Courtesy of i-D

Comment le coronavirus a élargi notre univers musical

L’épidémie de coronavirus a privé les musiciens de leurs principaux lieux d’expression. C’était sans compter sur tous ces artistes qui ont dévoilé leurs univers musicaux. Tour d’horizon de ceux et celles qui nous ont ouvert grand les oreilles.

par Patrick Thévenin
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27 Mai 2020, 9:24am

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S’engager avec Léonie Pernet

Batteuse de formation, la jeune Léonie Pernet s’est taillée une jolie réputation avec son premier album « Crave » qui emporte l’électronique vers la pop la plus sensible. Habituée des mixes thématiques - on se souvient de ses déments montages sonores contre le Mariage pour Tous ou pro Nuit Debout – Léonie vient d’ajouter un set consacré au Covid19 où se mélangent les nappes de Boards Of Canada aux rythmiques techno de Kompromat, le jazz de Meredith Monk à la pop élégante de Lucie Antunès. On y croise également, face à la sidération collective, des discours de Macron, des théories survivalistes angoissantes, une infirmière qui témoigne et même ce phare dans la nuit qu’est pour toujours Marguerite Duras.

Se la jouer bucolique avec Bambounou

Pendant le confinement, le besoin de nature s’est plus que jamais fait sentir, comme le charme du field recording : le vent qui souffle, les feuilles d’arbres qui se frôlent, la pluie qui tombe, les oiseaux qui pépient à cœur joie. Ce n’est sans doute pas un hasard si Bambounou - un des plus brillants DJ’s et producteurs issu de la scène électronique françaises ces dernières années - a mis de côté la techno déviante qui l’a rendu célèbre, pour se fendre d’un long mix à base de chants d’oiseaux enregistrés lors de son passage au jardin botanique de Melbourne en 2018.

Réviser ses classiques avec MNNQNS

Originaires de Rouen et à peine sortis de l’adolescence, les MNNQNS (pour mannequins) sont le groupe de punk-rock le plus brillant et excitant issu de la scène française actuelle. La preuve : leur premier album, « Body Positive », a été signé en 2019 par FatCat, le très hype label anglais qui concentre tout le meilleur de la nouvelle scène à guitares électriques. Histoire d’apporter une touche d’humour et d’irrespect, les quatre membres de MNNQNS ont décidé de publier une reprise par semaine. Mais des covers très mainstream comme le « Kiss From A Rose » de Seal ou le « Forever Young » d’Alphaville revisitées à la sauce rock qui ne fait pas de quartier. On notera cette irrésistible version du « Material Girl » de Madonna comme sortie tout droit des enceintes du CBGB, le repaire des punks new-yorkais des années 80’s.

Plonger dans la musique orientale avec Acid Arab

Depuis une poignée d’années, le quatuor français a su marier avec intelligence les musiques arabes traditionnelles et le dernier cri de l’électronique. L’arrêt total de leur tournée live où ils devaient livrer tout autour du monde la version live et remuante de « Idid », leur second album, les a encouragé à nous concocter « Acid Arab Di Far », une playlist de 40 morceaux de musique orientale des plus apaisants aux plus remuants, des plus lacrymales aux plus expérimentaux. De quoi réviser sa pratique de la danse du ventre en bonne et due forme pour cet été.

Rechercher la nouvelle star

Associé avec la plateforme de streaming Soundcloud, la méga-star et producteur de génie Pharell Williams lance le projet I am OTHER dont l’objectif est de découvrir les talents musicaux de demain. Pour participer rien de plus simple, il suffit d’uploader avec le hastag #SCxiamOTHER vos morceaux sur Souncloud en espérant que le Dieu du rythme retiendra votre projet parmi les dix qui composeront la future compilation « Soundcloud Presents : I am OTHER, Volume 1 ». Pour avoir déjà écouté une bonne cinquantaine de démos autant vous prévenir que la barre est placée très haute !

Alléger ses problèmes sur du lofi hip-hop

Succès hors-norme issu de l’épidémie, la chaine Youtube « Lofi hip-hop radio – beats to relax/study to » dont le fond d’écran illustre façon manga une jeune asiatique casque sur la tête devant son bureau et perdue dans ses rêves. Diffusant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, des boucles de hip-hop, de drill, de cloud rap - ralenties par le Purple Drank (mélange de codéine et de sirop antihistaminique) ou l’usage forcené de cannabis – en un grand mix qui tient autant de la béatitude moderne que de la lenteur symphonique, du lo-fi que de la relaxation, cette radio hors-norme, anonyme et fascinante est devenu le support psychologique de millions d’adolescents, seuls dans leur chambre, élaborant des théories farfelues, qui apaisent leur solitude et leurs angoisses au travers de gigantesques forums de discussion.

Découvrir le waacking avec la Funky French League

Collectif de Dj’s français passés maîtres dans l’art de remettre au goût du jour de vieilles pépites soul et disco (checkez leur relecture époustouflante de « Musique Saoule » de Françoise Hardy ou du « Spacer » de Sheila produit par CHIC), La Funky French League a élaboré ce mix parfait pour se familiariser avec le waacking. Une danse née dans les clubs afro et LGBTQI de Los Angeles dans les 70’s, mélange de mouvement issus des arts martiaux, de danse classique, de gymnastique acrobatique, et de danse urbaine contemporaine, comme une sorte de rival west-coast du voguing New Yorkais. Un mix de tubes, gorgés de soleil et d’énergie, parfait pour les séances de fitness à la maison.

Se la jouer italien avec Johnny Jewels

A la tête du label Italians Do It Better, le prodige Johnny Jewel (compositeur de la bande originale de « Drive ») a fait de l’italo-disco, de la new-wave langoureuse et de la space music ses meilleurs alliés. Connu pour ses différents alias (Glass Candy, Farah, Chromatics), l’hédoniste Johnny - qui vient de remixer merveilleusement le dernier « Blinding Lights » de The Weeknd - nous offre un cadeau hors de prix : un best of du label et ses différents projets, bourrés d’inédits et de raretés, entre B.O imaginaires, tubes gravés dans le marbre, reprises de New Order et remixes de haut vol. Une bande son conçue comme un retour vers le futur.

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