André Leon Talley en sept looks iconiques

Qu’il soit chic aux côtés de Karl, ou faisant son entrée au Met Gala, voici quelqu’uns des moments les plus mémorables du croisé, toujours capé, ou kaftan-é de la mode.

par James Anderson
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07 Septembre 2020, 10:00am

André Leon Talley est à proprement parler une légende de la mode hardcore comme on en fait plus, qui traverse l’industrie depuis les années 1970. Pendant son enfance à Durham, en Caroline du Nord, il dévorait le magazine Vogue depuis sa tendre enfance, parcourant les pages de papier glacé à la bibliothèque du coin qu’il devait rejoindre en marchant. Sa passion pour le style et le glamour l’a rendu la cible des gamins du quartier, mais sa grand-mère qui l’élevait depuis le divorce de ses parents l’a toujours encouragé. Après avoir étudié la littérature française à l’Université de Caroline du Nord pour sa licence puis à Brown University à Rhode Island pour son master, il déménage à New York et négocie un stage avec l’ancienne rédactrice en chef de Vogue, Diana Vreeland. André l’a assisté dans la curation et la mise en place des expositions à succès sur la mode, celles du Costume Institute du Metropolitan Museum of Art.

Tout au long des années 1970, la carrière de Talley s’est envolée alors qu’il enchaine des postes à responsabilité comme journaliste puis rédacteur dans des publications telles Interview, WWD, The New York Times et Vogue. Il a été le premier Afro-Américain a rejoindre la maison en 1983 lorsqu’Anna Wintour l’a engagé. Pendant les décennies suivantes, il est devenu un habitué des premiers rangs des défilés, une icône de style authentique, et un confident de designers comme Miuccia Prada, Tom Ford ou encore Karl Lagerfeld, tout en étant un puit de connaissances sur l’histoire de la mode, de l’art, de la littérature et du cinéma.

Que ce soit à travers ses apparitions dans des séries télé, en se disputant publiquement avec Anna Wintour ou en étant le sujet du documentaire particulièrement intime The Gospel According to André en 2018, il a rarement été loin des projecteurs récemment. Son dernier projet en date, The Chiffon Trenches, est une autobiographie où il raconte tout en glamour, name-dropping, et critique, ses hauts et ses bas dans les tranchés de la mode depuis les cinq dernières décennies. Pour rendre hommage à ce joyaux littéraire tout juste sorti, on a fouillé dans les archives personnelles d’André pour en sortir certains de ces meilleurs statements mode.

1975

André et Karl Lagerfeld ont été très bons amis pendant quarante ans, suite à une rencontre pour un afternoon tea en 1975 au Plaza Hotel de New York. « Karl était mon mentor en tout : l’histoire française, l’histoire de la mode, l’art » se souvient André dans un texte pour Vogue en 2019. « Dès les premiers instants, nous étions l’un pour l’autre le frère que nous avions toujours rêvé d’avoir ». Des années plus tard, Karl partait en vacances partout dans le monde avec André et lui demandait souvent des conseils pour ces dernières collections. Il lui a même donné 50,000$ pour ces cinquante ans ! Cette photographie montre André portant l’une des nombreuses chemises d’excellente qualité que Karl avait l’habitude de lui donner, accessoirisée de boutons de manchette et portée avec une paire de pantalon chic, à la taille haute très seventies. Et plutôt que de porter ce masque qui fait peur, André l’utilise simplement pour cacher sa bouche, probablement pour pouvoir chuchoter des gossips mode à l’oreille de Karl !

andre leon talley and marina schiano
Photo par PL Gould/IMAGES/Getty Images

1980

Si André a exprimé son penchant pour les chaussures les plus relax de tous les temps (« I live in UGGS, I love UGGS » comme il l’a dramatiquement dit à Grandlife magazine), il ne montre jamais une approche décontractée de son style en public. Ici, alors qu’il traine avec son amie rédactrice de mode Marina Schiano, son look entre veste à carreaux bleu clair, cravate à pois, et short fitted avec chaussettes jaune citron montantes et chaussons vénitiens pourrait sortir tout droit d’un look de défilé, même si cette photo a été prise il y a quarante ans. André la tendance a encore frappé…

1982

Bon, on sait à quel point il réussi à la perfection les looks flamboyants mais dans ce cliché new-yorkais début quatre-vingt, André nous prouve qu’il peut être tout aussi classe en portant une veste croisée à fines rayures, chemise, cravate et un petit mouchoir qui sort de sa poche de veste. Une pochette à motifs (surement emplie d’invitations de défilés ou de soirées) et une paire de lunettes de soleil immense ajoutent une touche mode à ce look classique. La photo a été prise par Andy Warhol, qui était l’un des premiers à repérer le talent d’André en l’engageant dans son propre magazine Interview au début des années 1970. André considère Warhol comme un mentor important et les deux amis sont devenus proches, sortant régulièrement au Studio 54 à la fin des années 1970, époque du disco : « Il ne jugeait personne, on pouvait tout dire ou tout faire » André précisait en parlant de Warhol dans The Guardian il y a quelques années. « Les drag queens étaient tout aussi importantes que la princesse Caroline de Monaco. Grace Jones était l’égale de Caroline Kennedy. C’était merveilleux d’être autour de lui ».

1999

Puisqu’il transforme la moindre de ses apparitions en public en défilé de mode, il était tout naturel qu’André soit la star d’un réel défilé à un moment ou un autre. Il a été invité à défiler par Yohji Yamamoto pour la collection Printemps Été 1999 du designer. La collection était inspirée par le mariage, et présentait plusieurs tenues conceptuelles et subversives sur ce thème. « Il doit y avoir de nombreuses histoires derrière une robe de mariée » comme le disait mystérieusement Yohji à l’époque. André est resté calme au bras d’une mannequin alors qu’il défilait solennellement en portant un chapeau digne d’un jeune époux, une longue écharpe et une veste à traine, sur le son de la ballade sexy des sixties « Je t’aime… moi non plus » de Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Son passage était un grand succès. Bien sur, cela n’a pas transformé André en « America’s next top model », mais dix ans plus tard, il est bel et bien devenu juge dans une série de télé-réalité qui s’appelait America’s Next Top Model.

andre leon talley at the met gala 2011
Photo par Larry Busacca/Getty Images

2011

André est un habitué du Met Gala tous les ans depuis 1974, parfois accompagné de grandes dames comme Naomi Campbell ou Whoopi Goldberg pour se rendre à ce bal scintillant. Pendant une bonne partie de cette dernière décennie, il interviewait pour Vogue les célébrités au sujet de leurs tenues alors qu’elles arpentaient le tapis rouge. Et on le comprend bien, quand cette tâche prestigieuse lui a été retirée pour être offerte à la Youtubeuse en devenir Liza Koshy en 2018, l’hôte boudé était outré : « Que peut offrir cette talentueuse Youtubeuse ? Elle ne sait surement pas ce qu’est une martingale sur un manteau Balenciaga à une seule couture » raconte-t-il dans The Chiffon Trenches. Une chose est sure : André a porté certains des looks les plus osés que ce festival de mode annuel n’ait vu. Sa super grande cape bleue par exemple était tellement gigantesque que la plupart des invités du Met Gala qui cherchait à attirer l’attention étaient littéralement laissés dans l’ombre.

2016

Les doudounes oversized sont devenues à la mode il y a quelques années, lorsque presque tous les designers se sont soudainement mis à sortir ces versions gonflées du classique d’hiver. Bien sur, André ne pouvait se contenter d’une grosse doudoune quelconque, il se devait de choisir une option bien plus dramatique, et évidemment iconique. Sur cette photo, il porte à merveille une doudoune géante, toute rouge, toute neuve, surnommée « Sleeping Bag Coat » ou « Blanket Coat » de la designer, et amie, Norma Kamali, qu’il aime à décrire comme « une génie américaine de la mode ». Kamali a donné à André ce cadeau incroyable en 2016, alors qu’elle a commencé à produire ces manteaux drama dès 1973. Ils sont restés un objet de culte pour les fétichistes de la mode depuis.

2018

André est connu pour son amour des capes incroyables et des kaftans. Au fil des années, beaucoup de designers lui en ont confectionné comme Valentino, Ralph Rucci, Karl Lagerfeld ou Tom Ford. Mais ce kaftan, brodé main, doré et rouge, atteint un autre niveau. Il a été fait sur mesure pour lui en 2018 par le designer Daniel Day, plus connu sous le nom de Dapper Dan. À l’époque, Daniel était menacé de procès par plusieurs maisons de luxe en raison de son plagiat de leurs logos ou leurs motifs classiques dans ses designs. Puis en 2018, Daniel et Allessandro Michele, le directeur créatif de Gucci, on ouvert ensemble un atelier collaboratif à Harlem. Gucci fournit les tissus et Daniel conçoit des pièces sur mesure pour une clientèle d’exception comme Beyoncé, Jay-Z, Salma Hayek, et vous l’aurez deviné, le seul, l’unique, Monsieur André Leon Talley.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

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