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Stand Up

wil aime, l'humour de la france de demain

Les vidéos de ce jeune humoriste comptabilisent des dizaines de millions de vues sur Facebook. En refusant de jouer sur les clichés communautaires, il diffuse un message subtil, tolérant et universaliste. Une pépite par les temps qui courent.

VICE Staff

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Wil Aime n'est pas un YouTubeur. Il ne se considère pas non plus comme un acteur à part entière mais comme un simple étudiant en mathématiques qu'on arrête pour un selfie. A 22 ans, cet ex-nerd de la « West Coast » parisienne cultive cette ambivalence. Ses vidéos explorent nos déboires amoureux, nos souffrances et l'absurdité de notre société. Sa dernière, « Comment sortir de la friendzone », comptabilise plus de 32 millions de vues sur Facebook. A mi-chemin entre Kanye West et Aziz Ansari, entre tableaux de maître et selfie, entre gendre idéal et bad boy, Wil Aime détonne et lorsque ses prédécesseurs s'enfoncent dans les clichés communautaires, lui, choisit l'universalité.

Tout se passe dans un amphithéâtre bondé. C'est à l'instant où ce professeur à la fois arrogant et intrigant déroule ce thème quelque peu atypique, « Comment sortir de la friendzone », que cela devient intéressant. Wil Aime, de son vrai prénom Wilhem, nous plante un décor familier, ne négligeant aucun détail pour nous emmener là où il a prévu. « Est-ce que ça va être lourd ? Est-ce que ça va être stylé ? Est-ce que ça va être fort ? Frais ? Intéressant ? C'est la première chose à laquelle je pense quand j'écris une vidéo, quand j'écris un scénario », explique-t-il. Inspirée par la scène iconique, du premier épisode de How To Get Away with a Murder, la vidéo de Wil Aime fait appel à notre imaginaire commun sans trop lasser.

Dans mes vidéos, je pars d'une souffrance qui est réelle, qui est anodine, parce que tout le monde la connaît.

Plutôt dubitative, il m'interpelle sur le sujet : « Vous n'avez jamais été dans la friendzone de quelqu'un ? Vous n'avez jamais aimé quelqu'un ? Le simple principe, à part même le smartphone et les réseaux sociaux, d'avoir des sentiments envers quelqu'un, qui lui a des sentiments amicaux, ça pour moi, c'est une souffrance réelle », en me démontrant par A+B que sa théorie énoncée dans la vidéo tient réellement la route et qu'elle nous concerne tous, quelle que soit l'époque, l'âge, la couleur de peau et/ou le genre. « Je pars d'une souffrance qui est réelle, qui est anodine, parce que tout le monde la connaît et que personne ne s'est jamais penché là-dessus en disant que c'est vraiment une souffrance » ajoute Wil Aime, animé.

Il ne me dira pas grand-chose sur sa vie personnelle, ni même de quelle banlieue, il est originaire. Wil Aime sera, également, flou quand je lui demanderais pour qui il a voté au premier tour des présidentielles et si cette frénésie du second tour lui inspire un scénario : « non, ça ne m'inspire pas de fiction, c'est un peu trop réel et ensuite parce que ce serait trop attendu et j'aime être là où l'on ne m'attend pas. En tant qu'individu, je pense que le problème de la France, c'est son manque de perfectionnisme. C'est en visant la lune que l'on atteint les étoiles et les gens ont tendance à ne pas avoir de grands objectifs. A la fin, on est là. Marine Le Pen est là », analyse-t-il.

Nous invitant volontiers dans sa tête, dans ses délires et dans ses introspections, Wil Aime, expérimente et Facebook est son laboratoire. Ingénieusement montés, particulièrement bien écrits et surtout savamment ficelés, ses petits films cumulent les superlatifs et font, désormais, l'unanimité sur la toile. Le doit-il à son joli minois, à sa voix suave de chanteur R'n'B des années 90 ou à son indépendance et à son perfectionnisme ? Un peu de tout ça, à la fois. « Quand je sors une vidéo, c'est que je n'ai plus de balles dans mon chargeur. Ca ne veut pas dire que je tire une balle et je me cache, que je tire une autre balle pour être stratégique, non pas du tout. Quand j'ai sorti une vidéo, j'ai vidé mon chargeur après je n'ai plus de souffle, j'ai mis toute mon âme dans le truc » assure-t-il, le regard franc.

Si j'avais eu envie de faire le buzz, j'aurais fait ce qui marche. Et ce qui marche, c'est un noir qui mange du poulet, qui fait des accents. Sauf que moi, j'avais envie de le faire par passion, j'avais envie de faire mon truc. 

Wil Aime multiplie les thèmes qui font mouche : l'amour, la jalousie, la vengeance... « Est-ce que j'aurais tué des gens si on avait fait du mal à ma soeur ? Absolument tout le monde. L'être humain l'aurait pensé. Si on fait du mal à ta soeur, à ton frère, à ton fils, à ta fille et qu'il n'y a pas de justice, que justice n'est pas rendue. Je pense que 100% des gens auraient envie de faire justice eux-mêmes. » Quand ce n'est pas son interprétation de l'affaire Théo, il exploite les méandres de la tromperie ou s'amuse du braquage de Kim Kardashian : « la première chose que je veux, le premier but, c'est divertir. C'est la réalité qui m'inspire sans vouloir être philosophe mais c'est tout le temps ça. Il peut y avoir plusieurs degrés de lecture. Je pense qu'un divertissement devient artistique quand l'oeuvre t'échappe ».

Qu'est-ce qui fait penser que Wil Aime est plus qu'un phénomène internet ? Un rescapé de cette génération Vine sans substance ? Ni bandit, ni sex symbol, Wil Aime renverse l'idée que l'on se fait du jeune noir humoriste du web. « Si j'avais envie de faire le buzz, je ferai ce qui marche. Ce qui marche, c'est un noir qui mange du poulet, qui fait des accents. Sauf que moi, j'avais envie de le faire par passion, pas parce que j'ai envie de marcher. Mais je me suis dit que je fais ce que je veux faire, ce que je veux faire ce n'est pas ça, Quand j'ai sorti des vidéos qui n'étaient pas sur le poulet ou sur la chicha, au début c'était surprenant, les gens ne pensaient même pas que c'était possible ». Conscient du pouvoir de la représentation, Wil Aime compte bien continuer à s'éloigner des sentiers battus, pour trouver une plus grande route, où tout le monde a sa place. 

Wil Aime

Credits


Texte : Amanda Winnie Kabuiku