des photos frappantes des militantes anti-nucléaires dans l'angleterre des années 1980

En 1980, elles étaient plus que nombreuses à manifester pour s'opposer à l'arme nucléaire en Angleterre. Une exposition retrace leurs actions politiques et leur rend hommage.

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30 Mai 2016, 12:26pm

© Edward Barber. A protester from the Women's Peace Camp at RAF/USAF Greenham. Common after keening in Parliament Square, Westminster, London (1982)

L'exposition Peace Signs s'est installée à l'Imperial War Museum de Londres. Selon les mots du photographe Edward Barber, elle est à la fois "une célébration et un avertissement". Avec plus d'une quarantaine de photos prises aux moments-clés de mouvement de protestation anglais anti-nucléaire, l'exposition arrive à point nommé. Le programme nucléaire britannique, Trident, est en effet sur le point d'être renouvelé, pour la modique somme de 100 milliards de Livres Sterling. L'équivalent de 150 000 nouvelles infirmières, ou d'1,5 millions de nouveaux foyers abordables, ou des frais d'inscription de 4 millions d'étudiants… D'une manifestation pacifique à Hyde Park en 1980 à l'événement Embrace the Base de 1982 - 30 000 femmes se tenant la main à Greenham Common pour protester contre les armes nucléaires localisées au même endroit - les images ne capturent pas uniquement la passion du mouvement dans son entièreté. Elles mettent aussi en avant le rôle que les femmes y ont joué. Alors que l'expo est maintenant ouverte au public, on est allés discuter avec sa curatrice Hilary Roberts d'une des décennies les plus politiquement turbulentes. Sur une des pancartes de cette époque on peut lire "Take the toys away from the boys" ("Ne laissez pas les jouets entre les mains des gosses"). L'idée semble encore assez pertinente. 

A protestor from the Women's Peace Camp is arrested for obstructing the construction of missile silos at RAF/USAF Greenham Common, Berkshire (1982)

Qu'est-ce qui a attiré votre attention dans ces photos ?
Eh bien, ça faisait déjà plusieurs années que je voulais mettre en place ce projet avec Edward Barber. Je l'ai rencontré pour la première fois il y a trois ou quatre ans. En regardant ses photos à ce moment-là, ce qui m'a frappé c'est la manière qu'il a eu d'individualiser et d'humaniser le mouvement de contestation des années 1980. On y ressent toute la diversité des participants ; toute leur créativité, leur imagination et détermination à toute épreuve.

Et pourquoi maintenant ?
La Grande-Bretagne est en pleine discussion sur le futur de son programme d'armement nucléaire. C'est un débat qui touche à l'utilisation de la technologie nucléaire de manière très large. Le sujet est donc très pertinent en ce moment.

Les images sont très marquées, très identifiables avec cet humour british
Oui tout à fait. Elles présentent beaucoup d'humour. Et au-delà du fait que les Anglais ont un super sens de l'humour, il y a aussi une approche tactique à cela : l'humour est une très bonne manière d'attirer l'attention et de faire ressortir certaines choses. Cet aspect-là était donc totalement intentionnel. La pureté créative et sa part d'individualité aussi. Il y a une photo magnifique, d'une femme assise sur une chaise à l'entrée de Greenham Common, avec une pancarte à ses côtés sur laquelle on lit : "Hello, can you stop for a talk ?"

© Edward Barber. A picket mounted by the Women's Peace Camp at RAF/USAF Greenham. Common, Berkshire (1982)

Et il me semble que Greenham Common était un camp de contestation exclusivement féminin ?
Oui. C'est parti d'Helen John, qui a marché de chez elle - au Pays de Galles - jusqu'à Greenham Common, bien décidée à y rester jusqu'à la fin. Et bien sûr, ce camp de protestation féminin de Greenham est devenu la manifestation statique la plus longue de l'histoire d'Angleterre. La priorité était bien évidemment le mouvement anti-nucléaire, mais la plupart des manifestations organisées par les femmes à Greenham Common s'inspiraient directement du mouvement militant des suffragettes du début du siècle. Edward Barber lui-même raconte qu'il s'est fait virer de l'endroit alors qu'il voulait prendre des photos de l'événement Embrace the Base, simplement parce que c'est un homme. Donc je pense que le mouvement a évolué en partant de son intention première, pour se transformer en une célébration de la féminité et des femmes.

Est-ce qu'on est parfois passé à côté du rôle des femmes dans les mouvements de contestation ?
Je pense que le rôle des femmes dans la société a été sous le feu des projecteurs plusieurs fois au cours du 20ème siècle. La mouvement des suffragettes était l'un de ces moments. Il y a ensuite eu le rôle joué par les femmes pendant les deux guerres mondiales. Et bien sûr la campagne pour l'égalité des salaires pendant les années 1960, avec tout ce que cela sous-entendait. Donc dans les années 1980, les femmes avaient déjà une expérience de taille en terme de revendication égalitaire, de reconnaissance. Elles étaient en mesure d'élever la voix politiquement, de s'engager dans le débat national. (…)

© Edward Barber. Greenham Common protesters stage a Die-in outside the Stock Exchange during the morning rush hour as U.S. President Reagan arrives in Britain, City of London (1982)

Ce qu'il y a de super avec cette expo c'est qu'elle met en avant l'aspect artistique et performant de ces manifestations. Ça se ressent particulièrement dans les costumes.
Oui, les costumes sont aussi une manière d'appuyer un propos et de protester individuellement. Certains manifestants qui aimaient se déguiser et qui aimaient le côté théâtral de tout ça se sont vraiment donné du mal pour créer des costumes et un maquillage qui leur permettait de renforcer leur message. D'autres choisissaient d'adapter à merveille la mode du moment. Du coup les jeunes réutilisaient le symbole peace, les badges, les bijoux, etc. Il y a une variété immense en terme de costumes. Hommes ou femmes, tous étaient très créatifs.

Qu'aimeriez-vous que les gens retiennent de cette exposition ?
Un certain sens de la détermination, de la créativité et de la diversité propre à ceux qui ont rejoint ces manifestation dans les années 1980. Tous les genres, toutes les classes de la société, tous les groupes d'âge forment un ensemble, avec des intérêts très divers. Dedans, beaucoup de femmes, bien sûr, mais pas seulement. Je pense que cette expo permet de sensibiliser collectivement sur un engagement individuel et un problème déjà important à l'époque, et qui l'est tout autant aujourd'hui. 

© Edward Barber. 'Stop the City' protester at the Bank of England, City of London (1983)

© Edward Barber. 'Embrace the Base': 30,000 women link hands, completely surrounding the nine mile perimeter fence at RAF/USAF Greenham Common, Berkshire (1982)

RAF/USAF Greenham Common, March 1982 © Edward Barber

L'exposition Peace Signs se tient à L'Imperial War Museum de Londres jusqu'au 4 septembre 2016. 

Credits


Texte : Matthew Whitehouse