Images courtesy of Chanel 

Chanel embarque à la recherche du tweed pour sa collection AH22

La collection tout en technicolor créée par Virginie Viard faisait la part belle au tissu emblématique de la maison parisienne.

par Osman Ahmed
|
09 Mars 2022, 3:20pm

Images courtesy of Chanel 

Quand viennent les premiers frimas de l’automne, nombreux·ses sont les créateur·rice·s qui se tournent vers des habits évoquant le confort d’une maison de campagne. Virginie Viard en fait partie : le tweed est à l’honneur comme jamais dans sa collection AH22 pour la maison Chanel, comme en hommage à l’illustre histoire de ce tissu singulier. Saviez-vous que la Tweed est d’abord un fleuve écossais ? Le décor du défilé imitait cette rivière, déversant des cardigans, des bas en tricot, et beaucoup de couches plus ou moins épaisses à superposer toutes pour résister au froid campagnard qui menace en général les adeptes des activités extérieures. Le tout se déclinait en couleurs « psychédéliques » selon Virginie, en tout cas lumineuses, pop, gourmandes. Le patronage rectangulaire des vestes en tweed les plus traditionnelles était ici largement assoupli pour une silhouette moins guindée, aux accents années 1980, d’autant plus grâce aux bottes Wellington en caoutchouc — certaines se faisant même cuissardes, portées avec des chaussettes en tricot tout aussi hautes. La créatrice avait-elle vu et revu Spencer, où Kristen Stewart en princesse Diana porte bien sûr du Chanel, ou alors le diptyque The Souvenir, dans lequel Tilda Swinton, autre ambassadrice Chanel, a fait sensation ? Quoi qu’il en soit, Virginie a su capturer cette esthétique bourgeoise entre chasse et pêche, promenade et coin du feu, qui a manifestement inspiré d’autres créateur·rice·s ces dernières semaines.

03.jpg

Car, à bien y réfléchir, le tweed chez Prada s’ornait de plumes évoquant les grouses que l’on chasse au Royaume-Uni ; Maximilian faisait montre d’une élégance « rurale » ; les pièces formelles chez Fendi semblaient sorties du film Gosford Park ; Moschino composait des tenues inspirées des intérieurs campagnards, avec meubles anciens et dorures partout. Après une saison pleine d’exhibitionnisme allumeur à base d’ajours et découpes taillés pour les voyeurs, la mode serait-elle prête pour passer un week-end à la campagne, paisible et confortable ? Ça pourrait bien être le cas, mais cela ne vaut pas du tout vœu d’abstinence. Car après tout, on imagine sans peine les nombreux week-ends coquins voire délurés que Gabrielle Chanel a probablement passé dans des maisons de campagne. On sait qu’elle fut l’amante du duc de Westminster, et qu’elle passait beaucoup de temps à Eaton Hall et dans son pavillon de chasse à Lochmore, faisant de longues balades où elle cueillait fougères et fleurs, s’inspirant de leurs teintes pour ses créations, vêtue — détail qui n’en est pas un — des pièces en tweed de son amant, basant dessus une allure singulière mêlant avant l’heure féminité et masculinité.

« Il n’y a rien de plus sexy que de porter les vêtements de la personne qu’on aime », écrivait Virginie dans sa présentation du défilé. « Je reste évidemment fascinée par ce geste qui est toujours d’actualité. C’est d’ailleurs Chanel qui a rendu féminin le tweed ». On comprend mieux pourquoi le tissu était omniprésent, décorant les hauts murs du défilé, les lettres de Chanel ornant l’entrée du catwalk, les sièges, les invitations… et, bien sûr, la collection elle-même. Celle-ci offrait une kyrielle de styles différents : vestes workwear à poches cargo, robes bustiers, pardessus aux couleurs éclatantes, tailleurs à minijupes à la rigueur Mod, blousons bombers bien plus décontractés, etc. Confort, aisance, accessibilité, voilà les maîtres mots d’une collection aux teintes chatoyantes comme celles des joyaux de la Couronne. Et justement, lorsque Coco Chanel empruntait leur tweed aux garçons pour en faire un basique absolu de la mode féminine, c’était en rébellion contre les tailles de guêpe et les corsets imposés aux silhouettes féminines. Un siècle plus tard, le tailleur en tweed moucheté — et les prouesses technico-magiques dont il est l’argument chez Chanel — reste un incontournable que peu de maisons maîtrisent autant.

07.jpg
10.jpg
11.jpg
13.jpg
16.jpg
18.jpg
21.jpg
23.jpg
25.jpg
28.jpg
32.jpg
35.jpg
38.jpg
41.jpg
44.jpg
47.jpg
49.jpg
52.jpg
60.jpg
63.jpg
68.jpg
70.jpg
Tagged:
Chanel
Femme
Paris Fashion Week
défilés
AW22