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pourquoi le legging est-il si controversé ?

Il y a deux semaines la compagnie aérienne United Airlines a empêché des adolescentes d’embarquer dans un avion parce qu’elles portaient des leggings. Ce n’est pas la première fois que ce vêtement est sujet à controverse. Ce n’est pas la première fois...

par Hannah Ongley
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07 Avril 2017, 3:33pm

Balenciaga spring/summer 17

Il y a quelques jours, je me baladais en leggings dans les terminaux de l'aéroport de Burlington dans le Vermont en scrollant sur Twitter. Parmi les top-stories : Donald Trump qui blâme son propre parti pour n'avoir pas su mettre fin à l'Obamacare, Donald Trump encore une fois qui, pour marquer le coup, passe cinq heures à jouer au golf et enfin, United Airlines qui interdit l'embarquement à deux jeunes femmes parce qu'elles portent des leggings. Bref, une journée typique dans l'Amérique de 2017. 

Comme l'affirme la compagnie aérienne, « Ce matin, les passagers étaient munis de leurs billets mais ne portaient pas de vêtements conformes à notre politique vestimentaire ». Selon Shannon Watts - militante pour le contrôle des armes à feux - qui envoyait des Tweet en direct au moment de l'altercation, l'une des jeunes filles n'avait que 10 ans. « Un agent de @united empêche des jeunes filles d'embarquer dans un vol Denver-Minneapolis. Parce que l'élasthanne est interdit ? » écrivait-elle. « On les force à se changer ou enfiler une robe par dessus leur leggings, sinon elles ne pourront pas embarquer. Depuis quand est-ce que @united surveille de cette façon les vêtements féminins ? » L'une des filles est finalement parvenue à embarquer dans l'avion après avoir été examinée avec attention et avoir enfilé une robe. Les deux autres, elles, n'ont pas pu décoller. 

En essayant de justifier ces mesures répressives, United Airlines a tweeté un lien vers son règlement détaillant les raisons pour lesquelles un passagers pourrait potentiellement être interdit d'embarquement. Juste en dessous de la clause qui condamne les passagers tellement agités que le capitaine serait obligé de quitter le cockpit et juste au-dessus de celle concernant les passagers ivres qui peuvent représenter un danger pour les autres, il existe une vague clause rappelant que les passagers « pieds-nus ou qui ne sont pas correctement habillés » ne pourront pas embarquer. Mais comment est-ce que le legging a pu en arriver à être considéré comme « indécent » ?

Edie Sedgwick les arborait fièrement en couverture de Vogue dans les années 1960. La créatrices Mary Quand l'a intégré au vestiaire psyché de la période avant qu'il ne devienne un accessoire rock dans la fin des seventies avant de passé du côté des sportifs dans les années 1980. Depuis les années 1990, le legging est considéré comme un pantalon à part entière, chérit par des créateurs comme Azzedine Alaïa et Norma Kamali. La décennie a vu naître la mode des shorts de cyclistes qui se mariaient parfaitement avec les t-shirts classiques, alors que dans les années 2000 le legging était porté avec n'importe quoi, des mini-jupes en jeans aux bottes de cowboys, on les placardait même sur les murs de nos chambres. Puis les « meggings » (les leggings pour hommes) sont arrivés, en même temps que les pantalons de travail ou de yoga moulants. 

Mais l'épisode United Airlines ne semble pas être une question de mode. C'est plutôt une nouvelle preuve de l'oppression et de la sexualisation du corps de la femme. Le père, qui portait visiblement un short de treillis, n'a pas pour autant été empêché de pénétrer dans l'avion ou prié d'enfiler quelque chose de plus approprié avant d'embarquer. Les codes vestimentaires arbitraires servent régulièrement plusieurs types de discriminations - raciale, sexiste, etc. Comme Patricia Arquette tweetait l'autre jour, « Les leggings sont presque des vêtements professionnels pour les jeunes de 10 ans. Leur profession c'est d'être des enfants. » La profession de United Airlines c'est de s'assurer de la sécurité de ses passagers durant les vols et peut-être de revoir plus régulièrement sa politique vestimentaire, qui semble démodée, arbitraire et sexiste. 

Credits


Texte Hannah Ongley