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en inde, la communauté lgbt souffre et son combat est quotidien

Les droits des homosexuels ne sont toujours pas reconnus en Inde, où la loi qui interdit le sexe ''contre nature'' perdure et empêche les consciences collectives de s'élever contre la discrimination. i-D a rencontré un de ses pourfendeurs.

par i-D Staff
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04 Février 2016, 11:15am

Il y a deux jours, les militants sont sortis tout sourire de la cour Suprême. Ils chantaient en coeur ''la réussite est proche'' et célébraient une petite victoire. Avant-hier, la cour a choisi de rééxaminer une loi de l'époque coloniale, ultra discriminante envers la communauté gay, inscrite dans la section 377 du code pénal indien et qui interdit ''les relations charnelles contre natures avec un homme, une femme ou un animal.'' - et que l'Empire Britannique avait mis en place en 1860.

Si elle est rarement appliquée, les activistes qui militent en faveur de son abrogation soutiennent qu'elle est régulièrement utilisée à des fins d'intimidation, de harcèlement moral et de chantage envers la communauté gay. Il est également presque impossible de ne pas prendre en compte l'impact de la loi sur l'homophobie ambiante locale. Quand l'homosexualité est interdite par loi, elle engendre la haine, la honte ou le harcèlement.

''Ce n'est pas une loi contre l'homosexualité'' explique Harish, un activiste indien LGBT en direct de Bombay. Ça n'a jamais été interdit en Inde. En revanche, le sexe non-naturel l'est et tout ça laisse libre cours, évidemment, à l'interprétation. ''Harish a beaucoup milité afin de mettre fin à la section 377 du code pénal indien. Il fait partie des activistes LGBT les plus influents au monde, un titre que lui conférait le journal The Guardian en 2012. ''Une pratique sexuelle non-vaginale est considérée comme non-naturelle en Inde. Et devinez quoi, c'est un truc qu'on doit aux anglais, merci bien !'' plaisante-t-il (à moitié).

Quand l'homosexualité est interdite par loi, elle engendre la haine, la honte ou le harcèlement.

En 2009, l'année qui devait mettre fin à huit ans de bataille s'est avérée être l'année d'une grande déception pour la communauté queer indienne. La Fondation Faz, une ONG qui lutte contre le sida en Inde et le collectif militant Voices Against 377, ont présenté un dossier à la haute cour de Delhi. À l'intérieur, ils y développaient à l'appui de preuves tangibles l'idée selon laquelle la criminalisation du sexe entre deux hommes ou deux femmes était une violation profonde des droits fondamentaux des citoyens indiens. Les juges ont tranché en leur faveur. Le gouvernement indien, de son côté, demandait à la cour Suprême d'annuler l'arrêt qui dépénalisait localement l'homosexualité. Aujourd'hui, la Cour devra entendre de nouveau les parties avant de parvenir à un jugement définitif. Encore aujourd'hui, une relation entre deux personnes de même sexe est punie de 10 ans d'emprisonnement. Sur le papier.

''Notre volonté d'abroger cette loi est directement basée sur la constitution du pays, celle la même qui reconnaît les mêmes droits et la même égalité à tous les citoyens, m'explique Harish. Il faut que le débat pour les droits des LGBT revienne sur la table.''

Encore aujourd'hui, une relation entre deux personnes de même sexe est punie de 10 ans d'emprisonnement. Sur le papier.

Si la cour Suprême a décidé de rééxaminer le dossier concernant ces droits, rien ne prédit qu'elle penchera en faveur de la communauté LGBT. Mais pour Harish, l'abrogation de cette section 377 n'est pas une fin en soi, mais bien une étape vers plus de tolérance, qui, selon lui ''prendra du temps à s'inscrire dans les consciences collectives''.

''De plus en plus de gens veulent faire leur coming out et ils doivent le faire, afin que d'autres le fassent à leur tour'' s'exclame-t-il, pointant du doigt la nécessité d'un effort collection pour que l'éducation et la tolérance se fassent sentir.

Harish évoque la simplicité relative dans le fait d'être gay dans une grande ville comme Bombay. Où les discriminations que rencontrent les membres de la communauté LGBT sont approximativement les mêmes que dans une grande ville européenne. ''Les gens sortent, font leur vie, ce n'est pas si terrible, vraiment, raconte-t-il. Mais dans beaucoup d'endroits, la vie est bien plus dure, la plupart des gays restent au placard car la stigmatisation et la peur prennent le dessus sur leurs vraie nature.'' Le suicide, enchaine-t-il, est un lieu commun en Inde. ''Il reste beaucoup à faire. Mais si la loi doit changer demain, elle engendrera une prise de conscience collective et durable. ''

Credits


Texte : Michael Segalov
Photographie via

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