Capture d'écran d'un live de Joy Division aux Bains Douches, 1979

à paris, une nouvelle expo ranime la période punk des bains douches

À Paris, la galerie Libre Service expose et met en vente des affiches rappelant qu'avant d'être la vitrine de Cathy Guetta, les Bains Douches ont été une scène punk et new wave particulièrement intense.

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29 Mai 2019, 10:33am

Capture d'écran d'un live de Joy Division aux Bains Douches, 1979

On pensait ne plus jamais parler des Bains Douches, ce club mythique qui a marqué les années 80 parisiennes, aujourd’hui changé en temple pour VIP Instagram. Et puis parfois, grâce à des kids qui ont la foi et un goût pour la mémoire, c’est toute une période bénie des dieux qui revient vous mettre une claque. Ouverte il y a à peine trois mois par Baptiste Renault et Hugo Elkaim (à la tête de la marque Ornement), la petite galerie Libre Service, située rue des Martyrs derrière la Cigale, a déjà organisé expos éphémères, concerts, diners privés et installations artistiques. Avec « Archives 1979-1984 », elle fait son premier gros coup : une centaine d’affiches originales de concerts datant de l’époque où les Bains Douches étaient le temple du punk et de la new-wave sont en effet exposées jusqu’au 9 juin. L'époque où des groupes aussi mythiques que Joy Division, Depeche Mode, Suicide, Soft Cell, Marquis de Sade, Modern English, Polyphonic Size, The Monochrome Set, Shriekback, Dead Kennedys - et la liste est encore longue - y faisaient leurs premiers concerts.

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L’histoire des Bains Douches est une histoire plus vieille que le siècle. Au 19 ème , le lieu est un établissement thermal fondé par les propriétaires du Café Guerbois, centre névralgique de l’intelligentsia de l’époque, fréquenté par la clique des impressionnistes et sujet d’un célèbre tableau de Manet. Ouverts en 1885, l’établissement indique à l’entrée : « Bains Guerbois, piscine, bains turcs et russes, douches vapeur sulfureuses ». Situés pas loin des Halles et de sa faune diurne et nocturne, pas toujours très recommandable, les Bains deviennent vite un repaire où messieurs fortunés et mauvais garçons se rencontrent en toute discrétion dans la vapeur, et dont Marcel Proust, comme le raconte la légende, est un grand habitué. Il faudra attendre le rachat du lieu par Jacques Renault en 1978 (un antiquaire devenu une figure des salles de concerts parisiennes comme la Cigale et décédé en 2004) pour que le lieu soit transformé en temple des années 1980 chic & frime. A la fois café, restaurant, discothèque, salle de concert - un concept totalement nouveau pour l’époque - la décoration et la rénovation de l’endroit miteux sont confiées à Philippe Stark, l’architecte en vogue à l’époque. Il impose le carrelage noir et blanc qui va devenir la signature du lieu et conserve la piscine qui fera la réputation des Bains.

Ouvert le 21 décembre 1978, avec un carton d’invitation signé par Pierre & Gilles, avec Farida Khelfa à la porte et feu le DJ Philippe Krootchey en ambianceur, l’endroit est un succès immédiat. Plus de 3000 personnes s'y bousculent et répondent à sa philosophie : « Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, célèbres ou inconnus, mais pas de gens ordinaires ». Le lieu ringardise vite le Palace, dont le disco à tue tête régnait sur la nuit parisienne. Face à lui, les Bains Douches se font le chantre d’un son plus dur, blanc et sans concessions qui va bercer les années 80 : la new-wave et le post-punk. En 1984, Jacques Renault et son associé Fabrice Coat, décident de vendre le club qui est repris par Hubert Boukobza et le DJ Claude Challe. Fini l’underground et place à tous les excès des années 1980, comme dans un livre de Bret Easton Ellis. Le lieu est le RDV des stylistes en vogue (Montana, Gaultier), des wannabe (Frédéric Beigbeider, Emmanuelle Seigner, Bambou), des top de l’époque (Naomi Campbell, Linda Evangelista), Eric Rohmer y tourne des séquences des Nuits de la Pleine Lune et Polanski de Frantic, Thierry Ardisson y fait ses débuts à la télé avec son talk-show Bains de Minuit où il aiguise ses questions sans filtres. Rapidement, le lieu perd son âme pour devenir un endroit chic et friqué, où l’alcool, les CB Gold et la coke coulent à flots, avant de se retrouver sous la coupe des époux Guetta qui achèveront de le ringardiser.

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La centaine d’affiches présentées à la galerie Libre Service, toutes issues de la collection personnelle de Jacques Renault (père du fondateur de la galerie), obéissent à une charte graphique immuable. Elles sont en majorité imprimées en format vertical, toujours aux mêmes dimensions, avec un fond dont la couleur change en fonction des artistes, réalisé par Loulou Picasso du collectif Bazooka, sur lequel est imprimé en gros et majuscule le nom du groupe. Un parti pris artistique puissant qui va leur donner leurs lettres de noblesse et en faire des objets qui affolent aujourd’hui les collectionneurs. Affichées sauvagement dans la rue, souvent décollées avec plus ou moins de succès par les fans, les habitués du club se souviennent qu’elles furent longtemps collées/scotchées les unes sur les autres, dans l’escalier qui monte au premier étage des Bains. A la galerie Libre Service, elles seront pour la première fois en vente (une seule par personne) à un tarif variant selon le groupe présenté et le nombre de tirages restants. Mais au-delà de cet aspect purement collectionneur, mises bout à bout, ces affiches dessinent les contours d’une époque révolue qui suscite une drôle de mélancolie. Rien d'étonnant à ce qu’en 1979 Joy Division ait choisi d’y enregistrer son live, de le diffuser à la radio et de le ressortir en 2001, offrant un indicateur parfait de l’énergie dégagée par Les Bains Douches à l’époque. L'une de leurs meilleures performances.

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« Archives 1979-1984 : exposition des affiches originales des concerts punk et new wave mythiques du club les Bains Douches » du 29 mai au 9 juin au 74 rue des Martyrs à Paris. Entrée gratuite.

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