Jessica Forever, Caroline Poggi et Jonathan Vinel © Le Pacte

5 films indépendants à voir de toute urgence

Le festival International du Film Indépendant de Bordeaux s'achevait dimanche. Tour d'horizon subjectif des films qui nous ont marqué.

par Marion Raynaud Lacroix
|
16 Octobre 2018, 8:07am

Jessica Forever, Caroline Poggi et Jonathan Vinel © Le Pacte

Défricheur et audacieux, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux (Fifib) a tenu ses promesses : célébrer les talents qui repensent le cinéma, le contorsionnent et le poussent vers la redéfinition, questionnant ses vieux réflexes et ses mauvaises postures. Emaillée de violence, de disparitions et de garçons à la (re)conquête de leur identité, cette sélection a porté haut une nouvelle garde du cinéma français décidée à raconter l'instabilité du monde qui est le sien : brutal, désincarné, miné par la solitude mais habité d'un souffle romantique. De passage le temps d'un week-end, i-D a eu l'occasion de le constater. Bilan subjectif à travers 5 films qui nous ont marqué.

Jessica Forever, Caroline Poggi et Jonathan Vinel, en salle en janvier 2019

1539615606844-0250213jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Après plusieurs court-métrages remarqués (dont l’un présenté au Fifib), Jonathan Vinel et Caroline Poggi revenaient à Bordeaux pour dévoiler leur tout premier long-métrage. Un film déroutant : dans un futur pas si éloigné du nôtre, des orphelins traqués par des forces spéciales trouvent refuge auprès de Jessica (Aomi Muyock), une jeune femme dont personne ne connaît vraiment ni l’âge ni l’histoire. Sa mission ? Offrir à une bande de garçons violents l’amour dont ils ont toujours manqué. Pas de doute, le monde de Poggi et Vinel est bien le nôtre : les résidences pavillonnaires y côtoient les kalashnikovs et l’ultraviolence semble s'insinuer jusque dans les murs des maisons en crépit. À travers cette bande de survivants en marge se dessinent les contours d'une masculinité en crise, où les hommes n'ont jamais semblé aussi incertains de vouloir survivre au futur. À la fois brute et saisissante, leur esthétique post-internet n'élude pas la poésie du réel et c'est toute sa force : avec une délicatesse radicale, elle impose un langage cinématographique à l'image de notre génération.

Flesh Memory, Jacky Goldberg, bientôt en VOD

1539615526319-571a100253d9acb10ce8e18f097a2dc5_original

Finley ne sort pas de chez elle, sauf pour récupérer les colis que des anonymes lui livrent quotidiennement sur le pas de sa porte. Pourtant, elle passe ses journées connectée au monde extérieur : elle est « cam girl », et gagne sa vie en se filmant sous tous les angles pour satisfaire des internautes en quête d’expériences sensuelles et virtuelles. De cette solitude contemporaine, Jacky Goldberg tire un portrait de femme bouleversant, livrant son intimité la plus nue en conservant une pudeur qui empêche le film de se perdre dans le voyeurisme qu'il met pourtant en abyme. Cela donne un documentaire qui interroge toute l'ambiguïté du regard : où se loge l’intimité lorsque chaque parcelle de soi est livrée au regard étranger ?

Sophia Antipolis, Virgil Vernier, en salle le 31 octobre

Ce nom pourrait être celui d’une tragédie antique, il est aussi celui d’une ville française moyenne bordée par le soleil et la mer méditerranée. C’est le décor qu’a choisi Virgil Vernier pour raconter l’histoire d’une fille qui disparaît pendant qu’autour d’elle, la vie continue d'essaimer. En racontant l'histoire de ceux qui restent, le réalisateur des Mercuriales saisit des bribes de destins brûlés, cherchant le réconfort dans l’ultraviolence, l’obscurantisme ou la chirurgie esthétique. Couronné du Prix Long Métrages, le film donne à voir le désenchantement d’une génération, aussi magnétique qu'effrayante.

Amanda, Mikhaël Hers, en salle le 21 novembre

Amanda, c’est le prénom de la nièce de David, 24 ans – une petite fille blonde qui aime rire et aller à la boulangerie toute seule pour s’acheter un Paris Brest en sortant de l’école. Avec sa mère Alison, elle vit un quotidien tranquille fait de douceur, de pique niques et de balades dans Paris, jusqu’à la mort brutale de cette dernière qui va amener Amanda et David à vivre leur vie comme il ne l'auraient jamais imaginé. La mélancolie est partout : dans la texture de la pellicule, la douleur contenue de Vincent Lacoste et le deuil – forcé mais étrangement paisible - de l’innocence. Les éclats de joie aussi, et c’est sans doute ce qui fait de ce film de Mickaël Hers un vrai coup au cœur, à découvrir très bientôt en salle.

Meurs Monstre Meurs, Alejandro Fadel, en salle en janvier 2019

Déjà révélé à Cannes dans la catégorie « Un Certain Regard », Meurs Monstre Meurs était présenté dans la sélection internationale du Fifib où il a remporté un Prix Longs Métrages. Autour de la décapitation tragique d'une femme, Alejandro Fadel signe une fable où l'hémoglobine n'abonde pas seulement pour le plaisir du sang. Car tandis que les suspects s'alignent, c'est aussi la violence virile qui se retrouve questionnée : les hommes sont-ils vraiment tous des bêtes humaines ? Avec Rojo, autre film de la compétition, Meurs Monstre Meurs venait rappeler l'arrogante santé du cinéma argentin : audacieux et affranchi, insolent comme un film de genre qui refuse tout compromis.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram, Twitter et Flipboard.