quand new york a pris trump d'assaut

Jeremy Liebman a photographié les milliers de manifestants rassemblés à New York il y a une semaine exactement. i-D est parti à la rencontre d'une certaine jeunesse qui croit à un meilleur futur.

par Alice Newell-Hanson
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16 Novembre 2016, 10:40am

Michael Moore a été acclamé par la foule rassemblée au Union Square, à New York, le soir de la victoire de Donald Trump. En partie parce qu'il portait un short en plein mois de novembre, sous la pluie. En partie, aussi, parce qu'il dépassait de quelques décennies, l'âge moyen des manifestants réunis pour marcher ensemble jusqu'à la Trump Tower. Mais surtout, parce que Michael est un des rares personnages publics à s'être exprimé en amont sur les résultats de cette élection et a prédire ce qui allait se passer.

"L'Angleterre a eu son Brexit, c'est désormais notre Brexit" a-t-il déclaré à l'attention de la foule révoltée, avant d'ajouter : « sauf que l'Angleterre a choisi de quitter l'Europe. Ce soir, l'Amérique a choisi de quitter l'Amérique. » Son téléphone en main, le réalisateur et écrivain a créé un Live Stream sur Facebook pour suivre et enregistrer la marche des manifestants. Mains en l'air, certains d'entre eux brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Dump Trump » ou « Black Lives Matter » tout en se tenant par la main. D'autres chantaient « Pussy grabs back » ou « Not My president ! » en chœur.

« J'espère seulement que le monde nous entendra, s'exclame Monica, une jeune manifestante qui marche à côté de moi. J'espère que les chaînes de télé vont filmer tout ça pour que le monde sache que ce n'est pas comme en 2004, ni en 2000. Nous ne sommes pas prêts d'oublier ce qui est en train de se passer. Nous allons crier notre révolte et le mouvement va continuer. » Son mec, Ben, ajoute qu'il souhaite « faire prendre conscience aux gens qu'ils ont le droit de se sentir paumés et dépourvus. »

Au nord de Madison Square, les CRS tentent d'empêcher l'enregistrement de l'événement et la foule migre vers la 30th street vers Broadway. Elizabeth, 26 ans, me confie qu'elle ne tolèrera pas « un raciste, un homophobe, un sexiste, un xénophobe à la Maison Blanche. Ce n'est pas parce qu'il a remporté la présidentielle que nous ne descendrons pas dans les rues et que nous ne nous battrons pas contre les valeurs qu'il prône. »

Comme beaucoup de gens, Elizabeth pense que cette manifestation est le point de départ d'une révolte à venir, plus grande et retentissante. « Nous serons actifs et dans les rues jusqu'à ce qu'il parte de la Maison Blanche », confie-t-elle.

À Herald Square, j'ai aperçu un jeune homme mis à terre par les policiers qui criaient aux curieux « Rien à voir, circulez ! » tandis que les iPhones se multipliaient dans la foule pour enregistrer la scène. Pendant ce temps, une femme aux cheveux blancs avec un manteau léopard tentait, vainement, de demander sa route à un policier. Un couple de vieux s'est offusqué de voir toute cette jeunesse dans les rues et leur criait des mots pas très sympas à l'oreille. 

Plus loin en remontant la ville, les vitrines débordaient déjà de décorations de Noël. Adossée à l'une d'entre elles, Faith, 20 ans, cherche ses mots. "J'ai une copine et j'ai peur qu'on ne puisse jamais se marier. Ça m'horrifie de penser ce genre de choses. J'ai des amis immigrés et j'ai peur que leur famille soit contrainte de partir du territoire américain, finit-elle par articuler, en sanglots. Les millenials sont en grande majorité contre tout ce que [Trump] défend. Nous sommes l'avenir et nous méritons un futur plus juste."

Entre la 5th Avenue et la 54th Street, la foule s'est arrêtée subitement. La Trump Tower, entourée par les rangs de CRS, se dessinait au loin. Tous les manifestants chantaient, criaient, hurlaient. Une femme seins nus, le visage masqué d'un voile noir, se tenait droite, debout sur une cheminée fumante. Sa poitrine, elle, était peinturlurée de traces rouge sang. Tout près d'elle, des dizaines de manifestantes, du haut des échafaudages, scandaient des refrains protestataires, en brandissant des pancartes où le mot "fuck" était suivi du mot "queer", tandis que la foule appelait à mener la "vraie révolution", à l'unisson. 

"Il ne mérite pas d'être le dirigeant de notre pays, il ne représente pas notre pays. Ce n'est qu'une arnaque", martèle Alicia, à l'aide de son mégaphone. Malgré la véhémence de ses slogans, la jeune femme souhaite faire entendre sa voix, celle de sa génération et transmettre un message "de tolérance et d'amour" : "L'Amérique est unie et l'Amérique se débarrassera de cette sale période, elle en sortira grandie et solidaire. Nous ne serons pas "great again". Mais nous irons mieux demain." 

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie : Jeremy Liebman

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