l'ancien roi de l'underground new-yorkais des années 1980 est sorti de prison...

Michael Alig et sa bande club kids déchaînés (RuPaul, Amanda Lepore) ont ravagé et enchanté New-York de leurs excès. Rencontre avec le "party monster" en personne.

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déc. 4 2015, 11:35am

Du Danceteria au Palladium, du Limelight au Tunnel, Michael Alig a traversé de part en part les clubs du New York underground dans les années 1980. Alig était l'un des kids les plus exubérants de l'époque - il ne vivait que pour l'exubérance, d'ailleurs. Alig et Gitsie, James St James, Richie Rich, Amanda Lepore et leurs fameuses sauteries Outlaw (hors-la-loi) ont participé à définir la vie nocturne new-yorkaise. Mais cette époque n'était pas que paillettes et glamour : sous le vernis, la drogue battait son plein et, en 1996, Michael tuait le "club kid" Andre "Angel" Melendez après une dispute mêlant dettes et substances illicites.

Depuis sa sortie de prison en 2014, Alig s'est reconverti dans la musique et le cinéma. Lui et ses acolytes de toujours font désormais l'objet d'une exposition à Barcelone, où l'on redécouvre des photographies de Michael Alig ainsi que des vidéos VHS filmées par Nelson Sullivan. Nous avons rencontré Michael Alig, le kid le plus infréquentable de tous les temps, à la veille de son exposition.

Qu'est-ce qui t'a amené à New York ?
J'ai déménagé à New York en 1984 pour aller à l'université. Je devais me rendre à Fordham University, j'y suis resté un an. Dès que j'ai découvert les clubs et les boites de la ville, j'ai arrêté l'école. Impossible de me concentrer sur les bouquins, tout ce qui m'intéressait, c'était la fête. 

A quoi ressemblait le "clubland" de New York quand tu es arrivé ? Qui étaient les club kids ?
Les club kids sont nés après la mort d'Andy Warhol. J'étais pour ma part très affecté par sa mort, à mes yeux c'était la fin d'une époque, la mort de la scène club. Puis Michael Musto, un journaliste du Village Voice a écrit son reportage, The Death of Downtown, il y racontait à quel point la scène, sous le choc et sans Warhol, mourait à petit feu. J'ai juste eu l'impression de louper la meilleure partie de la fête et j'étais dans l'attente de quelque chose de nouveau.

A quoi ressemblaient les fêtes ?
Les soirées étaient très underground. Même quand les clubs étaient gigantesques, assez pour accueillir 7000 personnes au moins, ces 7000 personnes étaient à tous les coups les plus intelligentes, belles, lookées, créatives du tout New York. Il fallait vraiment être quelqu'un, où alors connaître les bonnes personnes, pour entrer à l'intérieur.

La plupart des club kids sont maintenant des célébrités : Rupaul, Larry Tee, Amanda Lepore… Que penses-tu de cette conversion ?
Je suis hyper fier que mes copains soient devenus célèbres ! J'adore lire des choses sur eux. Pareil pour les nouveaux club kids, comme Sharon Needles. Quand on y pense, Lady Gaga et Adam Lambert sont des club kids aussi, ou du moins ils s'en sont inspirés. Aujourd'hui cette culture est devenue mainstream.

Y avait-il des artistes dans le mouvement ?
Je crois que tous ceux qui ont rejoint les club kids un jour ont été artistes. Mes peintures et mes fringues étaient réellement des extensions de mon statut de club kid. Il y a une grande inspiration pop dans ce que je crée, on sent toute l'influence de Warhol. Il y a aussi du Leigh Bowery ou des références plus cachées, moins nobles aussi : Ronald McDonald ou Bugs Bunny. Un genre d'esthétique samplée en somme.

À Barcelone, on présente les VHS de Nelson Sullivan dans les années 1980, qu'est-ce que tu penses de cette initiative ?
Je suis ravi que Nelson ait si bien documenté la scène underground de l'époque… Ses vidéos sont un bel aperçu du monde dispersé et coloré des club kids. Nelson en personne aurait été heureux de savoir que ses vidéos sont aujourd'hui visionnées par beaucoup de monde. Aucun de nous n'aurait imaginé qu'une exposition les présente. 

Qu'est-ce que tu penses de cette exposition qui te présente tes amis et toi comme les créateurs d'une ère underground ?
C'est toujours difficile pour moi de prendre du recul et de croire en l'intérêt que peut générer ce qu'on faisait dans les années 1980… Peut-être qu'en réalité, c'était le dernier vrai mouvement underground de New York, la dernière ère libre et libérée. Aujourd'hui avec Internet, c'est impossible de garder quelque chose secret. Si on ne peut pas tenir un secret, l'underground n'a pas lieu d'exister. À cause de ça, je peux dire qu'aucune scène ne sera désormais comparable à ce que nous avons vécu dans le New York des eighties. Bien sûr, il y aura autre chose… On n'arrêtera jamais l'art ni la culture. Mais si une culture ou un mouvement se répète, c'est que les idées manquent et se perdent. Et ça me fait frissonner d'horreur ! 

anticteatre.com

Credits


Texte : Eduardo Gión and Raúl Hidalgo
Portrait : Kiko Alcázar
Photographie : Courtesy Michael Alig