heathers

winona forever, depuis 1990

Alors que Netflix nous la ramène (enfin) à l'écran, on revient sur la carrière de l'actrice la plus emblématique des nineties.

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08 Juillet 2016, 9:50am

heathers

Bientôt, très bientôt, nous serons à nouveau hypnotisés par les sombres et grands yeux de Winona Ryder. Merci Netflix et sa nouvelle série Stranger Things, thriller surnaturel qui sort le 15 juillet sur la plateforme, date à laquelle le binge-watching s'imposera de lui-même. Une sortie bienvenue, mais qui sert également de rappel : dernièrement, la carrière de Winona est pour le moins lacunaire. Un rappel aussi de l'incandescence de l'actrice pendant les années 1990, de son omniprésence durant cette décennie magistralement encadrée par ses rôles dans Edward aux mains d'argent (1990) et Une vie volée (1999).

Avec la fin des années 1990 vint également (et tristement) la fin de l'âge d'or de Winona. Depuis, elle décroche des rôles à droite à gauche - notamment dans Black Swan (2010) où elle joue le rôle d'une danseuse de ballet vieillissante, et dans Star Strek où elle est la maman de Spock - mais rien qui n'atteigne le charisme de la cheville des personnages badass qu'elle incarnait à l'époque. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il faut peut-être aller chercher en 2001, année où elle se fait surprendre à voler une boutique à l'étalage. Il faut peut-être aussi considérer sa bataille de longue haleine contre la dépression, et la manie qu'à Hollywood d'être refuser des rôles de choix aux femmes de plus de 25 ans. C'est sûrement un peu de tout ça.

Justement, mettons « tout ça » de côté et affirmons-le sans détour : les années 1990 appartiennent à jamais à Winona. À l'époque elle était l'incarnation du grunge, propulsée sous le feu des projecteurs par l'objectif sombre et romantique de Tim Burton, prête à collectionner les rôles uniques, le CV parfait. Dans Beetlejuice elle était la jeune fille goth, pâle et un peu bizarre qui s'envolait sur les notes de Shake Senora. Elle était mystérieuse, tout en introspection. La merveilleuse représentation du gosse silencieux et marginal qui épouse son côté geek en écoutant de la musique « underground ». Impossible à l'écran de résister à ce grand regard perçant - nous sommes tombés dedans, Burton est tombé dedans, et Jonnhy Depp est tombé pour elle, devenant son fiancé alors qu'Edward aux main d'argent apparaissait en salles en 1990. Naturellement, la presse jeta son dévolu sur les amoureux. On avait l'idylle de la décennie.

Elle n'a que 19 ans quand sa carrière décolle en flèche. Hors écran, la presse se délecte du tatouage de Depp (« Winona Forever ») et de l'irrésistible amour des tourtereaux. Sur les écrans, son nom s'impose rapidement comme un synonyme de crédibilité artistique, d'un cinéma indé alternatif. Les adolescents du monde entier pouvaient se reconnaître dans ses personnages marginaux, pleins d'angoisse et de colère et à la vie rythmée d'amourettes mélancoliques. Et même quand la marée de blockbusters a recouvert Hollywood, Winona a constamment réussi à se choper les rôles les plus intéressants, dans les films les plus intéressants. Se rappeler de ces films des années 1990, c'est se souvenir d'une actrice de premier rang qui brisait les conventions, s'appropriait ses rôles à 100% en faisant un doigt d'honneur aux gros studios et à leurs notions conservatrices et rigides des personnages féminins.

Bien entendu, on se souvient tous de la première fois où l'on est tombés amoureux de Winona. Pour certains, ce fut quand elle se plongea dans les yeux noirs de jais d'Edward, l'implorant de la serrer de ses doigts tranchants. Pour d'autres, quand elle pointa avec hésitation un flingue sur la frimousse de Christian Slater dans Fatal Games. Pour moi ce fut quand elle conduisait un taxi dans Los Angeles en faisant des bulles avec son chewing-gum, dans Une nuit sur terre de Jim Jarmusch. Dans ce film indé du début des années 1990, elle s'affichait casquette à l'envers, clope au bec derrière le volant. C'était Winona à son état le plus androgyne : une large chemise en flanelle, les cheveux gras et les joues pleines d'huile. Tout droit sortie d'un concert de Pearl Jam. C'était Corky, la conductrice de taxi, qui refusait avec nonchalance la proposition de son passager qui voulait la voir jouer dans une grosse production hollywoodienne. On croirait voir Winona faire un clin d'œil à la caméra, l'air de dire : « Je suis déjà cette star ».

Dans ce film, elle se réappropriait avec infinie justesse le look slacker - cette dégaine nonchalante et désuète du jeune un peu branleur et désabusé qui marqua les années 1990. Mais elle n'a jamais aussi bien incarné la crise la vingtaine de la génération X qu'en prenant les traits de Lelaina Pierce dans Génération 90. Winona est allée puiser dans nos anxiétés quant au futur, de nos entretiens d'embauche catastrophiques à nos relations amoureuses ratées. Elle aura capturé mieux que personne la vie du milieu des années 1990, une époque où remettre au lendemain sa recherche de boulot revenait à s'allumer un gros joint et s'affaler devant MTV tout le jour. Qui l'eut cru : qu'un film de Ben Stiller de 1994 serait la performance d'une vie pour Winona ? Un film romantique, triste, perspicace et sincère.

C'est difficile d'imaginer qu'à cette époque, dans l'arène mainstream, Alerte à Malibu ne savait plus que faire de son succès et Alicia Silverstone était la reine du box-office. Où pouvait bien se situer une actrice comme Winona au milieu de cette pop culture ? Certainement quelque part à mi-chemin entre Liv Tyler et Parker Posey ? Entre Neve Campbell et Christina Ricci ? Certainement pas. Winona les mettait toutes dans le vent.

Si vous tapez « actrice des années 1990 » sur Google, des visages familiers apparaissent : Cameron Diaz, Carmen Electra, Alicia Silverstone. Le profil le plus incongru au milieu de ces actrices comme sorties d'un blockbuster au budget limité ? Winona, bien sûr. Winona et ses cheveux noirs, courts, sa peau pâle et son œil lumineux. Une actrice avec une multitude de rôles, de partitions et d'interprétations uniques.

À la fin des années 1990, elle est passée d'un rôle de figurante insomniaque dans Celebrity de Woody Allen, à celui d'un cyborg dans Alien, la résurrection. Tous les réalisateurs rêvaient encore de voir son visage illuminer l'affiche de leur film. Mais elle avait un autre projet en tête, très personnel. Un projet qu'elle voulait mener à bien depuis déjà quelques années : Une vie volée (1999), qui l'a fait endosser le rôle (et entrer dans l'esprit) de Susanna, une jeune femme solitaire et déprimée dont la vie va être chamboulée par ses 18 mois dans un hôpital psychiatrique. Un film très personnel pour Winona.

En justifiant ce qui l'a attirée vers ce rôle, elle explique : « J'ai trouvé ce personnage tellement captivant, magnifiquement écrit et intelligent. » Pendant sa grande époque, Winona était à la fois une icône du style, une actrice versatile, une (très) occasionnelle imitatrice de Bjork… mais son originalité tenait dans ses choix de films et de rôles très précis et méticuleux. Des choix qui reflètent sa propre personnalité. La Winona des années 1990 pouvait sauver n'importe quel film. La Winona des années 1990 était la reine incontestable du grand écran. Mais bon, soyons optimistes. En voyant la bande-annonce de Stranger Things et en attendant Beetlejuice 2 (dont on est moins sûrs...), on peut s'autoriser à espérer que la Winonaissance est imminente.

@OliverLunn

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Text Oliver Lunn