rowan blanchard, l'héroïne du monde que l'on doit reconstruire

Elle est née en 2001. L'année où les tours se sont effondrées, l'année où le monde tel qu'on le connaissait s'est écroulé. Mais Rowan Blanchard semble être décidée à le reconstruire correctement. Héroïne Disney depuis ses neufs ans, la jeune actrice...

par Tess Lochanski
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12 Décembre 2016, 10:50am

Tu avais l'air très à l'aise devant le photographe…
Oui, c'est ma dernière nuit à Paris, les vêtements sont magnifiques, et le groupe reste assez petit, intime, très fun ! J'adore cette idée de créer de l'image, mais c'est très stressant d'avoir toute une équipe, qui t'observe et étudie ton look, ta manière d'être. Ça me panique quand il faut poser très précisément et que je ne peux pas être moi-même. Ce soir on n'était pas du tout là-dedans.

Pourtant tu es habituée aux immenses tournages. Qu'est-ce qui est différent dans la mode ?
Ça n'a rien à voir. Sur le tournage d'un film ou d'une série, tu es caché derrière ton personnage. Je ne considère même pas que je suis la personne filmée. C'est une tout autre personne. Je peux regarder une scène dans laquelle je suis sans me sentir connectée. Je sépare mon moi du personnage. Dans la mode, c'est un peu plus flou. C'est bizarre, parce qu'il faut prendre sérieusement en compte les vêtements, et en même temps s'autoriser à s'amuser, ou avoir l'air de s'amuser. Ne pas être rigide, ne pas avoir l'air en contrôle. Ce n'est pas un personnage, mais il faut quand même faire passer quelque chose, interpréter. Et je pense que c'est comme ça que la plupart des acteurs approchent la photo de mode, en se demandant ce qu'ils peuvent faire passer. Comment faire passer l'essence de l'histoire qui est à raconter avec ce photographe, cette marque, ces vêtements.

Quelle est ta relation avec Chanel ?
J'ai commencé à travailler avec eux en février-mars de cette année. Ils ont été incroyablement accueillants et généreux. Je pense que les gens portent du Chanel parce que les vêtements sont confortables. Dans le sens où l'on s'y sent bien. Les vêtements sont magnifiques, des œuvres d'art, mais je n'ai jamais l'impression d'y être enfermée, d'être mise dans une boîte. C'est assez fou de se retrouver avec eux à Paris. Récemment, je suis allée travailler avec eux dans l'appartement de Coco. C'est dingue de se retrouver à cet endroit, où une femme a créé une telle marque, partie de rien. C'est un honneur d'en faire partie aujourd'hui. Les gens de Chanel ont une approche très personnelle. Ils s'intéressent à comment tu vas te sentir dans les vêtements, plutôt que comment les vêtements vont donner sur toi.

Toi qui es ouvertement engagée pour la cause de femmes, tu penses que Chanel les défend bien ?
Les femmes choisies pour représenter la marque sont toujours des femmes qui représentent tant de choses elles-mêmes. Ce sont toujours des femmes avec une personnalité unique, d'une manière ou d'une autre. Trop souvent, les marques se contentent de recycler le même type de personnes, qui se vendent facilement au consommateur. On se retrouve coincé dans un schéma répétitif. Chanel a ce côté très classique qui lui vient de son ancienneté, mais la marque a aussi un lien très fort avec la jeunesse, la vie, la modernité. Il n'y a qu'à voir les filles qui sont avec moi ici : Willow ou Lily par exemple, elles sont tellement fun, simples et chaleureuses. Je sens tellement de bienveillance entre les filles de ma génération.

Oui, on sentait cette solidarité dans le défilé…
J'étais tellement heureuse de voir des mannequins sourire, danser et s'amuser. J'ai l'impression qu'on ne voit pas ça assez souvent. Quand je fais défiler les pages de magazines, je vois des choses très sérieuses. C'était super de voir ça, de faire partie d'une telle ambiance.

Tu as côtoyé Hollywood, Disney, depuis très jeune. Un milieu fermé dont tu as réussi à t'émanciper. Tu es conscience que tu vas à l'encontre de pas mal de stéréotypes ?
Je me pose simplement des questions sur le monde qui m'entoure. J'écris beaucoup, c'est une façon pour moi de réfléchir, de dépasser mes propres limites, idées préconçues. Le premier texte que j'ai posté a été viral. Je l'avais écrit sur la moquette de ma chambre. Je ne l'ai pas écrit pour attirer l'attention, simplement c'était un sujet qui me tenait à cœur. Et c'était super de voir que les gens se sont tout de suite plus intéressés au sujet plutôt qu'à moi.

Tu t'engages sur beaucoup de sujets. Et ce sont les gens comme toi qui vont influencer les générations à venir, dont tu fais partie. Tu es consciente du pouvoir que tu as ?
Oui, quand les gens m'en parlent. Mais je pense qu'il y a une partie inconsciente de moi-même qui n'a pas envie de connaître l'effet que je peux avoir sur les gens. Le plus important dans tout ça, c'est la démarche. Je ne m'engagerai pas sur tel ou tel sujet si je n'y croyais pas. Je ne suis pas là pour parler de moi, je suis là pour lancer des conversations. Je veux faire parler les gens sur des sujets qui me semblent importants. Ce n'est rien de nouveau, j'ai la même démarche que Willow, et bien d'autres personnalités de mon âge.

Tu penses que la mode peut vraiment être politique ?
Absolument. Je pense que la mode est politique. L'habillement des femmes est obligatoirement politique. Il joue contre nous ou pour nous. C'est impossible d'impliquer une femme dans quelque chose sans que ce soit politique. On parle beaucoup de genre, en ce moment, de la remise en cause de son approche binaire. Et la mode a un pouvoir incroyable à ce niveau-là. Probablement le plus fort, d'ailleurs. 

Credits


Photographie : Manuel Obadia-Willis
Interview : Tess Lochanski
Rowan porte une tenue de la collection Paris Cosmopolite Métiers d'Arts 2016/17 qui a défilé au Ritz Paris.

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