qui est dolly cohen, la parisienne dans les bouches de tout le hip hop ?

Beyonce, Rihanna, Mia, Madonna, A$AP Rocky, Cara Delevigne, Jay-Z ou Pharell Williams... Tous ont un point commun : ils se sont fait faire un grillz sur mesure par la parisienne Dolly Cohen, dont le travail d'orfèvre fait entrer le bijou-dentier dans...

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17 Mai 2017, 8:35am

La liste est encore longue et d'autant plus impressionnante quand on sait que de ces clients, Dolly Cohen n'est allée en chercher aucun. Les plus grandes stars du monde viennent à elle pour se faire mouler la dentition et laisser le temps et la magie opérer. Dolly Cohen, c'est le talent dont vous ne connaissiez pas le nom, mais dont vous avez déjà vu le travail, sur vos comptes Instagram, dans vos clips ou défilés de mode préférés. C'est par exemple elle, le grillz chaînée de MIA, ou l'AK47 en or sur les dents de RiRi... Vous en avait peut-être aussi vu l'éclat sur les canines de vos potes : elle ne se cantonne pas qu'aux faiseurs de hits internationaux. Mais on vous conseille de vous accrocher pour pister l'artiste et passer commande. Ça fait partie du jeu, et en même temps, un grillz de Dolly Cohen, ça se mérite. Elle est un peu un mystère, qui ne donne que peu d'interviews et laisse parler la création.

Elle aura en tout cas su, en France, commencer la démocratisation d'un objet que l'on a longtemps cru, ou voulu considérer comme vulgaire. C'est, à l'ancienne, le détail qui faisait peur sur la ganache de Joey Starr, ou un peu plus tard, ce qui achevait le style de bourrin de Lil Jon. C'était un fantasme de gosse, bling-bling, dont on achetait la version plastique à Châtelet pour un résultat douteux : des gencives défoncées et une prononciation foutue. Dolly Cohen a su allier ses connaissance en prothèses dentaires, son amour de la culture hip-hop et son exigence d'artisanat pour rendre justice au grillz et magnifier les bouches du monde. Faire passer, comme on l'a souvent dit sur elle, le grillz des seuls clips de rap à la mode de Givenchy, Hood By Air, Chanel, Fendi ou plus récemment Balmain. Oubliez les clichés sur cet objet, pensez art plutôt que gimmick, création avant bling-bling, et remerciez Dolly Cohen, qui met de la finesse, de la beauté et de la noblesse là où on ne l'attendait pas. Pour Nike et i-D, elle a accepté de décorer les bouches de la plus classe nouvelle garde du rap français, et de nous parler de son histoire et de ses rêves.

Comment tu en es arrivée à faire des grillz ?

C'est venu à l'école... J'ai d'abord voulu faire de la prothèse dentaire pour apprendre à feinter la prothèse dentaire, justement. Je voulais juste me servir de tous les matériaux qu'il y avait dans cette école, apprendre mon petit métier pour faire plaisir à mes parents, mais faire directement quelque chose d'autre après. Je savais que ça allait m'épanouir, de créer. Je suis aussi entrée dedans parce que c'est ma communauté, le rap, le hip-hop, c'est tout ce que j'écoute et tout ce que j'aime depuis que je suis enfant.

Quelle image tu avais du grillz avant de te lancer là-dedans ?

J'aimais bien, mais je ne trouvais pas ça assez bien fait. En sortant de mon école de prothèse dentaire j'ai été curieuse, je me suis vachement intéressée à ça, je suis allé voir les grillz aux Etats-Unis. J'ai vu que c'était des bijoutiers qui faisaient ça, et pas des prothésistes dentaires. J'ai aussi compris que ce n'était pas si confortable, que c'était très esthétique, pour des clips ou des photos, mais que ce n'était pas un bijou portable tout au long de la journée. Je me suis mis en tête de faire des bijoux confortables, avant même d'être esthétiques. J'ai commencé à faire des classiques, des gold teeth, mais vraiment au plus fin, au plus confort possible, parce que c'est un bijou assez intrusif, de base. Et derrière, j'ai commencé à m'intéresser à l'esthétisme. J'ai passé des semaines, des journées, des nuits entières à essayer de revisiter, retravailler le grillz. Le retravailler à la française, parce qu'on ne peut pas négliger l'artisanat français, qui est le plus bel artisanat au monde. On a le plus beau savoir-faire. Il fallait allier les deux : un objet de la culture américaine et ce savoir-faire français. Du confort, de la finesse et de la beauté. Aujourd'hui le grillz peut être à la fois agressif, beau, dérangeant, sexy, ou pas...!

Pourquoi cet objet est resté aussi longtemps cantonné au hip-hop ?

Parce que déjà, en France et eu Europe t'avais quasiment personne là-dessus. Fallait créer l'offre et la demande dans un endroit où ça n'existait pas du tout. Les gens aimaient ça mais il fallait qu'ils se payent le voyage aux Etats-Unis pour s'en payer un. Quand j'ai vu qu'il n'y avait rien en France, en Angleterre et partout ailleurs en Europe, j'ai foncé. Il n'y avait personne sur se créneau. Tout était à faire, et tout était à changer en fonction de la culture européenne. Si j'arrivais avec un wall, haut, bas, dix dents, ça allait pas être si bien ici. Il fallait y aller avec un peu plus de délicatesse, de finesse. Mon but, c'est vraiment de démocratiser ce bijou, changer la vision qu'on a du grillz et faire en sorte que toute une génération trouve ça esthétique. Parce que c'est super beau d'avoir un bijou dans sa bouche !

Tu as vu des gens te suivre dans la démarche ou tu es encore assez seule sur ce créneau ?

Non, j'ai une colonie de petits qui sont là... ça fait deux ans que je fais ça, et là je commence à en voir une tripotée arriver. Et tant mieux ! Je pense que ça va être le bijou du 21ème siècle. Je vois ça comme une évidence. Les gosses de 12, 13, 14, 15 ans, dans 10 ans, c'est bon. Et déjà maintenant. ça influence une nouvelle jeunesse, ça devient une réalité, avant c'était dans les rêves, c'était le fantasme, le grillz. Tous mes clients trentenaires me disent "j'ai toujours voulu avoir un grillz, j'ai jamais osé..." Puis à côté de ça il y a l'évolution de la dentition. Il y a des périodes de transition, jusqu'à ce que ta croissance finisse, tu ne peux que les regarder les grillz !

Tout est fait à la main, chaque pièce est unique. Comment travailles-tu avec la personne qui te fait une commande ?

Alors - si on arrive à m'attraper ! - je commence par faire une empreinte dentaire, à l'alginate. Du coup j'ai la réplique en plâtre de la bouche de la personne. Je sculpte sur les dents, et je revois la personne pour lui faire la livraison, faire en sorte qu'elle soit le plus confort possible, faire les réglages, que la pièce puisse se glisser comme une paire de baskets.

Il y a des demandes spécifiques ou on donne carte blanche à ta créativité ?

Il y en a plein qui me donnent carte blanche. Ou alors on me demande des conseils. Mais les artistes, souvent, me laissent faire ce que j'ai envie de faire.

Tu peux me parler des grillz que tu as réalisées pour Nike ?

Je les ai faites avec une paire de Air Max 97 en face de moi. J'ai louché dessus pendant des jours, et du coup j'en ai ressorti quelques détails sur ces pièces. La virgule rouge, sur une des pièces, et toutes ces matières d'or, lisse, poli, brillant qui répond à la couleur des chaussures. Ce que j'ai aimé sur cette paire de baskets, c'est le détail, cette virgule rouge qui fait vraiment la différence. Elle était indispensable. Elle me plait, cette virgule rouge.

Est-ce qu'il y a une pièce dont tu es particulièrement fière ?

Oui, il y en a une dont je suis vraiment fière, qui est une vraie prouesse technique. Bizarrement, ce n'est pas un grillz. C'est un fixe avec de la céramique et un bas-relief en platine. C'est permanent en bouche. J'ai fait ça à un copain. J'aime beaucoup cette pièce, et je suis pour le permanent, taillé dans la dent. C'est ma préférée parce que j'ai pu allier la prothèse et la joaillerie. Dans mes préférées il y a aussi la pièce de Rihanna. La pièce faux piercing. Un grillz avec un anneau qui sort de la bouche. C'était assez difficile à faire et le résultat était top.

Il y a quelqu'un que tu n'as pas encore équipé que tu rêverais de faire ?

Franchement, je les ai quasiment tous équipés maintenant. Mais il y en a un que je ne peux pas équiper, que je ne pourrais jamais équiper, c'est Lil Wayne. Il a des fixes. Je ne peux pas lui refaire ses permanents, mais j'aurais adoré lui faire. Lil Wayne et Kanye West. En fait, je n'aimerais équiper que les gens qui ont des fixes, à qui je n'ai pas pu en faire. Sinon tout le reste, c'est déjà fait... Future aussi, j'aimerais bien le faire. 

@dollycohen

Credits


Texte : Antoine Mbemba
Photo : Quentin de Briey