Courtesy of Elea Jeanne Schmitter

#NoBra ou combattre l’injonction au soutien-gorge

L’écrivaine engagée Gala Avanzi livre un ouvrage sur son abandon du sous-vêtement des plus normatifs, vers une acceptation du corps féminin unique et libéré.

par Alice Pfeiffer
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21 Octobre 2021, 2:16pm

Courtesy of Elea Jeanne Schmitter

En 2019, la voix de l’autrice et rédactrice féministe Gala Avanzi résonnait chez plus d’une : effectivement, sa vidéo sur le site de Konbini sur son choix de ne plus porter de soutien-gorge déclenchait plus de 7 millions de vues. Il y a un mois, elle publie l’ouvrage No Bra chez Flammarion où elle encourage un questionnement et une mouvance féministe vers le refus de l’objet mammaire hérité du corset. Push-up, rembourrages, baleines, elle y voit un héritage patriarcal débordant d’injonctions criantes et contradictoires. Hypersexualisation doublée de shaming, honte internalisée, culte de la jeunesse : ce livre-manifeste nous réconcilie avec un corps hors des normes enclavantes.

Quel cheminement personnel vous a mené à ce regard sur le soutien-gorge, et à la rédaction de cet ouvrage ?

Pendant des années, je ne me rendais tout simplement pas compte que le choix d’abandon du soutien-gorge était véritablement envisageable, tant c’est ancré dans une certaine idée de la norme au cœur de l’intime. J’enfilais ça tous les matins, machinalement, je ne questionnais pas le geste. J’ai lentement réalisé que non, le soutien-gorge n’est pas indispensable, et que oui, le sein peut très bien se maintenir seul. Alors j’ai commencé non  pas du jour au lendemain, mais graduellement, par enlever le rembourrage, puis les baleines, et finalement plus rien, depuis maintenant trois ans.

Quelles mythologies et peurs avez-vous eu à défaire ?

En partageant des informations sur le sujet sur les réseaux, j’ai réalisé que les femmes manquaient énormément d’information sur le sujet, mais que pendant le confinement, de plus en plus de personnes s’y y mettaient. Néanmoins, les mêmes croyances demeurent, notamment autour de la perte de maintien et de fermeté.

Vous évoquez l’hypersexualisation du soutien-gorge dans votre ouvrage – pourriez-vous en dire plus sur sa dimension normative ?

Le soutien-gorge dicte autant une forme de sexualisatoin que de décence, en parfaite contradiction : il faut avoir des gros seins, mais pas trop, sinon c’est vulgaire. Il faut les montrer, mais pas trop, sinon, idem, c’est vulgaire. Les seins doivent être d’une certaine forme, d’une certaine hauteur pour « mériter » d’être montrés, sinon ils sont honteusement cachés. Alors quand on arrête le soutien-gorge, on met du temps à s’habituer à leur forme réel, devant le miroir j’ai mis du temps à les accepter et les aimer comme ils sont. Cela met du temps d’accepter de sortir de certaines normes esthétiques. Ce qui ne veut pas dire que je condamne le soutien-gorge, libre à chacune de faire ce qu’elle veut – mais je revendique ce genre de choix par amour de soi et non camouflage ou honte à cacher, corriger.

Le téton apparent reste encore une zone de pudeur et de tabou non ?

Effectivement, le soutien-gorge camoufle et impose le camouflage du téton à tout prix. Aujourd’hui, Instagram continue de censurer le téton féminin et non masculin, on a encore une peur sociétale autour de ce téton qui pointe, forcément sexuel, et jamais égalitaire à celui de l’homme, et il faut lutter contre cela.

En vous détachant du soutien-gorge, en êtes-vous venue  à vous libérer de plus d’injonctions ?

Effectivement, une libération d’une norme peut en entrainer une autre, et aujourd’hui, je ne maquille pratiquement plus. Tout comme le soutien-gorge, je ne condamne pas le maquillage, mais je continue de voir le choix d’une modification d’apparence comme idéalement un plaisir et non une censure.

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