street et violente, la trap de 13 block a semé la concurrence

Avec leur très attendu premier album, les Sevranais s'ouvrent musicalement, sans jamais vraiment quitter leur identité première : une trap street que rien ne saurait masquer. Tant mieux. « BLO » cartonne et le groupe s’envole.

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03 Mai 2019, 9:52am

La hype est quelque chose d’assez fascinant. Elle permet à des artistes auparavant méconnus, ignorés, voire méprisés de faire l’unanimité en un rien de temps, avec tout ce que cela comporte de retournements de vestes et de tweets effacés par les ex-détracteurs. C’est à la fois drôle et pathétique. Dans le cas de 13 Block, il y a bien une hype. Elle est méritée, s’est acquise tout au long d’une progression visible et constante. Leur premier véritable album, BLO, a fermé bien des bouches, et fait comprendre à ceux qui en doutaient encore que les boss de la trap française viennent bien de Sevran, qu’ils sont quatre, et qu’ils sont encore là pour quelque temps.

BLO est à ranger dans la catégorie des projets rap les plus attendus de 2019, celui qui arrive après que la frénésie PNL ne soit retombée. Il arrive à un moment opportun, finalement. Et qui dit attente dit risque de décevoir. Il y a encore trois ou quatre ans, 13 Block était un peu noyé dans la masse des formations trap branchées bicrave, et même si les plus attentifs voyaient déjà en eux les grands espoirs d’une scène, difficile de les imaginer toucher un public si large en 2019. C’est une bonne chose, car BLO, tout comme Triple S l’an dernier, est un essai transformé.

Il y a une évidence dans cet album, une violence jouissive illustrée par le morceau « Fuck le 17 », encensé de toute part pour sa véhémence, ces bruits de sirène et ses phases sans détour : « J’ai pas deux faces mais dans mon coffre, deuxième ste-ve et dans ce coffre / J’rêve de plusieurs corps de policiers, fuck le 17, merci Stogo ». Certains parlent d’un futur hymne, d’autres y voient le « Nique la Police » de notre époque. Un peu d’emballement tout de même, et il est surtout trop tôt pour affirmer qu’on l’entendra un jour sur les ronds-points de France et de Navarre pour soutenir les Gilets Jaunes. Mais si ce titre parvient à convertir bien des profanes, c’est parce que la comparaison (le raccourci) entre la voix et l’attitude de Stavo et celles de Joeystarr chatouillent certaines oreilles réfractaires.

Des quatre bonshommes, Stav’ est justement la tête de proue, la caution vénère et le visage (ou la voix) principale. C’est sa voix caverneuse qui est lancée au front, au premier couplet de l’album sur « 93 Gangstérisme » : « C’est le 9.3, les premiers crimes avec le ventre vide / Ghetto français du grand au plus petit ». Les thèmes, la tessiture, les références, le rime organisé, le nerf de la guerre… Il donne le ton.

Avouons-nous une chose : il n’y a rien d’aisé à enchaîner dix-neuf titres de trap dure. Ça tombe bien, BLO est bien plus complexe. Les Sevranais, auparavant si ancrés dans le présent et dans le refus de se projeter, se mettent parfois à regarder vers l’avenir, comme sur « Où je vais ». « Route de la gloire c’est où je vais / Vers la victoire c’est où je vais ». Loin d’être une pièce maîtresse de l’album, ce titre symbolise cependant cette envie de variété jamais totalement aboutie : 13 Block lance une idée, sort de ses propres sentiers battus, mais revient d’emblée à ses fondamentaux. Car la majorité des phases du morceau n’ont strictement aucun rapport avec son concept premier, comme si les quatre rappeurs étaient menottés à la rue, condamnés à toujours y revenir. La trap est le sous-genre de l’instantanéité, difficile de s’en défaire. De ces titres qui détonnent, on préférera le casse-gueule mais réussi « Bombarder » (produit par Junior Alaprod), ou les arpèges de l’excellent « Ghetto » (idem), morceau sur lequel ils l’avouent : « Ghetto, dur de m’décoller de ça ». Ceci explique certainement cela.

Revenons à l’essentiel. Dans cet album, il existe un moment de grâce avec l’enchaînement de quatre titres assez fabuleux : « Pas vu pas pris » / « Binks 2.0 » / « Pente noire » / « Ghetto ». On trouve surtout une capacité (qu’on leur connaissait déjà, certes) à s’échanger la parole, à établir des couplets communs et à jouer avec leurs différentes identités. Zed excelle dans le domaine, tout comme Zefor. Sur les titres « Zidane » ou « Pas vu pas pris », ils rappellent que trop de rappeurs se contentent ailleurs de se succéder sagement sans tirer profit de leur statut de groupe. Alors quitte à être quatre, autant exploiter les complémentarités en se mélangeant. L’union fait la force, même en seulement quatre lignes de texte. Et puis, BLO brille par sa dureté, bien sûr. Lorsque le groupe se fait plus calme et chantant, c’est souvent cette violence qui résonne d’autant plus fort juste après. L’instru industrielle de « Zidane », le mot d’ordre de « Binks 2.0 » (produit par Ikaz Boi), les références au cul de la vielle, que les fumeurs de weed connaissent bien, sur « 93 Gangstérisme »…

13 Block a fait du chemin depuis leur premier véritable fait d’arme sur « Vie Sauvage » de Kaaris en 2015. Ils sont aujourd’hui parvenus à pondre l’album ultime de la trap qui s’écoute en bagnole. D’ailleurs, si vous n’avez pas le permis, on vous recommande de faire un emprunt et de le passer pour pouvoir entendre Stavo vous susurrer « Déballé, détaillé, pochetonné et cello / Prends ton truc et salut » et Sidikeey vous conseiller « Va niquer ton père, ta mère ». Vous aurez sûrement des hallucinations qui vont feront entendre les cris d’un policier enfermé dans votre coffre, mais pas de panique, ça n’est que du rap.

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