Courtesy of Mathieu Rainaud 

« Tout profil mérite représentation, quelle que soit son origine » : les jeunes talents qui secouent la culture française

i-D France a photographié les jeunes profils qui bossent dur pour faire bouger les lignes de la musique et de la mode.

par Claire Beghin
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30 Novembre 2021, 2:46pm

Courtesy of Mathieu Rainaud 

Rappeurs, chanteuse, mannequins, parfois un peu des deux, ces cinq talents ont tous pour point commun d’être dans le radar culturel, à une époque où on aime dire qu'un téléphone ou un ordinateur suffisent à devenir quelqu’un. Et ils ont tous compris à quel point c’était faux. Ce qu’ils ont en commun, c’est justement le fait de n’avoir rien pris pour acquis. De s’être laissé le temps de l’instinct et de la réflexion. De cultiver une singularité chacun dans leur domaine, de travailler pour la dompter, pour la parfaire et la faire reconnaitre. Pari gagné, sur la culture comme sur l’époque. Rencontre. 

Guy2bezbar

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Total look Tommy Hilfiger x Timberland. Lunettes et bijoux personnels.

« Allo, c’est Coco Jojo ! » Gimmick en place, sourire au lèvres à l’autre bout du fil, Guy2bezbar fait le point, une semaine après la sortie de son premier album studio. Il l’a baptisé Coco Jojo, son surnom, devenu l’un des cris de ralliement de ce rap mi-crié, mi-chuchoté qui fait sa particularité. « L’album touche différents publics, des jeunes, des mamans, des filles… ça fait super plaisir. » Il regarde sa fanbase s’agrandir avec reconnaissance, s’étalant désormais bien au delà de son Barbès natal. Il faut dire qu’il enchaine les gros coups depuis quelques mois : bande-son de la série Validé, Classico Organisé, un Colors Show a plus d’un million de vues… Après son arrivée dans le rap en 2015, le rappeur tâtonne : le foot d’un côté, la musique de l’autre, une concurrence qui intimide. « Y a eu des burn out, des baisses de moral, beaucoup d’interrogations. Le confinement m’a aidé. Je me suis rapproché de ma famille, de mes priorités, j’ai compris qu’il fallait que je fasse ce que j’aime, et pas juste ce pour quoi le public m’attendait. » Il revient en force en 2020 avec sa série de singles La Calle et un style désormais bien identifiable. Grandi, plus réfléchi et plus convaincu que jamais, que quand on créé avec sincérité, le public est au rendez-vous. « Aujourd’hui mes sons tournent en boite, donnent le sourire aux gens. On va continuer de tailler ce diamant en prenant le temps. J’ai réalisé que si le son est bon, les gens seront toujours là. Ca tue ! »

Mariam de Vinzelle

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Jean, brassière et caleçon, Tommy Hilfiger. Chemise, Tommy Hilfiger x Timberland. Chaîne, In Gold We Trust.

Chloé, Hermès, Chanel… à la dernière Fashion Week de Paris, Mariam de Vinzelle, 23 ans, était sur tous les podiums. Loin d’en être à ses premiers pas dans la mode, elle travaillait déjà en exclusivité pour Louis Vuitton depuis ses 18 ans. En 2019, elle était dans le classement Vanity Fair des Français.e.s les plus influent.e.s au monde. Un honneur certes, mais qu’elle prend avec recul. « Dans la liste il y avait aussi Macron et Aya Nakamura ! » Si elle doit influencer qui que ce soit, elle veut que ce soit dans le bon sens. « Le seul message que j’ai envie de passer, c’est justement qu’on s’en fiche. Il faut faire attention aux images qui s’impriment dans l’inconscient des jeunes qui passent des heures sur les réseaux. J’ai envie de montrer qu’il y a la Mariam mannequin, et la Mariam de la vraie vie. » Celle la a profité de son exclusivité Vuitton pour apprendre les rouages de la création. Elle lui a surtout permis de poursuivre ses études en parallèle, à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, et d’envisager la mode au-delà des podiums. « La mode et la science sont deux langages qui ne se comprennent à priori pas. Mais ils ont en réalité beaucoup de liens, j’aimerais travailler dessus à l’avenir. Étudier le processus créatif d’un designer pour créer de nouveaux matériaux plus écologiques. L’ingénierie a besoin de cette créativité. » Et la mode de ce genre de talents, sur les podiums comme en coulisses. 

Sopico

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Total look, Tommy Hilfiger x Timberland. Bonnet, Tommy Hilfiger. Bagues personnelles

On a encore souvent du mal à concéder au rap français ses grands écarts culturels. Entre en scène Sopico, guitare électrique en main, formation guitares-basse-batterie sur scène, qui comme influences cite aussi bien le Wu Tang que Jimmy Page, le jazz, les rappeurs du XVIIIème et Nirvana. Ceux qui trouvent encore ça étonnant n’ont peut-être pas tout à fait compris la façon dont les artistes de son âge ont construit leur culture musicale : entre les disques des parents, le hip-hop, l’électro et des décennies de musique disponibles sur Internet. Sopico a digéré tout ça et en a fait une identité musicale fascinante, entre mélodies acoustiques, arrangements oniriques et flow enlevé. Dès 2016, ses projets Mojo et 2075 en font l’un des OVNI du rap français. « J’ai bossé en indé pendant 3-4 ans, mais le temps que je monte le cadre autour de ma musique, je n’en vivais pas, j’avais pas l’ambition d’emmener le truc plus loin. » Plutôt que de multiplier les projets, il prend son temps, voyage, rencontre. Il revient aujourd’hui avec Nuages, longuement muri en studio avec son pote Yodelice. Un album intimiste, guitare voix, qui raconte non pas des histoires, mais les émotions qui les traversent. « L’essentiel n’est pas le sujet, mais le grand thème autour. La fuite du temps, l’amour, l’amitié, tout ce qui fait qu’on se construit. » et que la musique peut taper droit au coeur. Il a su « casser le plafond de verre indé » sans pour autant perdre en liberté : il a désormais son label, une licence avec Polydor, et revient plus carré que jamais, offrir un temps de calme et de poésie. « On fait partie d’un truc énorme, l’expression créative explose. Je me sens bien dans tout ça. J’ai pu tout faire à ma façon et avoir ma place dans ce grand tout. »

Ashley Radjarame

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Débardeur, Petit Bateau, Pantalon, Tommy Hilfiger x Timberland. Collier, In Gold We Trust.

Ashley Radjarame avait 19 ans quand sa future agente l’a repéré à Londres, où elle étudiait le commerce international. Depuis, la jeune Française est partout. De Prada à Fendi en passant par Proenza Schouler, Louis Vuitton, Mango, Ludovic de Saint Sernin et la créatrice indo-britannique Suprya Lele, son visage couvre tout le spectre de la mode. Comme elle l’expliquait récemment à Vogue India, ses premiers essais dans le mannequinat n’avaient pourtant pas été fructueux.  Encore fallait-il que l’industrie ouvre les yeux sur la diversité des visages et des corps. « Voir mon apparence et mon profil appréciés alors que ça n'avait jamais été le cas, ça m’a fait voir les choses autrement. » dit-elle. Alors que la mode s’ouvre enfin à des représentations plus vastes, Ashley Radjarame porte haut et fort sa culture franco-indienne. Au delà d’un rêve de jeune fille, avoir cette visibilité dans l’espace publique est pour elle une cause en soi. « Tout profil mérite représentation, quelle que soit son origine. » dit-elle. Quand on lui demande comment elle navigue entre les défilés, les castings et les campagnes, elle rappelle que la mode a aussi son échelle humaine, et est avant tout une question de travail. « Revoir les mêmes visages sur différents projets aide à trouver un peu ses repères. Ce milieu peut être si grand et si petit à la fois. Trouver sa place vient petit à petit, et en travaillant activement » 

Jade Rabarivelo

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Débardeur, Petit Bateau. Pantalon et boots, Tommy Hilfiger x Timberland. Bijoux personnels

Mannequin, musicienne, étudiante en mécanique automobile, Jade Rabarivelo est un peu sur tous les fronts, mais certainement pas à moitié. Repérée dans la rue à ses 13 ans, elle démarre sa carrière avec des éditos signés Mert and Marcus ou Paolo Roversi. Mais les projets qui l’intéressent sont ceux qui lui permettent de mettre en scène son alter-égo musical, Suki. Elle a commencé la musique en même temps que le mannequinat, à l’aide de sa guitare et de prods bidouillées sur Garage Band. Une collaboration avec Jeremy Chatelain et quelques morceaux solo plus tard, elle prépare la sortie de son premier projet, prévu début 2022. Elle navigue entre les influences de son père, qui l’a bercée à Jimi Hendrix et à Stevie Wonder, et sa propre culture musicale, entre Kanye West, Charlie XCX, Frank Ocean et Metallica. « Le mannequinat m’est tombé dessus, je vais kiffer le temps que ça dure. Mais la musique, c’est le plus important. » Alors elle pioche dans un domaine ce dont elle a besoin pour faire fonctionner l’autre. Elle prépare la sortie de son premier clip signé Lee Wei Swee, rencontré sur un shooting. Et si elle s’est déjà prouvé que rien n’est impossible, elle a surtout compris qu’il faut bosser pour y arriver. « On se dit qu’avec les réseaux, tout le monde peut tout faire. Mais on ne peut pas se contenter de se montrer pour atteindre le succès que les générations d’avant se sont tuées pour obtenir. Un jour je reste chez moi et je travaille mes cours, le lendemain je shoote toute la journée et je suis en studio le soir… C’est fatiguant, mais j’ai de la chance. Alors je cultive l’énergie. »

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« Tout profil mérite représentation, quelle que soit son origine » : les jeunes talents qui secouent la culture française.

Avec le soutien de Tommy Hilfiger.

Crédits

Photographe & Vidéo Mathieu Rainaud

Styliste et directrice éditoriale Claire Thomson-Jonville

Cheveux Rimi Ura

Maquillage Isis Moenne

Talents Ashley Radjarame @IMG, Guy2Bezbar, Mariam de Vinzelle @Viva Paris, Sopico, Jade Rabarivelo @AllAboutGroup.

Assistants photographe Guillaume Lechat et Jeremy Barniaud

Assistant vidéo Mehdi Chabane

Assistante styliste Tiffany Pehaut et Livia Panciatici

Production Kitten

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