est-ce que blaise matuidi va réconcilier la france ?

Ça peut vraiment être cool, un joueur de foot, en 2016 ? Il semblerait que oui.

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févr. 4 2016, 3:10pm

Le footballeur qu'on a envie d'aimer à l'approche de l'Euro 2016, s'appelle Blaise Matuidi, milieu de terrain du PSG et international tricolore. Là où les Benzema, Pogba et Varane, aussi doués soient-ils, n'arrivent à séduire que les fans de foot, Matuidi se distingue en fédérant autour de lui beaucoup plus de monde. Tous y trouvent leur compte : les amateurs de rap qui entendent le nom du joueur scandé par leurs artistes préférés (de Niska à Booba, nous y reviendrons), les parangons de vertu qui apprécient ce joueur discret aux valeurs affirmées et le grand public qui apprécie sa bonhomie tranquille.

Mais avant de partir à la conquête de la pop culture, il a bien fallu que Blaise prenne ses aises là où tout commence forcément : sur le terrain. En juillet 2011, le Paris Saint-Germain se fait racheter par QSI, le fonds d'investissement souverain de l'émirat du Qatar. Après des années de disette, le club parisien entre enfin dans une nouvelle ère. Au milieu des vedettes transférées à prix d'or (Zlatan, Thiago Silva, Cavani ou Pastore), un jeune joueur de second plan débarque au Camp des Loges (le centre d'entrainement du PSG) en provenance de l'AS Saint Etienne. Il s'appelle Blaise Matuidi et, à dire vrai, personne n'attend rien de lui. D'ailleurs, pour son premier match sous ses nouvelles couleurs, il perd et se blesse à la cuisse. On le dit fini. Il n'en est rien. Matuidi va refaire surface et finir par s'imposer. Chaque ballon qu'il récupère désormais dans les pieds de l'adversaire s'accompagne d'un "Oh ouiii Blaisouuuu" jubilatoire échappé de la bouche des supporters. Pas de doute, le public exigeant du Parc des Princes l'a adopté. Au fil des matchs, il est devenu décisif, en témoignent ses buts face à l'OM ou encore à la Serbie, sous le maillot de l'équipe de France. Une progression qui dépasse clairement toutes les espérances. Dominique Séverac, journaliste au Parisien, analyse ainsi son ascension : "Matuidi ne cesse de progresser depuis son arrivée au PSG. Il est le moins technique du 11 titulaire mais les supporters voient bien qu'il donne tout. Sa générosité plaît." Et de poursuivre : "Alors qu'il n'intégrait pas les plans d'Ancelotti, l'Italien (ancien coach du PSG, ndlr) a dû se rendre à l'évidence et a fait de Matuidi l'un des hommes de base de son milieu. Laurent Blanc aussi."

Reste à savoir pourquoi Matuidi plait autant ? Déjà, il représente un peu de french touch dans une équipe largement mondialisée. Aussi, Matuidi joue clairement la carte de l'identification parisienne : quand il marque, il embrasse la Tour Eiffel qui figure sur l'écusson de son maillot...etc. On aime ce joueur car il incarne l'exact opposé du cliché généralement associé à la figure du footballeur connard : des valeurs, de la sobriété, pas l'ombre d'une d'affaire type "Zahia" relayée dans Closer. Matuidi mène une vie rangée et sort peu. Son abnégation et son sens du collectif en font un joueur rare dans un monde qui glorifie d'abord et avant tout la performance individuelle et la statistique. D'ailleurs, le boulot de Matuidi n'est pas de marquer mais plutôt de récupérer la balle et de la passer à ses coéquipiers. Un sacerdoce.

Il a réussi à devenir le porte-parole du PSG, une équipe essentiellement composée de joueurs étrangers, autant de stars mal-à-l'aise dans la langue de Molière qui ont longtemps rechigné à s'exprimer dans les médias hexagonaux. Accessible et bonhomme, Matuidi, porteur de valeurs positives dans un univers d'égoïsme et d'excès, attire. Pas un hasard si Nike, Orange, Beats, BeInSports ou encore Optic Duroc se sont attachés ses services au cours des derniers mois. Des contrats publicitaires qui représenteraient, selon les estimations, entre 600 000 et 1 million d'euros. "On a des sollicitations de toutes parts" reconnaît Franck Richard, son agent d'image. "Ça a grimpé l'année dernière et on a connuun pic lors du derniermatch de l'équipe de France". Il figure désormais dans le top 10 des joueurs dont le nom est floqué sur les maillots vendus dans les boutiques du PSG. Sa popularité IRL a grimpé en flèche, tout comme son "influence" virtuelle. Le joueur possède près de 900 000 abonnés sur Instagram et culmine à 1,6M de followers sur Twitter. Sa recette ? Une communication efficace mélangeant photos professionnelles et éléments de sa vie privée distillés au compte-goutte (ses jeunes enfants apparaissent ainsi souvent marchant dans les pas de leur "papa").

Au-delà du père idéal, Blaise s'est bon gré mal gré immiscé dans les clashs qui agitent et excitent le rap français, asseyant définitivement son statut d'icône de la culture pop française. "Quelle marque de merde porte Matuidi !" scande Booba sur D.U.C. En lui reprochant au passage sa proximité avec Rohff - le footballeur a porté un sweat de la marque Distinct, celle de son rival. Quelques mois plus tard, à l'été 2015 : cinq ans après ses premiers pas sous les couleurs parisiennes, Blaise et ses coéquipiers affrontent la modeste équipe du Gazélec Ajaccio. À la onzième minute de jeu, concluant une action collective de grande classe, il décoche une frappe puissante en pleine lucarne. Pour célébrer son but, il décide de reprendre à son compte le « charo » du rappeur Niska, danse désarticulée, bras et jambes déployés. Pourquoi le charo ? Dans le magazine Yard, le rappeur donne son explication : "Un charo, c'est un mec qui a la dalle, un mec qui arrive bien à se démerder, qui avance tout seul, qui réussit à faire sa vie… En fait c'est ce côté hargneux, comme quand les charognards mangent des animaux morts : faut avoir la dalle pour manger un animal mort, mais ils vont quand même le faire !" Matuidi, charo. Le tout répété facilement douze mille fois dans la dite chanson qui a assuré à son auteur une belle visibilité dans le rap game hexagonal. La vidéo du but, puis la joie communicative du joueur a, quant à elle, fait le tour des Internets. Marquer et se faire remarquer. Réunir, par la même occasion, toutes les strates de la société française. Et si Matuidi était le joueur qui réconciliait définitivement la France du foot avec le grand public ? 

Credits


Texte : Laurent David Samama
Photo : Cyril Masson pour Nike