Dans le rétro d'i-D : MC Solaar se souvient des clips qui ont marqué sa jeunesse

Parce que l'on a tous été marqués par des clips, i-D a demandé aux artistes ceux qu'ils gardaient particulièrement en mémoire. Premier arrêt dans le passé aux côtés du roi Solaar, qui se remémore les vidéos qui ont forgé sa culture musicale.

par Maxime Delcourt
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07 Janvier 2022, 11:15am

Michael Jackson - « Thriller » (1982)

« La démocratisation des clips a été un nouvel espace de créativité, qui faisait sens avec l’arrivée des radios libres. À l’inverse de ce qui se passait dans les années 1970, où les vidéos d’ABBA et Boney M n’étaient pas vraiment des clips, on voyait désormais de la musique en images. Ça me rendait accro… D’ailleurs, toutes les chansons de cette époque sont rattachées à un clip dans mon esprit. Avec, en point d’orgue, “Thriller” de Michael Jackson. Une semaine avant sa sortie, une publicité annonçait qu’on pourrait le voir en exclusivité dans l’émission de Michel Drucker. C’était fou, tout le monde était devant sa télé et tout le monde en faisait le débrief le lendemain à l’école. On parlait des zombies, certains tentaient de reproduire les mouvements de danse, etc. C’était semblable à un mini-film, et c’était révolutionnaire. »

Herbie Hancock - « Rockit » (1983)

« Dans un sens, ce clip est également révolutionnaire, et ce pour plusieurs raisons. Parce qu’il illustre un titre 100% instrumental. Parce qu’il a mis pour la première fois la pratique du scratch en avant. Et parce que, malgré son étrangeté, avec toutes ces prothèses médicales en mouvement, il a popularisé une mélodie extrêmement dansante. D’où le fait que « Rockit » soit devenu un titre très important pour la culture hip-hop, notamment ceux qui faisaient du break ou du boogaloo. »

Isabelle Adjani - « Pull marine »

« En 1984, il y avait une chaîne musicale qui s’appelait TV6, et ce clip réalisé par Luc Besson y passait en boucle. Isabelle Adjani était au bord d’une piscine, elle interprétait un texte écrit par Serge Gainsbourg, et c’était fascinant de voir une femme chanter avec une voix super haute, sur une mélodie qui empruntait ses codes à la musique classique. Surtout que l’on sortait tout juste de la période new wave… À l’époque, le clip passait au moins une fois par jour à la télé, c’était le début des chaînes musicales, et je pense que ça a marqué ma génération. »

Les Rita Mitsouko - « Marcia Baïla » (1984)

« On reste en 1984. Je suis au collège, j’habite toujours à Villeneuve-Saint-Georges, et une fille de mon école, Géraldine, s’habille exactement comme Catherine Ringer, qui est pourtant habillée par Jean-Paul Gaultier dans ce clip. Ce que j’aime avec la vidéo de “Marcia Baïla”, c’est qu’elle est pleine de joie alors que l’histoire racontée est très sombre, avec cette fameuse Marcia qui a quelque chose qui la ronge. D’ailleurs, je tiens à dire qu’il n’y a pas que le clip qui soit révolutionnaire. Ce morceau l’est tout autant : sa structure, ses paroles, les mouvements de danse qu’il provoque, tout est fou ! »

Public Enemy, Ice Cube & Big Daddy Kane - « Burn Hollywood Burn » (1990)

« Ce clip est superbe. À l’époque, je ne comprenais pas très bien l’anglais, mais le fait que Chuck D, Ice Cube et Big Daddy Kane articulent très clairement m’a aidé à comprendre la puissance de ce titre. Et puis il y a ce clip, superbe, avec ces scènes à l’intérieur d’un cinéma, ces extraits de films en noir et blanc, cette critique du blackface et ce cocktail molotov dans la main d’Ice Cube. Tout était si fort que j’ai moi-même fait une référence à ce morceau dans “Nouveau western”, où je dis “Hollywood nous berne, Hollywood berne. »

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