kenzo fait appel au réalisateur de tangerine pour son dernier film

On a rencontré Sean Baker pour parler de sa collaboration avec la maison française, du choix de ses acteurs et du cinéma tourné à l'Iphone.

par Stuart Brumfitt
|
04 Février 2016, 12:57pm

Ils ont travaillé avec Spike Jonze et Gregg Araki. Aujourd'hui, les directeurs artistiques de Kenzo, Humberto Leon et Carol Lim, continuent de créer des ponts entre la mode et le cinéma et le prouvent avec leur tout nouveau projet, Snowbird. Réalisé par Sean Baker, l'auteur du film Tangerine, ce mini-film onirique est accompagné par la musique de Stephonik Youth. Baker - qui a remporté pléthore d'applaudissements mais aucune nomination aux Oscars - s'est intéressé cette fois-ci aux habitants de Slab City, un camp d'outsiders planté dans le désert californien. Pour Kenzo, le réalisateur s'est tourné du côté des locaux pour interpréter les personnages de son film. Des acteurs non-professionnels donc, qui côtoient la grande actrice Abbey Lee, entre autres. Ces quelques minutes nous transportent, à nouveau, dans un non-lieu énigmatique aux confins du réel. 

Snowbird est hypnotique. On se demande quel est le cerveau génial qui l'a pensé. C'est toi, non ?
L'équipe de Kenzo est fan de Tangerine et elle m'a fait confiance pour ce film. On s'est installés à Slab City pour le décor. Dans mon scénario, j'ai glissé une note d'intention qui devait expliquer pourquoi j'avais fait ce choix : celui de mixer les acteurs non-professionnels et les plus pros, de faire tenir le film sur la méthode de l'improvisation et de la discussion.

Et Abbey Lee est la seule actrice de profession à jouer dans ce film.
Ce qui compte, dans ce film, c'est que tous les acteurs, même Clarence Williams lll à la fin, sont tous excellents, malgré leur amateurisme. On a passé beaucoup de temps sur le casting. Je suis parti deux fois de suite pour Slab City, où j'ai cherché des personnalités fortes qui pourraient coller à l'univers du film. Malgré tout ça, j'ai été surpris et enchanté de voir à quel point le jeu des acteurs est juste, surtout celui de Jean, la vieille femme qu'on voit au début et qui résume brillamment l'esprit du film : ''Pourquoi rejoindre Bob ? Parce que tu l'aimes.'' Ce n'était pas dit comme ça dans le script mais ça sonnait tellement juste ! Elle n'est pas actrice et pourtant, de manière complètement spontanée, elle est parvenue à rendre plus vraie la scène. Ça a donné le ton du film. 

Ce film m'a rappelé le documentaire Bombay Beach.
Oui c'est normal ! La plage de Bombay n'est qu'à 15 minutes de là où on était. Aux Etats-Unis, peu de gens connaissent cette place. C'est dommage.

Abbey Lee est incroyable. Comment c'était de travailler avec elle ?
Elle a vu Tangerine et m'a contacté tout de suite après sa sortie. Je n'étais pas sûr au début, de la faire jouer. Je me suis refait Mad Max pour me pencher sur son rôle dedans et là je me suis dit : ''Il faut qu'on en discute ensemble.'' Et après je me suis dit ''elle serait géniale pour le rôle !'' C'était super. En plus, Abbey est vraiment la première à se laisser aller et accepter le jeu de l'improvisation, malgré son expérience. Finalement, elle m'a surprise aussi, j'étais ravi de sa performance. Très subtile. Elle laisse les autres la guider et fait confiance à ceux qui l'entourent. 

Comment s'est déroulée la collaboration avec Kenzo ?
Ça n'aurait pas pu mieux se passer. je voulais que les choses soient le plus naturelles possibles. C'est comme ça que nous avons procédé, main dans la main. Jusqu'à ce que j'oublie même que les personnages soient habillés en Kenzo ! Heidi Bivens, la styliste sur place, a tout fait pour que tout soit invisible. Heidi s'est vraiment approprié la personnalité de chaque personnage et a fait en fonction. Elle les a habillés en fonction de leur personnalité, vraiment.

Tu as encore shooté à l'Iphone. C'est un peu ta marque de fabrique maintenant…
Au départ, on ne s'est pas dit ''Oh ! Iphone oblige !'' on voulait le faire avec une caméra HD. Et plus j'y pensais, plus je me suis rappelé l'importance de l'Iphone dans un film comme Tangerine. J'ai voulu réitéré l'expérience, en plus aboutie encore. Mya et Kiki dans Tangerine, avaient étudié le théâtre. Pour ce film avec Kenzo, je me suis dit '' On va à Slab City avec des acteurs non-professionnels qui n'ont jamais eu envie de l'être. Filmer à l'Iphone, c'est créer plus d'intimité. Alors le film à l'Iphone, c'était comme une évidence. Pour mon prochain, je serai derrière une vraie caméra. 

Quels sont tes projets en ce moment ?
Je me lance sur un nouveau film, on devrait tourner cet été. C'est une nouvelle collaboration. Rien n'est encore fait, mais nous avons réussi à soulever des fonds pour le projet. On ne s'y attendait pas du tout.

Et ce film, de quoi parlera-t-il ?
Le film se concentrera sur les enfants qui vivent à Orlando, sur la route 192. Il s'inscrira dans une veine sociale et réaliste, mais de manière moins vindicative que Tangerine. Peut-être qu'il décevra les gens qui auront aimé Tangerine, parce qu'il ne sera pas accompagné de musique. Je dois réellement m'imprégner de l'univers. La Route 192 est en périphérie du parc Magic Kingdom. Ce qui est très triste, c'est que de nombreuses familles y habitent, sans pouvoir se payer une place pour le parc d'attraction. Et ces familles se sont installées là après le crash économique. Des gamins sont élevés dans des motels. Je veux que le film s'attarde sur chacun d'entre eux, individuellement. Ce sera une histoire d'enfants, comme dans les premiers films de Ken Loach. On essaiera de montrer leur quotidien de manière tendre et douce tout en analysant la dureté du milieu en toile de fond.  

Tagged:
cinema
Kenzo
Mode
Sean Baker