Capture d'écran

Jeremy O. Harris et SSENSE : la mode comme pièce de théâtre

Le réalisateur iconique dévoile une collection appréhendée comme une œuvre scénique.

par Alice Pfeiffer
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17 Décembre 2020, 5:12pm

Capture d'écran

Le milieu du théâtre n’a que son nom sur ses lèvres: depuis sa pièce Slave Play, ayant reçu 12 Tony Nominations, l’Américain Jeremy O. Harris révolutionne son milieu, et pas que. Réalisateur, producteur, écrivain, activiste, égérie, mannequin, il vient aujourd’hui de dévoiler une collection de 25 créations avec le e-shop de pointe SSENSE (à prononcer Essence). La capsule, intitulée « SSENSE WORKS With Jeremy O. Harris » est appréhendée comme une collaboration créative dont il a tant l’habitude.

« Quand je développe une pièce, ce n’est pas que moi qui mérite un prix, chaque aspect, chaque détail, chaque profession mérite une récompense, de la lumière aux dialogues aux costumes » confie-t-il à i-D France.

Lorsqu’il pense aux vêtements des personnages qu’il imagine, il réfléchit à la cohérence, à la communication non verbale, aux sous-entendus de chaque design. « Est-ce que tel ou tel personnage porterait cette tenue ? Pourrait-elle se la permettre, serait-elle adaptée à sa profession ou son occupation ? » dit-il. Là, dans le cadre d’une collection et non d’un environnement scénique, c’est néanmoins dans une logique performative qu’il opère.

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« SSENSE m’a laissé approcher ma collection comme une pièce de théâtre que j’ai crée pièce par pièce. J’ai pensé à d’autres écrivains du passé, leur rapport à l’esthétique, l’apparence. » dit celui qui se réveillait parfois à onze heure du soir soudain pris d’inspiration. Il puise son inspiration dans des artistes et écrivains Noir.e.s comme like Zora Neale Hurston, Ethel Waters, le peintre Jacob Lawrence, le photographe Carl Van Vechten, la réalisatrice Janicza Bravo, et le photographe Tyler Mitchell – et vise à commémorer l’énergie d’artistes comme Zora Neale Hurston et Adrienne Kennedy.

Cette collection est gender-neutral et composée de 20 pièces. Le stylisme est coloré, les motifs vifs, expressifs et superposés, les jeux de masculin-féminin twistés. Chaque élément raconte une histoire, sort un simple imprimé ou une coupe de son contexte habituel, nous confronte à nos propres a priori. Sur certains designs, on peut voir apparaître des extraits de textes inédits, faisant de la mode un médium visuel autant qu’intellectuel.

Son but dans cette collaboration est, en ses propres mots, similaire à celui du théâtre : « Je me dis souvent, comment faire pour que mes amis qui ne s’intéressent pas au théâtre le deviennent ? Et idem, comment emmener mes proches qui se disent désintéressés de la mode à y voir sa richesse ? »

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À Sonya Thomas, directrice senior du développement de SSENSE de rajouter au sujet de cette collaboration – la première d’une série de travaux avec diverses figures artistiques  – , qu’elle vise « un ethos identifiable et commun » à tous leurs projets. « Nous apportons une plateforme pour que des créatifs puissent exprimer leur point de vue à travers le prisme SSENSE (…) Jeremy est un exemple d’une diversification d’une discipline et d’une influence culturelle que nous célébrons et cherchons ici à amplifier. »

Aujourd’hui, Jeremy O. Harris milite pour donner visibilité et puissance au milieu du théâtre, particulièrement dans son expression la plus inclusive possible. Il reverse les bénéfices de nombreux projets à diverses associations, mais insiste que c’est au tour du pays de jouer son rôle « il y a une mutation massive culturelle aux Etats-Unis, une voix qui doit être entendu, et c’est à l’état américain de prendre cette responsabilité et investir dans les communautés minorées créatives qui en ont le plus besoin. » Espérons que le nouveau gouvernement du pays sera sensible à sa demande plus qu’urgente.

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