Qui est Sidiki Touré, l’ado parisien touche-à-tout ?

À 16 ans, Sidiki Touré est un jeune homme polyvalent : skate, photo, mode. Le Parisien, toujours entouré de ses potes, est tellement passionné et débrouillard qu’il vient même de créer son propre zine, aussi élégant que riche en propositions artistiques.

par Maxime Delcourt
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01 Juillet 2021, 2:17pm

L’histoire de Sidiki Touré aurait pu être celle de n’importe quel ado passionné de skate : un quotidien fait de tricks, d’os cassés et de longs après-midis passés à rider en compagnie d’une pauvre bière chaude. Il semble que le Parisien, 16 ans, se soit toutefois choisit une autre vie, animée par un esprit de débrouillardise et un sens du collectif.  Proche d'Arthur Kar, impliqué dans les projets de ce dernier (Kar et L'art de l'automobile), Sidiki crée aujourd’hui ses propres vidéos de skate, organise des contest rue Amelot, à deux pas de République, et donne vie à des projets aussi fous que ce zine, sans nom mais rempli à ras bord d'idées créatives, de lifestyle et de photos en argentique.

Sidiki, lui, en parle comme d’une expérience, une plongée sincère dans son univers que l’on devine être en perpétuelle évolution. Avec, pour devise, la seule notion de plaisir : « Tant que je peux faire tout ce que j‘aime, la vie me plaît. »

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Cette idée de zine, elle est née comment ?

 Très simplement. Le 1er janvier dernier, j’étais seul chez moi et je me suis dit que ce serait intéressant de mener à son terme un projet qui me tient à cœur. J’ai appelé un ami qui fait de la photo, @Wokuplucid, et l’ai convaincu de mettre tout notre argent dans un zine afin d’illustrer notre univers. Un peu à la manière de ce que peut faire Gunner Stahl aux États-Unis avec des photos en argentique, toujours très marquantes.

Un zine nécessite du budget, de l’organisation et des contacts. Concrètement, à quelles difficultés s’expose-t-on quand on veut se lancer dans un tel projet ?

 Je dirais qu’il y en a deux. Tout d’abord, mon âge. Je n’ai que 16 ans, je bosse essentiellement avec des mecs de 25-35 ans, donc je dois montrer que je mérite d’être pris au sérieux, que je suis crédible et motivé. Il y a aussi la gestion du planning : je suis en cours de 8h à 17h30, et ce n’est pas toujours évident de tout gérer en même temps. Pour la création du zine, par exemple, il m’est arrivé de passer des appels pendant la recréation ou de demander à mes profs de bien vouloir me laisser partir pour aller faire un shoot. Bon, je demandais la permission, mais j’aurais de toute façon sécher si besoin.

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On pourrait être étonné de voir quelqu’un de ton âge se lancer dans la création d’un tel objet…

 C’est vrai que ma démarche suscite beaucoup d’interrogation : on me demande souvent ce que je fais, pourquoi je traine avec toutes ces célébrités, pourquoi je fais tant de photos, etc. C’est vrai aussi que j’aurais pu créer un blog où j’explique ce qui me passionne dans les voitures ou le skate, mais je voulais vraiment créer un bel objet, quelque chose qui me permette de me connecter avec les gens qui tournent les pages. Là, c’est l’occasion d’entrer pleinement dans mon univers. C’est d’ailleurs pour ça que le zine n’a pas de titre : la cover et la quatrième de couverture sont simplement illustrées par mon visage. C’est une façon de dire que le zine est un peu comme mon journal intime. D’ailleurs, j’ai tenu à ce que tout soit écrit à la main. Je ne voulais pas utiliser de police, j’ai préféré scanner des pages de mon agenda, demander à des daronnes de rédiger des textes, solliciter un artiste qui fait de la peinture, un pote qui fait des drifts ou encore une pote qui fait du son.

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`J’ai l’impression que tous ces projets découlent de ta passion pour le skate. Je me trompe ?

 Je fais du skate depuis cinq ans, et ça m’a permis de rencontrer un tas d’autres personnes. C’est une culture où il est tellement facile de rencontrer des gens : tu arrives sur un sport, tu dis bonjour à tout le monde, et ça crée des liens, sans jugement et avec la volonté de tout partager, y compris nos boards. C’est vraiment comme une seconde famille pour moi. D’ailleurs, j’ai toujours la même routine quand j’ai du temps libre : parcourir tout Paris avec mon skate, retrouver mes potes et être constamment en mouvement. Se déplacer, c’est pour moi une sensation de ouf.

Tu as des spots préférés à Paris ?

 Il y a en deux : le Palais de Tokyo et la rue Léon Cladel, dans un petit skate park situé entre deux grands bureaux. Habituellement, j’y suis deux à trois heures par jour. Le reste de mon temps, je le passe au garage de l’Art de l’automobile. C’est là que je puise mon inspiration, au milieu d’une flopée de voitures.

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En quoi les voitures sont importantes pour toi ?

Mon père en vendait, et j’ai tendance à les voir comme des œuvres d’art, pleines d’énergie. Elles m’ouvrent les yeux, elles me donnent de l’espoir, l’envie d’avancer. Avec, toujours, une petite préférence pour Porsche.

C’est une passion que t’as transmise Arthur Kar, également passionné par la marque allemande ?

Je l’ai rencontré grâce à l’Art de l’automobile, et c’est vrai qu’on se parle quasiment tous les jours. Il m’a pris sous son aile, m’a prêté des voitures et des sapes pour le zine, et, grâce à lui, je rencontre beaucoup de gens du milieu. On a fait beaucoup de shoots et de projets l’année dernière. La marque Kar est vraiment en train de décoller, on a de plus en plus de demandes de collaboration.

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C’est vrai que, depuis quelques mois, tu sembles particulièrement sollicité par différentes marques…

Actuellement, j’ai la chance de pouvoir gagner de l’argent grâce à des collaborations. J’ai pu être sur un Billboard à Los Angeles grâce à un partenariat avec Carhartt, j’ai collaboré avec Beats et là, un projet avec Porsche arrive d’ici septembre. L’idée, c’est d’avoir un capital suffisant pour monter un projet perso à l’avenir.

Tu ne te vois pas faire carrière dans le skate ?

Le skate, c’est vraiment une passion depuis que je suis tout petit. Ça me donne de l’énergie tout autant que ça me vide. Très vite, j’ai découvert les vidéos de Supreme ou de Palace, des contest de skate, et j’ai pété un câble. Mais j’ai simplement d’autres envies sur le plan professionnel. Je suis actuellement en Bac Pro Merchandising Visuel, où je fais de l’agencement de magasins. Ça me donne envie de monter un shop, d’être en connexion avec des gens, de leur vendre des voitures, de l‘art ou même des zines.

On sent également chez toi une vraie attention portée à la mode. Quel regard portes-tu sur ton style ?

Selon moi, le style est la meilleure façon de connaître l’univers d’une personne sans avoir à lui parler. Je sais, par exemple, que je peux mettre un pote face au même dressing que moi et que l’on ne choisira pas les mêmes habits. Les vêtements, ça représente qui on est, c’est un moyen de jouer un rôle, d’être rattachés à des clans : les skateurs, les rockeurs, etc. Il faut préciser que ma mère et mes oncles sont dans le milieu. J’ai donc grandi dans un environnement créatif, à trainer dans des shops ou des expos. J’ai l’impression que ça se ressent aujourd’hui dans ma façon de m’habiller, voire même d’utiliser Insta.

Justement, comment gères-tu ton compte Instagram ? Tu l’envisages comme une simple vitrine ou plutôt comme une façon de consolider ton univers ?

C’est très simple : chaque photo postée doit refléter ce que je suis, avec un univers et des couleurs qui me représentent. Il faut que ma mère et me potes puissent m’y reconnaître, que ce soit une belle vitrine. Après, j’essaye de faire attention : les réseaux occupent une énorme place dans la vie des jeunes de ma génération, mais je souhaite réguler ça. C’est aussi pour cette raison que j’ai pensé à créer ce zine : je veux montrer que je ne suis pas juste ce petit gars d’Insta avec de belles photos. L’idée est de prouver que je peux créer un projet de A à Z, le finaliser et le vendre à un prix raisonnable.

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