Publicité

pourquoi plus personne ne parle du sida ?

39 millions de victimes depuis son apparition et 35 millions de porteurs aujourd'hui dans le monde : qui dit que le VIH est mort ?

par Tom Rasmussen
|
13 Novembre 2015, 3:50pm

On ne parle plus vraiment du VIH aujourd'hui. Et quand on le fait, c'est souvent pour dire à quel point l'épidémie était violente dans les années 1980, comme cela a été dévastateur pour les gay et les pauvre africains. Mais bon, franchement, on sait tous que le VIH, c'est bien plus que ça.

Depuis son apparition le virus a tué 39 millions de personnes à travers le monde. Aujourd'hui, près de 35 millions de personnes sont porteuses. Les taux de contamination grimpent à une vitesse record - et, non, cette statistique ne se limite pas aux "pays du sud", on distingue beaucoup de nouveaux cas au Royaume-Uni depuis trois ans. Alors pourquoi plus personne n'en parle ?

L'association ACT UP, fondée à New-York en 1987 compte bien répondre à cette question. Qualifiée de "dernier mouvement social réussi en Amérique" par l'activiste Sarah Schulman, l'association a clairement su mettre en lumière cette épidémie et forcer le gouvernement à prendre en charge les malades qui meurent des suites de pathologies liées au virus.

Les membres d'ACT UP à travers le monde, ont décidé de lever le voile sur un silence dangereux, de rendre compte de leur mobilisation globale et de la multiplicité des groupes formés autour de l'association.

Jeremy Goldstein, le secrétaire d'ACT UP à Melbourne, rappelle l'importance des conférences pendant la crise. "Je me rappelle de la haine, de la peur et de l'angoisse puis du soulagement qu'on a ressenti sur le dance floor. Nos soirées étaient un acte de résistance face à la mort. Danser était un acte politique. Ça voulait dire : "nous sommes vivants."

Trinidad et Tobago ont enregistré le plus grand nombre de morts du VIH dans les années 1980. Jason Jones, le fondateur du projet I am One, nous raconte à quel point sa communauté était décimée. "J'ai perdu plus de 300 amis. Par manque de prévention et parce qu'on était dans un tout petit territoire - c'était terrifiant. ACT UP à New York était la première organisation à nous rassembler et à nous donner la voix. A Trinidad, l'homosexualité est un délit puni par la loi. Et il y a une corrélation entre le taux d'infection au VIH et la criminalisation des homosexuels."

Andria Efthimiou-Mordaunt, une ancienne héroïnomane qui a perdu son mari dans les premières années de la crise, nous avoue avoir beaucoup appris, à grand frais. "Je sortais tout juste d'une cure de désintox pour héroïnomanes - et 13% de la communauté était déjà diagnostiquée séropositive. Je savais certaines choses… Surtout que ce n'était pas qu'une histoire de gay. Je me suis engagée. J'étais en cure et ces gens étaient mal soignés. J'étais là genre 'coucou, ces gens sont malades, personne ne peut rien faire pour s'occuper d'eux ?!'

J'ai été emmenée par un chercher à une conférence ACT UP de New York. Il y avait ce mec - Alan - qui avait pris la parole. 'Je suis un drogué en rehab et un alcoolique.' Ça m'a touché. Je me suis rendue compte que ces conférences étaient le moyen de parler des gens, dans leur individualité. Le VIH nous force à considérer les gens dans leur individualité."

Les règles du jeu ont changé depuis la création d'ACT UP. Faith Taylor, un organisateur de l'association, nous explique pourquoi il faut encore se battre en 2015. "Le VIH rassemble des gens très différents. Il dépasse le genre, la sexualité ou les ethnies. Aujorud'hui, en 2015, les groupes qui se sentent marginalisés doivent venir et se réunir pour se faire entendre et contrer les stigmas. Dans les meetings, notre travail se concentre sur le corps, nous le laissons s'exprimer. C'est quelque chose qui existe peu dans d'autres organisations."

Dan Glass est la personne qui a décidé de créer ACT UP London. Il voulait faire entendre sa voix et celle de beaucoup d'autres, par le biais de cette organisation et de son passé. "Quand j'ai été diagnostiqué il y a dix ans, j'étais un bébé. Je ne savais rien de tout ça. Et puis j'ai du m'impliquer, par la force des choses. Depuis que j'ai découvert ACT UP, rien n'est plus pareil. Nous devons remercier tous les activistes d'ACT UP et nous avons tout à apprendre d'eux - s'ils n'avaient pas été là, je ne serais pas ici. ACT UP transforme le chagrin en amour. Et l'amour est notre plus grande force."

Aujourd'hui, nous vivons un instant crucial. En occident, le VIH n'est plus un couloir de la mort. Mais les discriminations envers ceux qui en sont atteints empêchent la prise en charge et poussent les séropositifs à vivre cachés, dans la peur. La situation globale doit nous alerter. 34 ans se sont écoulés depuis l'apparition du virus. Le silence = la mort. C'est avec le dialogue et l'action que l'égalité grandira. Faites-vous dépister - et parlez avec les autres. Quoi qu'il en soit. 

ACTUP PARIS 

Credits


Texte Tom Rasmussen
Image Keith Haring