Courtesy of Jochem Van Grunsven

4 moments forts de la Fashion Week Homme

De la collaboration entre Dior et Peter Doig à l'exubérance cinématographique de Casablanca, i-D décortique quatre temps forts de la fashion week masculine qui parlent d’intimité, d’individualité, de culture et de ce qu’on a envie de voir la mode devenir.

par Claire Beghin
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26 Janvier 2021, 5:43pm

Courtesy of Jochem Van Grunsven

Dior

Personne ne maitrise l’art de la collaboration comme Kim Jones, qui chaque saison fait appel à un nouvel artiste pour interpréter à ses côtés l’héritage de Dior, profondément ancré dans les arts. Cette fois-ci il a travaillé avec le peintre écossais Peter Doig, célèbre pour ses paysages oniriques inspirés de ses voyages et du quotidien de la société moderne. Plus que de simples motifs, ce sont les personnages hauts en couleur de ses tableaux qui ont pris vie sur le podium, dans un espace imaginé par l’artiste lui-même. Transposées sur le vêtement, ses aquarelles se fondent dans des mailles en mohair, ses motifs de nature se tissent en camouflage pastel et ses ciels étoilés habillent manteaux et chapeaux signés Stephen Jones, modiste légendaire et ancien camarade de classe de l’artiste. « Je voulais mettre le paquet, principalement parce que j’ai un nouveau rôle que les gens vont peut-être observer d’avantage. » a expliqué Kim Jones, récemment nommé directeur créatif de Fendi, à i-D. Pari gagné, cette collection était peut-être sa plus forte en date.

Louis Vuitton

Virgil Abloh navigue-t-il dans la mode en touriste ou en puriste, deux concepts qui lui sont chers ? Un peu des deux, et c’est pour le mieux. Touriste, en ce qu’il évolue dans le paysage changeant de la mode pour mieux en livrer son interprétation, vue à travers sa propre histoire et ses propres références culturelles. Puriste, dans sa manière de décortiquer les théories, les formes et les concepts, qu’il s’agisse de reproduire la Tour Eiffel et les tours de Notre-Dame sur une veste architecturale, ou de répondre à ceux qui régulièrement l’accusent de s’approprier le travail des autres. Vaste sujet lorsqu’on le regarde à travers le prisme de la mode, qui a bien des comptes à rendre lorsqu’il s’agit de puiser dans les cultures minoritaires sans se soucier de rendre. La collection et la vidéo qui l’accompagnent sont inspirée de l’essai de James Baldwin de 1953 « Stranger in the village », dans lequel il détaille son expérience d’artiste noir dans une ville de suisse habitée par des blancs. « Je m'efforce de documenter et de préserver le canon noir, et d'éclairer mon public mondial » disait Virgil Abloh dans les notes de la collection, une succession de tailoring près du corps, de longs manteaux, de looks seventies et de kilts, mêlés aux drapés traditionnels ghanéens que son père portait dans son enfance. Un discours à la croisée des modes et des cultures, qui remet les points sur les i avec une grande classe.

Prada

Raf Simons et Miuccia Prada sont tous les deux particulièrement forts pour nous rappeler chaque saison qu’on a besoin de nouveaux manteaux. Des grosses pièces pastel fourrées aux bombers oversized en passant par des manteaux droits en velours côtelé oblique, et par des parka techniques doublées de motif art déco, toutes les pièces de leur deuxième collection co-signée sont hyper désirables, et nous rappellent que même en pleine pandémie, et alors qu’on se demande comment la mode sortira de ce tunnel de leggings et de hoodies qu’a été l’année 2020, on peut encore avoir très envie de s’habiller. C’est dans la symbolique que les deux créateurs sont les plus forts : celle d’une combinaison en jacquard façon long john, qui appelle la chaleur, le confort de l’intérieur et un rapport intime au vêtement, et qui, associée à des pièces d’outerwear spectaculaires, révèlent autant de nouvelles possibilités stylistiques qu’elles en disent long sur l’évolution de notre rapport au vêtement et à la matière. C’est beau, c’est intelligent, c’est drôle et ça nous rappelle qu’il y a encore des créateurs qui voient dans le vêtement une façon poétique - et désirable - d’intellectualiser notre rapport au monde.

Casablanca

Depuis quelques saisons, Charaf Tajer apporte aux fashion weeks masculines le rayon d’exubérance cinématographique qui leur manquait. Cinématographique dans cette esthétique hyper léchée qui rappelle les films de mafieux des années 50 et 60, à base de perles, de cigares, de cardigans et de soie imprimée, de décors de casinos ou de grands prix de Formule 1, de plantes tropicales et de cocktails. C’est un peu tout ça, Casablanca, une esthétique décontractée et résolument luxe, clinquante juste ce qu’il faut, exécutée avec beaucoup de sérieux et qui, l’air de rien, redessine tranquillement les contours d’une silhouette masculine qui se joue de sa propre virilité.  Il en fallait de peu pour qu’un public féminin en demande et c’est désormais chose faite, avec une première ligne femme faite de robes à motifs damiers ou de cartes à jouer, de manteaux imprimés de splendides décors d’intérieurs ou de mini jupes pastel décorées de silhouettes de coureurs automobiles. Une collection qui propulse encore un peu plus la marque sur le terrain d’un luxe cool, sensuel et solaire.

Mention spécial : Martine Rose

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Christopher

Alors que chacun (ou presque) rivalise d’ingéniosité pour apporter un peu d’inattendu à cette nouvelle fashion week digitale, Martine Rose fait partie de ceux qui ont su se démarquer du film de mode classique, et on l’en félicite. La créatrice londonienne a pris au pied de la lettre l’exercice du « chacun chez soi » pour mettre en scène sa collection printemps été 2021 déjà présentée à l’automne, qui revisite la notion d’hyper-masculinité à travers un vestiaire homme et femme inspirée de la scène underground gay du San Francisco des années 70, de la culture du football et des raves. Elle s’est associée au studio de design International Magic, qui a imaginé un pâté de maison virtuel où chacune des 24 portes s’ouvre sur un univers différent, filmé chez des particuliers du monde entier, de Londres à Kingston en passant par Nairobi, Los Angeles et Ramallah. Intitulé « What we do all day », le projet offre un miroir stylisé de nos vies confinées (et de celle de Drake, qui fait une apparition dans son studio) et de ce qu’il s’y passe, une percée dans l’univers intime des autres où chacun évolue, chez soi, dans les hybridations streetwear et les pièces en denim imprimé signatures de la créatrice. Plus ou moins calmes, plus ou moins sains d’esprits, les personnages pourraient être chacun d’entre nous, filmés en direct dans nos chambres et nos salons. Et plus que l’isolement, c’est l’unité qu’elles incarnent, à travers l’individualité de chacun. Un monde enfermé, mais un monde pluriel et en mouvement.

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