les new-yorkaises sont les filles les plus libres du monde

À travers une série de photo étalée sur huit ans, le photographe et assistant de Ryan McGinley, Chad Moore, prouve que les new-yorkaises n'ont rien à craindre, surtout pas le regard des hommes.

par Paige Silveria
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07 Juillet 2016, 10:10am

Chad Moore est connu pour ses photos d'amis, souvent dans leurs moments les plus exubérants ou les plus profondément intimes. Ce natif de la Floride a commencé à prendre des photos très jeune, alors qu'il traversait l'Amérique en tant que pro du BMX. Après avoir emménagé à New York en 2008, Chad est devenu l'assistant de Ryan McGinley et a pu ainsi intégrer la famille artistique et créative new-yorkaise.

L'année dernière, il publiait son troisième livre, June. Coloré, l'ouvrage présente 31 images, dont des portraits nostalgiques de la jeunesse new-yorkaise et des horizons urbains mélancoliques. On est allé poser quelques questions à Chad sur son livre, sur la raison pour laquelle New York est l'épicentre de l'émulation artistique et comment il trouve de l'humain dans tous ses sujets.

Pourquoi sommes-nous tant fascinés par les images de la jeunesse new-yorkaise selon toi ?
Avant d'emménager ici, j'étais fan des photos de Patrick O'Dell qu'on retrouve sur son site Epicly Later'd. C'était juste des clichés pris avec un Canon Elph, mais ils donnaient l'impression que New York était un lieu magique - l'endroit où aller quand tu ne te retrouvais nulle part ailleurs. Aujourd'hui New York carrément à une marque déposée. En tant que créatif, on a tendance à penser que c'est le seul endroit où l'on peut créer et réussir. J'adore New York, c'est le centre de l'univers pour moi depuis très longtemps, et il y a un tas de jeunes artistes qui font des choses sublimes ici, mais je n'ai pas besoin d'y vivre à tout prix pour faire mes photos. J'adore aller en Europe et revenir à New York, un peu comme des vacances. Je pense qu'il faut faire en sorte que ce que tu aimes te manque, parfois. 

Ton train de vie a changé depuis que tu as déménagé à New York ?
Ma vie a simplement changé parce que j'ai commencé à apprendre ce que mon travail requiert et ce qui l'entrave. J'ai appris à gérer des choses que je n'avais pas anticipées auparavant. En voyant mes photos, les gens peuvent imaginer qu'il n'y a aucun contrôle, que ce ne sont que des clichés pris sur le vif. Certains le sont, mais la photo requiert beaucoup de technique, de reflexion. Et en vieillissant, j'apprends où commence cette technique et où elle s'arrête. J'apprends qui je suis, ce qui va suivre - comment évoluer. 

Parle-nous un peu de June.
Il y a deux ans, j'ai publié un livre, Anyone in Love with You Already Knows. C'est 158 pages de photos représentent pour la majeure partie mon temps passé à New York, mais aussi en Europe. J'étais très satisfait du résultat et j'ai voulu me mettre à travailler immédiatement sur un nouveau projet. Mais en fait, je prends des photos de manière très narrative, donc elles sont assez longues à compiler. Je me suis dit que j'allais faire un bouquin "entre-deux" - un bouquin qui ne soit pas aussi dépendant de cette narration. J'ai pensé à mes photos les plus récentes, et à ce que ce livre devrait être et représenter. J'ai envoyé certaines de ces nouvelles photos à un bon ami à moi, Philip Cronerud, un super designer. Il m'a suggéré de les séquencer par couleurs. Ça marchait très bien. J'ai ensuite contacté une autre amie, Maria Candanoza, qui venait d'ouvrir une librairie artistique, Obect_ify, pour savoir si ça l'intéresserait de le publier. Elle a trouvé pas mal de super petits détails pour agrémenter l'ouvrage, comme les poster en risographie à détacher.

Pourquoi as-tu décidé d'y inclure ces paysages urbains ?
C'est venu naturellement. J'ai toujours pris ce genre de photos, qui présente autre chose que des gens. Mais mon intérêt premier reste le portrait. J'aime cette connexion. Mais j'ai voulu tenter de trouver d'autres sources d'énergie. Donc je me penche aussi sur les choses qui nous entourent, qui ne sont pas humaines mais d'où peut également émaner cette énergie.

Comment ton imagerie va évoluer ?
Mon travail présentera toujours les mêmes éléments, mais plus je fais des photos, plus je réalise ce que je veux extraire d'une image et la réaction que je veux provoquer chez celui qui la voit. Récemment, je me suis mis à photographier des mises en scène. Pas des poses - simplement je mettais mon sujet dans une situation particulière et je le regardais réagir. 

Tu peux décrire ta photo préférée ?
C'est difficile. Je suis assez sentimental, donc je suis très attaché à toutes mes photos. Mais il y a une image en particulier sur laquelle les gens reviennent tout le temps, c'est la photo d'Olivia (avec le cocard). J'ai rencontré Olivia par Nicky Lesser, quand Nicky et moi avons déménagé sur Eldridge street. Olivia vivait en face, dans la même rue, donc j'ai fini par prendre beaucoup de photos d'elle. Cette photo-là a été prise à Halloween, il y a quelques années. J'essayais de rencontrer et de saluer tout le monde à cette fête, et alors que je m'approchais de la porte, Olivia se faisait foutre dehors par la sécu - sans raison j'en suis sûr. Son costume d'Halloween c'était cet œil au beurre noir qu'elle s'était fait elle-même. J'ai trouvé ça très beau. Je pense que certaines personnes peuvent trouver cette image violente - je pense que c'est l'inverse. 

Credits


Texte Paige Silveria
Photographie Chad Moore

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