, 500 et quelques pages éditées par la maison d'édition de Pedro Winter avec Etudes Studio à la DA, plongée anthropologique dans le ramage des festivaliers du Hellfest.

"Dancing with myself", Collection Pinault, Folkwang Museum Essen

Dancing with Myself retrace l'histoire de l'art de ces 50 dernières années à l'orée de la danse et de son pouvoir performatif. Le livre qui accompagne l'exposition éponyme tirée de la collection Pinault et présentée par le Folkwang Museum à Essen en Allemagne, revient sur le rôle primordial qu'ont joué les artistes et leurs corps en tant qu'acteurs et supports de création des années 1970 à nos jours. Une bible anti-conformiste dont les artistes Nan Goldin, Cindy Sherman, Steve McQueen ou encore Adel Addessemed sont les plus (in)dignes représentants. 

"Bangy Boys, The Bangy Book / New York Street Boys", Vincent Alan W, aux éditions Vis à vis

New York, 1984. Vincent Allan W capture l'énergie et la fureur des rues new-yorkaises. Parmi ses modèles, les kids noirs et portoricains dont les silhouettes et surtout les sneakers, attirent l'oeil du photographe. Le livre réunit des straight-up de cette jeunesse américaine des eighties, dont le "homeboy" look était une arme de revendication et un signe d'appartenance à une communauté soudée mais discriminée. 

"Girl Plays with Snake", Clare Strand, aux éditions MACK

Clare Strand sait stimuler notre cerveau reptilien. L'artiste anglaise révèle aujourd'hui son dernier ouvrage, l'énigmatique Girl Plays with Snake. Tirées des archives de l'artiste dont le travail est intrinsèquement lié à sa collection d'images glanées depuis son adolescence, les images qui s'offrent au spectateur mettent en scène des femmes, de tout âge, et des serpents. Contre toute attente et malgré l'absurdité qu'on pourrait lui reprocher, l'artiste continue de disséquer les obsessions populaires et propose une histoire alternative de la condition de la femme à travers son dernier ouvrage, salvateur et plein d'humour.

Credits


Texte : Malou Briand et Ingrid Luquet-Gad

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