Courtesy of Steven John Irby

C’est par où ? Comment les Noirs ont indiqué aux Blancs la direction de Google

Sur les réseaux sociaux (et dans la vie), les appels à “l’auto-éducation” des personnes blanches aux problématiques raciales se multiplient. L’idée ? Laisser les racisé.e.s tranquilles, et ouvrir Google.

par Laurianne Melierre
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05 Juin 2020, 2:31pm

Courtesy of Steven John Irby

“Nous ne sommes pas Google. Je répète, nous ne sommes pas Google. [...] Faites vos propres putains de recherches.” C’est, en substance, l’un des derniers messages postés ce mercredi 3 juin 2020 par le photographe londonien Campbell Addy sur son compte Instagram. Et il n’est pas le seul. Depuis le meurtre filmé de George Floyd, un homme afro-américain de 46 ans, par le policier blanc Derek Chauvin, les conversations autour des violences policières et du racisme systémique occupent l’espace public. Dans la rue comme sur les réseaux, en France comme à l’étranger, hommes et femmes du monde entier se sont rassemblés sous le hashtag #BlackLivesMatter pour dénoncer les oppressions et réclamer justice.

L’auto-éducation des Blancs, remède contre l’usure des Noirs

Parmi ces voix, nombreuses sont celles à enjoindre les Blancs à se remettre en question, à entamer leur déconstruction, à prendre conscience de leurs privilèges et à devenir activement “anti-racistes” plutôt que de se contenter de “ne pas être racistes” (et donc, d’entériner le statu quo). Pour y parvenir, une seule solution : l’auto-éducation. Un mouvement qui commencerait, donc, par soi-même, plutôt que de se tourner vers les communautés exposées au racisme pour leur demander de partager leurs vécus ou des conseils. Comme le soulignent nombre de militant.e.s, journalistes ou anonymes à longueur de posts et de tribunes, ce n’est pas aux dominés d’éduquer les dominants, mais bien aux dominants d’initier leur propre changement. L’inverse ayant pour effet de conduire à l’usure et à la détresse physique, émotionnelle ou psychique des personnes racisées. Pour ces dernières, ces conversations ou “débats” n'équivalent pas à de simples sujets de conversation : elles les exposent à une potentielle dévalorisation ou minoration de leurs expériences et identités.

Un postulat que soutient l’acteur new-yorkais Brandon Kyle Goodman dans une vidéo devenue virale et visionnée plus d’un million de fois (en moins de 24h) sur son compte Instagram : “On ne peut pas, en plus de tout le reste, vous gérer vous, même si ce que vous réalisez vous met mal à l’aise. Regardez votre inconfort en face, acceptez-le plutôt que de le nier, puis agissez.” Même son de cloche pour l’activiste éco-féministe et anti-raciste @wastefreemarie, reprise notamment par l’actrice britannique Jameela Jamil. “Nous ne sommes pas vos encyclopédies personnelles. Le fait d’attendre des Noirs qu’ils s’expliquent et parlent de leurs problèmes n’est qu’une autre illustration de la suprématie blanche. Cela conforte l’idée que les Noirs sont là pour vous servir, comme s’ils vous devaient quelque chose. Si vous apprenez auprès d’un éducateur noir, payez-le.” Dans le mille : car lorsque les minorités donnent de leur temps pour informer, éduquer, conseiller (au péril de leur équilibre mental) que font les autres ? Ils mènent leurs vies.

“Le racisme est un problème de Blancs”

De guerre lasse, l’auteure et journaliste britannique Reni Eddo Lodge avait adopté, dès 2014, une stratégie redoutablement efficace pour ne plus avoir à éduquer son entourage : ne plus parler de racisme avec des personnes blanches. Résumé dans un billet publié sur son blog, elle avait ensuite développé son propos sur 250 pages dans son essai best-seller Why I’m no longer talking to white people about race (en français, Le racisme est un problème de Blancs), publié en 2017. “À partir d’aujourd’hui, je n’aborderai plus la question de la race avec des Blancs. Pas tous les Blancs – juste l’écrasante majorité d’entre eux, qui refusent de reconnaître l’existence du racisme structurel et de ses symptômes. Je n’en peux plus du détachement vertigineux qu’ils affichent quand une personne de couleur leur raconte son vécu. [...] Je ne veux plus avoir affaire à des gens qui ne veulent pas écouter ce que j’ai à dire, qui ne cherchent qu’à s’en moquer et qui, honnêtement, ne le méritent pas.”

Des ressources en accès libre pour (re)faire son éducation

Des ressources en accès libre pour (re)faire son éducation

Trois ans plus tard, la tactique (salvatrice) a fait son chemin. Et bonne nouvelle, les ressources qui permettent de mieux comprendre le racisme et les oppressions systémiques que subissent les personnes de couleur, aussi. Compilant recommandations de lectures, articles, films, documentaires ou podcasts traitant des questions raciales, les recueils anti-racistes prônant l’auto-éducation de la majorité silencieuse fleurissent partout et s’échangent aussi vite que les bonnes adresses de restos. Parmi eux, le très partagé Google Doc du média Women Who Do Stuff, dont l’introduction a décidément tout compris : “Le poids du racisme est déjà suffisamment lourd pour que nous, personnes blanches, n’exigions pas des personnes racisées de faire notre éducation et de revivre les traumatismes et violences subis en nous expliquant les 1001 façons dont le racisme est profondément ancré dans nos sociétés. Être un.e allié.e des luttes anti-racistes, c’est être actif.ve.” Tout est dit.

#BLM

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