Les photographies sculpturales de danseurs nus par Erica Génécé

Marble, la nouvelle série de la photographe, remet en question les conceptions traditionnelles de l’art et de la beauté.

par Ryan White
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25 Mars 2021, 2:36pm

Erica Génécé veut créer un monde à mi-chemin entre passé et présent. L’artiste americano - haïtienne prend son appareil photo pour imaginer un avenir radieux à celles et ceux qui sont rarement représentés dans le monde de l’art. « J’ai toujours voulu voir des personnes qui me ressemblaient dans les endroits les mieux placés. Des endroits inspirants. Des endroits puissants, beaux. Voir des personnes qui me ressemblent haut placé et ainsi pouvoir m’imaginer moi et les miens tout en haut » dit-elle.

Erica a grandi à Long Island dans l’État de New York avant de déménager à Brooklyn. Aussi loin qu’elle remonte dans ses souvenirs, elle avait un appareil photo à la main, « il y a même des preuves de moi photographiant et donnant des directions de scène à mes cousins quand j’étais toute petite », mais ce n’est pas avant l’université, alors qu’elle étudiait une toute autre spécialité, qu’elle a décidé de tout donner à la photographie et à la réalisation. Dans les années qui ont suivies, elle a maintenu une pratique ouverte, variée, entre projets personnels, portraits, mode et commandes commerciales.

Depuis peu, elle a quitté Brooklyn pour le calme d’une maison à la campagne à Upstate New York. Elle raconte, « Le confinement m’a permis de prendre du temps, de conditionner activement mon corps à aller bien quelque soient les circonstances, de prendre du temps pour moi, d’être capable de créer des choses en dehors de la photographie même. J’adore être dans la nature, la nourriture, les voyages, apprendre dans les domaines de l’histoire, de la culture, et voir comment la musique fait le lien avec tout ça ».

Marble, la nouvelle série photo d’Erica, présentée pour la première fois ci-dessous, témoigne de cette nouvelle direction. Inspirée par les cultures et statues traditionnelles, ainsi que ce qu’elles disent de nos croyances historiques concernants la beauté, Marble nous questionne sur ce que l’on peut définir comme « les beaux arts », qui en fait partie, et comment présenter ces deux mediums, ces deux réalités, ensemble. Rien que le nom de la série nous interpelle sur ce que nous attendons, et si nous allons réellement voir du marbre, que l’on appelle parfois « le symbole culturel de tradition et de raffinement ».

nude dancers covered in body painting

Quand elle concevait cette série, Erica a beaucoup pensé à Haïti et les petites sculptures artisanales que les personnes ont dans leurs maisons là-bas. « J’ai été inspirée par différents types de statues haïtiennes, que ce soit celles qu’on connait bien comme « Le Marron Inconnu » d’Albert Mangonès, ou le travail de plus petits artisans haïtiens que j’ai rencontré, ainsi que les monuments sculptures des tribus en Afrique avant la colonisation ». Elle voulait faire le lien entre ces objets et les sculptures européennes de la Renaissance que l’on tient comme des oeuvres d’art sacro-saintes. Que ce soit le David de Michelangelo, la Vénus de Milo d’Alexandros d’Antioch par exemple ou des oeuvres grecques classiques comme les marbres du Parthenon de Phidias.

Il y a beaucoup de sculptures dans l’histoire de la diaspora qui n’ont jamais eu « la même reconnaissance que les sculptures d’autres corps » explique Erica. « Les sculptures européennes ont toujours été reconnues et hébergées dans les musées du monde entier, et je trouve ça difficile de trouver autre chose que quelques bustes noirs dans ces musées. Les sculptures de corps noirs entiers restent dans leurs pays et ne voyagent pas dans les galleries, musées, ou espaces beaux-arts classiques du monde ».

Chacun de ses cinq modèles, tous danseurs, incarnent la fierté de la forme de ces sculptures. Nus, leurs corps sont peints pour créer l’illusion, brouiller les pistes sur où leurs membres commencent et où ils finissent. Les danseurs circulent doucement dans l’air pour créer une atmosphère sereine, non sans rappeler les galleries qui hébergent les oeuvres d’art mentionnées ci-dessus. Erica ajoute, « j’adore travailler avec des danseurs. Les cinq danseurs de ce projet ont des backgrounds bien différents ». Leurs styles se mélangent ici, du classique au contemporain, du contemporain au hip-hop et tout ce qui existe entre ces genres, pour composer un beat classique et ainsi former une magnifique juxtaposition qui met en valeur leurs forces, le pouvoir de leurs mouvements, parfois entrecoupé de suspens, moments de respiration qui apporte une très belle douceur.  Une manière inédite de parler de l’expérience POC, avalée dans une culture excluante.

Erica termine en expliquant : « C’était réellement thérapeutique d’être sur scène ce jour-là. Les danseurs ont libéré leurs sentiments et se sont donnés au moment présent, et moi aussi ».

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

nude dancers covered in body painting
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Credits


All images courtesy Erica Génécé

Dancers Synead Cidney Nichols, Ian Rolen, Cathleen Meredith, Ashley Rose Nicholas, Patrick Gamble

Makeup LB Charles
Hair Anike Rabiu
Set Design Monica Guerrero
Photo asst Alessandro Costantino
Production asst Priscilla Torres

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