GENTLE MONSTER ART PROJECT, <VR Goggles>, Ikeuchi Hiroto, photo :  Keita Suzuki

Artiste et designer, Ikeuchi Hiroto est avant tout le plus grand fan de Gundam de tous les temps.

Animés, JRPGs mais aussi dadaïsme et existentialisme: les wearables d’Ikeuchi Hiroto ont, au-delà de leur côté mainstream, quelque chose de bien plus complexe. i-D France a visité son studio à Tokyo pour tenter d’en savoir un peu plus.

par Benoit Palop
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29 Décembre 2020, 11:00am

GENTLE MONSTER ART PROJECT, <VR Goggles>, Ikeuchi Hiroto, photo :  Keita Suzuki

Arca, A$AP Rocky, Aya Sato et Louis Vuitton ont eux aussi approuvé. Le travail d’Ikeuchi Hiroto est vraiment badass. Wearable art boosté à l'esthétique Sci-Fi, les créations d’Ikeuchi embrassent pleinement la culture pop et tech nippone. Au premier coup d'œil, ce sont des  assemblages éclectiques mi-accessoires fashion cyberpunk, mi-readymade 3.0 faits de Plamo et de Gunpla (maquettes), de casques VR et de iPhones. Entre autres.

En y regardant de plus près, c’est un autre monde. Ces masques et exosquelettes bourrés de composantes détournées, chinées ici et là dans les méandres du Web, sur les étals des boutiques d’Akihabara ou de Yodobashi Camera (Darty-ish sur 8 étages), sont des sortes de micro-univers ultra-détaillés qui en disent long sur la minutie obsessive cultivée à travers l’archipel. Toutefois, bien que le côté pop, gadget et cosplay next level soit mis en évidence, les créations du tokyoïte regorgent d’idées bien plus edgy.

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Ikeuchi Hiroto, photo : Keita Suzuki

Des inspirations éclatées : Entre pop culture nippone et philosophie

Pas besoin d’être scotché 24/7 sur Game-One ni issu de la génération Club Dorothée pour se rendre compte de l’abondance de références d’animés mecha. Les franchises Evangelion, Gundam, Ghost in the Shell et même Escaflowne ont, en effet, plus que déteint sur la forme et l’esthétique des productions d’Ikeuchi. Mais derrière l’aspect nerdy-geek qui est déployé sans aucune retenue, se cache une multitude de références plus abstraites qui jouent également un rôle moteur.

Tandis que la complexité de la théorie freudienne le guide inconsciemment dès le début de ce projet nous dit-il, ses études à la prestigieuse université d’art de Tama, et par conséquent avoir pas mal chillé avec des étudiants tous tueurs dans leur domaine, ont également donné un coup de boost à son travail. « Les gens avec qui j'étudiais à Tama me faisaient penser à Ryozanpaku, un personnage complexe et aux multiples talents que l’on croise dans le mythique JRPG Suikoden. Étudier en étant entouré d’une force créative si variée et sans limite a ouvert ma vision et m’a permis d’évoluer dans ce que je fais. »

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Skeletonics x Ikeuchi Hiroto, photo: Rakutaro Ogiwara

Cette diversité, il l'apprécie, il en joue et elle l’aide à s’émanciper de toutes sortes d’étiquettes ou autres contraintes qui pourraient le contenir dans les rouages d’une pratique en particulier. Néanmoins, même s’il prétend n’avoir aucune appartenance, il flirte sans scrupule avec le Néo-dada et le Nouveau réalisme. « Mon travail explore la frontière entre la vie quotidienne et les activités créatives. » dit-il. « Comme on peut le voir dans le dadaïsme par exemple, assembler du contenu, s'éloigner du conflit entre idées et travaux, questionner le processus de dépassement (Aufheben) et admettre les contradictions entre les genres qui me plaisent, c'est comme ça que je définis mon travail. » Il ajoute avoir toujours été inspiré par de nombreux films, musiques et livres de styles différents. Les textes d’Existentialistes français comme Sartre et Camus ont, par exemple, influencé non seulement sa vie mais aussi sa production. Et pas qu’un peu.

Le readymade revisité façon Otaku*

*Au Japon, le terme Otaku a évolué et n’a plus la connotation péjorative qu’il peut encore avoir en Occident.

« Mon processus créatif commence dès le moment où j'ai l'inspiration.»  Il nous explique. « C’est assez simple. Je bouquine pas mal et fais énormément de recherches sur Internet pour trouver des idées de readymade qui collent à ma vision et qui sont intéressantes à réaliser. Une fois que je tiens quelque chose de cool et que j’ai checké le matériel que je possède,  j’achète les pièces qu’il me manque et je commence à les assembler tranquillement. Puis si nécessaire, je les peins pour donner une unité entre les matériaux quand ceux-ci sont trop disparates. » Ce mécanisme, et il nous le dit lui-même, n’est finalement pas si éloigné de celui qu’avait Duchamp à l'époque lorsqu'il assemblait des objets manufacturés avant de leur concéder le statut d'œuvre d’art. La différence avec Marcel ? Remplacer roues de vélo et tabourets en bois par des pièces détachées électroniques, Oculus Rift et dérivés, headphones et morceaux de maquettes de robots.

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Ikeuchi Hiroto, photo: Rakutaro Ogiwara

Vers un minimalisme bauhaussien

Bien qu’il n’ait peu d'intérêt pour l’industrie de l’art et de la mode, le buzz qui s'est récemment créé autour de son travail ne le laisse pas indifférent. Au contraire, il kiffe. « Ça arrive de plus en plus que des artistes, musiciens, studios ou marques me contactent car ils adorent mes créations et j’en suis très honoré. » Malgré avoir passé de nombreuses heures sur chacune de ses pièces et donc, d’en connaître les moindres détails, elles prennent forcément une autre dimension et offrent des perspectives fraîches lorsqu’elles sont portées par d’autres. Dès lors, ce n’est pas si rare que de nouvelles idées émergent et qu’il souhaite les explorer en parallèle de ses récentes lectures à propos du Minimalisme bauhaussien nous dit-il.

Enfin, des projets sur le feu, il en a à la pelle. Collaborations avec divers artistes, exposition de groupe dans une galerie New-yorkaise et collaboration sur un jeu avec un grand studio dont il taira le nom et ne nous lâchera aucun détail. Accord de confidentialité oblige.

Il nous fera un petit aveu avant de conclure. « J’ai un petit quelque chose en tête. Quelqu’un serait-il intéressé de vivre dans une maison conçue par mes soins? » Perso, je signe demain.

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