Courtesy of Juliette Abitbol 

Marseille, plein soleil

Depuis quelques années, Marseille suscite un nouvel engouement culturel, artistique et créatif confirmant son statut de “capitale du Sud”. Petit état des lieux de cette nouvelle scène lumineuse plus que jamais dans la vague.

par Julie Le Minor
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20 Août 2020, 9:49am

Courtesy of Juliette Abitbol 

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Courtesy of Edouard Sanville

À la convergence des horizons et des cultures, la cité phocéenne rayonne de son aura solaire et cosmopolite. Depuis le quartier résidentiel de la Panouse qui domine la partie Est de Marseille, la ville s’étend à perte de vue et finit par se confondre avec la Méditerranée. La nuit, depuis les collines qui l’entourent, elle a de faux airs de Los Angeles avec ses tours sauvages, ses ponts suspendus et la mer qui s'étend au loin. La Panouse représente bien l’éclectisme et la richesse de la ville dont l’urbanisme anarchique favorise des compositions surprenantes. Des châteaux au milieu des immeubles, des bastides au milieu des HLM, qui ont nourri l’imaginaire des plus grands architectes du XXe siècle, du français Le Corbusier à l’irakien Zaha Hadid.

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En cet été 2020, le sud est de nouveau au sommet du “cool” et Marseille tend de plus en plus à faire de l’ombre à la capitale. Alors que le thermomètre atteint aisément les 35°, on se retrouve sur les plages de la corniche Kennedy et du Prado ou on rejoint les Calanques. Sormiou, l’une des plus célèbres, a notamment été le cadre du défilé Printemps-Été 2018 du créateur Jacquemus et de ses “gadjo”. Mais cette saison, le lieu le plus convoité de l’été se cache dans les Goudes où deux amis, Greg Gassa et Fabrice Denizot, ont eu l’idée de créer un hôtel dans un ancien club de plongée de l’iconique village marseillais. Son nom, Tuba Club, appelle au grand bleu. “Les Goudes, c’est un peu le bout du monde de Marseille, confie Greg Gassa à la tête de l’établissement. C’est un petit village d’irréductibles marseillais au bout de la route qui mène au Parc des Calanques et qui a une âme un peu particulière. Ce lieu qui fait face à la mer nous est apparu comme une évidence et nous avons voulu y créer le premier petit hôtel des Goudes._” Un décor naturel que l’architecte d’intérieur Marion Mailaender a su sublimer avec talent. Ainsi, du _Tuba des Goudes jusqu’au bas de la Corniche, où se situe l’emblématique Bistrot de la plage et ses transats oranges, les hotspots marseillais ont le vent en poupe.

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2013, le tournant. Depuis l’obtention du label de “Capitale Culturelle Européenne”, Marseille est en plein renouveau. “Il y a eut un avant et un après 2013. La ville est en pleine ouverture, explique l’architecte et céramiste marseillais Frédéric Bourdiec dont les oeuvres se vendent jusqu’à New York et Los Angeles. Elle s’est désenclavée peu à peu et s’ouvre aujourd’hui pleinement à de nouveaux horizons.” Le front de mer notamment a totalement été réhabilité, des Docks du quartier de la Joliette jusqu’aux quais d’Arenc, de nouvelles infrastructures consacrent le littoral, comme la tour de Jean Nouvel, La Marseillaise. Plus loin, le vieux Port a également bénéficié d’un véritable coup de neuf, centre névralgique d’une ville patrimoniale dont l’histoire remonte en 600 avant Jésus-Christ lorsqu’elle fut fondée par les Grecs. Au front de mer de la vieille ville, arrimé au fort Saint Jean et juste à côté de l’hypnotique design de la Maison Méditerranée, se dresse le Mucem. Réalisé en 2013 par Rudy Ricciotti, ce bloc de dentelle moucharabieh est le symbole du renouveau de la cité. “_C'est le génie de Rudy Ricciotti qui, plus qu'un architecte, est aussi un grand essayiste. Comme Frédéric Mistral, il a su valoriser notre indépendance à penser ainsi que notre culture_”, constate Isabelle Crampes, fondatrice de la plateforme DeToujours.com et commissaire générale de l’exposition “Vêtements modèles” qui se tient au Mucem jusqu’en décembre 2020. 

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Car Marseille est une terre d’art et de mode. “Artorama est devenu un rendez-vous international de l'art contemporain, les grandes galeries se déplacent, ce qui paraissait fou il y a quelques années, poursuit Isabelle Crampes. Tout comme Jean Pierre Blanc à Hyères avec le Festival de la Mode, des gens ambitieux et visionnaires ont choisi Marseille à un moment où ils passaient encore pour de doux rêveurs.” La cité est en effet le bastion du mouvement Anti-Fashion de Li Edelkoort et de toute une génération de créateurs engagés à l’instar de Sakina M’sa et de marques comme Kaporal qui redonne vie aux vêtements usés dans ses ateliers d’insertion marseillais. Véritable vivier de talents, Marseille souhaite aussi ouvrir la voie à une mode périphérique, alternative et circulaire. C’est aussi la Provence de Jacquemus dont les collections s’inspirent du Sud et de ses palettes de blanc, de jaune, d’orange, de fushia et de vert. C’est à Marseille également que Christelle Koché organise son défilé Croisière lors de la troisième édition du festival OpenMyMed en 2018, à Marseille encore que sont nés les marques American Vintage ou Sessùn ainsi que les concepts-stores à succès Jogging et Maison Mère.

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Le duo fondateur de Maison Mère, Driss Dendoune et Cyril Cohen-Solal, a pu observer cette nouvelle effervescence autour de la capitale du Sud. “Depuis quelques temps, on assiste à l’arrivée ou au come-back de toute une génération qui vient redécouvrir Marseille, séduite notamment par sa culture street et sa scène créative”, explique Cyril. Dans cette boutique vintage et streetwear, Cyril et Driss constatent avec plaisir l'engouement que suscite la ville, notamment auprès des parisiens. “Il y a une vraie énergie ici, les créateurs sont tournés vers l’upcycling, le recyclage, le durable. La mode marseillaise est plus street, plus colorée. Elle se détache vraiment aujourd’hui et correspond totalement à l’air du temps, soutient Driss. “Il y a une empreinte authentique de la ville qui s’explique notamment par son histoire_”, confirme Cyril. Depuis 2013, la gentrification marseillaise a permis la réhabilitation de lieux tels que La Friche la Belle de Mai ou du MAMO de Ora Ito sur le toit de la Cité Radieuse, en créant de nouveaux centres d’impulsions artistiques et culturels. Si cette culture était déjà prégnante avant 2013, elle était auparavant disparate et se perdait entre les différents “villages” de la commune, deux fois plus étendue que Paris. “_Aujourd’hui, _Paris est présent à Marseille, Marseille est présent à Paris. Cela nous convient comme histoire_”, s’amuse Cyril. Si l’OM et le PSG sont toujours rivaux, parisiens et marseillais semblent bel et bien sur la voie de la réconciliation.

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Le Sud, en plein soleil. “Dans les années 90, IAM a fait beaucoup pour décentrer Marseille par rapport à Paris en donnant une image crue mais intello de ce que nous étions, poursuit Isabelle Crampes, également fondatrice du festival Marsatac. _“French 79, Husband, La Famille Maraboutage, le label Virgo, ou celui de la Dame Noir, la scène musicale marseillaise existe avec des lieux implantés de longue date et de nouvelles propositions aussi. Des artistes respectés dans le hip hop, la scène électronique, l’ex french touch, le classique et aussi le jazz._” Une scène culturelle en plein boom comme en atteste également le succès du Baou, haut lieu de la nuit situé aujourd’hui dans les quartiers Nord. Une scène en plein air sous le signe cette saison d’un “Été d’amour”. 

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“N_ous sommes devenus à la mode, notre art de vivre aussi,_ explique Isabelle Crampes, une simplicité qui va à l'essentiel, une humilité un peu forcée.” De la Friche de L’Escalette initiée par le galeriste Éric Touchaleaume jusqu’aux nouvelles institutions du quartier du Panier, Marseille reste une ville de contraste dont la culture populaire a su rester authentique. “La ville est en perpétuelle évolution, il reste énormément de choses à faire”, conclut Frédéric Bourdiec. Selon l’INSEE, la deuxième ville de France a gagné près de 65 000 habitants en vingt ans et sa croissance ne semble pas prête de s’arrêter. “_Ne sous estimez jamais cette ville et ses habitants parce qu'ils aiment faire les pitres. Marseille est une incroyable tête de pont de la Méditerranée et aujourd'hui c'est le monde entier qui la découvre à peine_”, conclut Isabelle Crampes, dans un sourire. Marseille, le début d’un règne ?

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