Photo : Jamie Hawkesworth, Preston Bus Station, 2015

les photos de jamie hawkesworth font du bien à ceux qui les regardent

Aux quatre coins du monde, Jamie Hawkesworth révèle en images la douce musique du quotidien.

par Felix Petty; photos Jamie Hawkesworth
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13 Décembre 2018, 11:06am

Photo : Jamie Hawkesworth, Preston Bus Station, 2015

Landscape with Tree (« Paysage avec un arbre ») : ce titre simple et descriptif est celui de la nouvelle exposition de Jamie Hawkesworth au Huis Marseille, une demeure du 17e siècle située au bord d’un canal d’Amsterdam. « Je ne veux pas enrober les choses, nous explique Jamie au téléphone depuis Los Angeles, la semaine qui précède le vernissage, lorsqu’on en vient au titre de son expo, J’aime l’idée de réduire une photo exactement à ce qu’elle est ». Il aurait pu se permettre de voir les choses en grand en présentant ses œuvres dans les nombreuses salles du musée, mais il a préféré accentuer la simplicité et la sincérité qui définit son travail, et d'en faire ses caractéristiques. Le paysage et l’arbre en question sont au Congo et font référence à un cliché pris par Jamie en 2016. Une colline verdoyante et vallonnée, délicatement ombragée, traversée par un mince rayon de soleil orangé. Un arbre solitaire, triste et magnifique, trône au milieu - dans une pure perfection.

À travers sa photographie, Jamie aime capter les moments qui semblent anodins, mais finissent par se révéler d’une beauté remarquable. « C e sont ces possibilités qui font que j’aime tant la photographie, explique-t-il. Tu peux aller quelque part et réagir à quelque chose, avoir une conversation avec un arbre, un bus, du béton, une personne - avec ton appareil. Il y a un véritable échange, et c'est assez incroyable. Ce n'est pas compliqué : il suffit de prendre son appareil, de monter dans un train vers un endroit où on n'a jamais été et réagir à ce qu'on voit. Pour moi, c’est toujours venu de manière très instinctive et naturelle ».

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Congo, 2016

Aux côtés de l’arbre congolais, l’expo regorge donc d'images prises aux quatre coins du monde. On y découvre un voyage à travers la Russie dans le Trans-Sibérien, un projet dans un pensionnat indien, des garçons sur la plage à Rio, un bout de film tourné en Colombie, une pièce remplie de photos intimes de la mannequin Mica Argañaraz, et sa première œuvre majeure, des portraits saisis à la gare routière de Preston.

Les photos de Jamie ont d'abord été des projets personnels, de la publicité ou des éditos pour des magazines. Entre les murs d’un musée, elles se retrouvent dépouillées des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. « La chose la plus importante, peu importe le contexte dans lequel l'image a été créée, c’est qu'il ne faut pas changer la façon dont tu vois ou perçois quelque chose, explique Jamie. Par exemple, quand je vois les photos de nu, qui occupent une grande partie de l’expo, je ne me dis pas : "oh, je les ai prises pour un magazine, alors je ne peux pas les mettre dans un musée" - ce genre de façon de penser n’a pas de sens, pour moi ».

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The Thinleys, 2015

À travers ces voyages, l’expo revient aux débuts du travail de photographe de Jamie Hawkesworth et retrace, en images, l'évolution de son regard - caractérisé par une chaleur romantique et une sensibilité émotionnelle présente depuis le moment où il a commencé à tirer le portrait à des inconnus en gare routière de Preston. « Peut-être que de l'extérieur, je donne l'impression de faire toujours la même chose, plaisante-t-il. Mais plus tu expérimentes la vie, plus ta sensibilité change et la façon dont tu perçois les choses évolue. Pour moi, chaque expérience est un petit pas qui mène vers un nouvel endroit. Il n'y a pas une seule nouvelle idée qui a radicalement changé ma façon de voir le monde mais mon travail a clairement évolué tout au long de la période couverte par l’exposition ».

Ce n’est qu’à l’université, à Preston, que Jamie s'est acheté un appareil et s'est sérieusement mis à la photographie. « J’étais très académique, confie-t-il à propos de sa vie avant la photo. L'artistique avait peu de sens à mes yeux. J’étudiais les sciences légales et mon cours se divisait en une partie pratique et une partie légale. Quand j'ai échoué à l’examen, je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire après. Dans la partie pratique, on se retrouvait dans une rue où les maisons étaient de fausses scènes de crime. Tu devais entrer, chercher des preuves, et les prendre en photo. Ça m’a soudain paru évident. J’ai changé de cursus, et j’ai commencé à étudier la photo. » Est-ce que le fait de se lancer dans la photo aussi « tard » a eu une influence sur sa manière de photographier ? « Je crois que lorsqu'on garde une certaine naïveté, c’est extraordinaire, et qu'il faut en garder un peu, parce que ça peut s’avérer très positif. Comme je ne connaissais aucun photographe, je n'avais aucune opinion préconçue sur l’art ou la photographie, je pense que c'est la raison pour laquelle aucune porte ne m’a jamais semblé fermée ».

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Endless Rhythm, 2015

C’est donc à Preston que Jamie trouvé son style et affûte son œil. En guise de tout premier projet, il réalise un fanzine avec l’un de ses enseignants sur la gare de Preston. Il photographie les passants tandis que son binôme s'attarde sur l’architecture du bâtiment. Quelques années plus tard, on annonce la démolition imminente de la gare. Jamie se réinstalle à Preston et passe un mois à y prendre des photos toute la journée. Il organise une exposition de ses images, les imprime et les affiche dans toute la gare, en pensant qu'elles ne survivront pas à la destruction de la gare. Finalement, la gare est sauvée, ce qui donne aux portraits une étrange mélancolie - celle d’une catastrophe imminente évitée de justesse.

« La gare routière de Preston était le centre du réseau Megabus, raconte Jamie. L es bus qui traversaient le pays s’y arrêtaient, les gens descendaient, allaient au café, restaient dans la gare entre deux cars. Il y avait cet afflux incroyable et continu de gens venus des quatre coins du pays. Je passais ma journée entière à marcher dans la gare en photographiant les gens. C’est là que c’est devenu une étude sociale. Ce bâtiment avait le même aspect il y a 30 ans, et il aura le même dans 30 ans. Mais la façon dont les gens s’habillent, leurs coiffures, leurs baskets, leurs familles et leurs amis - pour moi, ce sont ces choses-là qui doivent être immortalisées ». C’est aussi l'endroit où, en l'espace d'un mois, Jamie est devenu photographe. « Avant, je ne faisais que prendre des photos, dit-il en riant. Mais ce mois m’a aidé à comprendre la façon dont je vois le monde ». 30 images issues de ce projet avaient déjà été révélées mais cette nouvelle exposition en dévoile 150 inédites, et après une tentative avortée il y a quelques années, il semblerait que le projet fera bientôt l’objet d’un livre en bonne et due forme.

Nudes Jamie Hawkesworth
Nudes, 2016

« Il y a quelques années, quelqu’un m’a demandé ce que je trouvais beau, conclut Jamie, lorsqu’on lui demande ce que son travail dit de lui. Un jour, alors que je marchais dans Hartlepool, j'ai vu des garçons sauter et rebondir sur un matelas dans la rue. Je me suis dépêché de faire une photo, et à chaque fois que je la revois, je me dis qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber dans la vie, ni à quel point ce sera beau. Je pense que si on apprécie vraiment quelque chose, alors on peut le rendre beau. C’est l’idée au cœur de cette expo : l'amour pour la photo, pour la beauté et pour la sincérité ».

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Mica, 2016

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