the oa, la nouvelle série addictive et magique de netflix

On a discuté avec Brit Marling, co-créatrice de The OA, la série la plus attendue, excitante, surprenante et audacieuse que Netflix ait sorti cette année. Tout ce dont on avait besoin pour clore l'année sur une note fantastique.

par Colin Crummy
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20 Décembre 2016, 9:45am

Pas facile de parler de la série The OA sans en ruiner toute l'intrigue. La simple révélation de la signification du O et du A du titre est un énorme spoiler. On parle d'une série qui chérit la surprise au point d'avoir fait de son arrivée sur Netflix la semaine dernière une totale surprise. Aussi inattendue qu'un album de Beyonce.

La série en 8 épisodes, née d'une idée de la star Brit Marling et du coréalisateur Zal Batmanglij, s'articule autour d'une mission : renverser nos attentes. Le point de départ de The OA est un long mystère. On nous présente Prairie - jouée par Marling - une jeune femme aveugle, portée disparue de son foyer de banlieue depuis plusieurs années. Elle refait donc surface, mais refuse de raconter à sa famille, aux médias et au FBI où et pourquoi elle a disparu, et comment elle a subitement retrouvé la vue.

Non, à la place, Prairie décide de recruter quatre adolescents et leur professeur pour une mission qui ne fera sens qu'après qu'elle leur ait dévoilé son histoire. Eclairée à la bougie, dans une maison abandonnée, elle commence donc à leur raconter son récit fantastique. Et c'est en cela que The OA se démarque et prend un pari audacieux ; en s'attaquant aux thèmes de la captivité, des expériences de mort imminente, du voyage dans le temps, du rêve américain et du mythe de la masculinité. La narration est ambitieuse et courageuse. Marling et Batmanglij se délestent totalement le cahier des charges conventionnel, et même le générique (génial) s'en ressent.

Le deux sont assez familiers de ce genre de torsions de l'esprit. Batmanglij a dirigé Marling dans le succès du Sundance Sound of My Voice, un puzzle de peu de budget qui jonglait avec les genres, du spirituel à la science-fiction. Un film qui explique en partie le cette tendance à briser les codes, et la nature fluide du récit et des thèmes de The OA. Marling et Batmanglij considèrent leur thriller comme un film de huit heures plutôt qu'une série télé, et ont passé trois ans à développer leur idée.

« Partant de l'objectif d'un film de 8 heures, il était très important pour nous de passer plusieurs années à créer un univers et une mythologie riches, solides et pleins de sens, » explique Marling. « On a passé trois ans à écrire pour couvrir toutes les éventualités narratives de notre histoire. »

Marling et Batmanglij ont toujours su jusqu'où ils voulaient mener la série. Ce qui est plutôt rassurant pour toute personne qui s'est déjà fait avoir par certaines séries sans fin ou véritable issue - bonjour Lost, coucou The Walking Dead. The OA peut être assez étourdissante à regarder, tant le récit prend parfois des virages à 180°. C'est donc assez satisfaisant de savoir que toutes ces énigmes seront finalement résolues. « On a passé plusieurs années à développer toute cette histoire, pas seulement la première scène, » continue Marling. « On a tout prévu des années à l'avance, on avait la fin en tête dès le début. »

La série a un autre fil, tangent : le passage du monde surréaliste de l'histoire racontée par Prairie, au réalisme gris de la banlieue américaine où elle est revenue. Pour leurs recherches, Marling et Batmanglij se sont rendus dans des écoles du Midwest pour saisir l'essence de l'expérience lycéenne contemporaine. Les infos qu'ils y ont recueillies se retrouvent dans le second tiers de l'histoire et les expériences des quatre mecs et de leur professeur qui écoutent la fable de Prairie.

Et l'intérêt de ce groupe de garçons - dont un ado transgenre - n'est pas accidentel non plus. « Une des différences que j'ai notée par rapport à ma propre expérience lycéenne, qui était assez profonde, c'est cette espèce de désespoir silencieux chez eux, et particulièrement chez les jeunes hommes, » raconte Marling de son temps passé avec les adolescents. « C'est comme s'il y avait une expansion de ce que veut dire être une une femme, qui n'est pas accompagnée par la compréhension de la place que doivent occuper ces jeunes hommes. J'ai l'impression qu'ils se débattent avec la définition de leur masculinité. Une définition qui n'a fait que devenir de plus en plus étroite. »

Mais « étroit » n'est certainement pas un mot que vous pourrez attribuer à The OA, dont l'intrigue se déploie à la manière de pages que l'on tourne, pour être parfois pris d'une direction soudaine et surprenante. Sans aucun doute, la série sera rangée dans la case « Stranger Things pour adultes », mais la comparaison la plus juste tient certainement avec un livre, le roman de 2015, analysé à l'infini, d'Hanya Yanagihara, A Little Life, dont l'utilisation d'une histoire fantastique comme métaphore de la vraie vie est similaire. Cette qualité hyper réelle, qui peut diviser, est ce qui fait la force de The OA. C'est une série qui célèbre les différentes manières de gérer les dures réalités de la vie, autant que les bienfaits du récit d'une histoire fantastique. Une vision du monde que les créateurs de The OA chérissent. « J'ai besoin de voir le monde comme ça pour survivre, » assure Marling. « Pour survivre à la brutalité de la vie, je dois insuffler de la magie dans le banal. » The OA est peut-être l'ultime panacée contre cette longue et dure année 2016.

The OA est en ce moment en streaming sur Netflix.

Credits


Texte Colin Crummy