Courtesy of Alix Marnat

Chanel et l’IFM lancent une chaire académique des savoir-faire

Un pas de plus pour le développement de la recherche de mode en France, qui vise à réfléchir aux métiers d’art avec une approche historique, culturelle et sociétale.

par Claire Beghin
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22 Septembre 2021, 9:41am

Courtesy of Alix Marnat

« Pour Chanel, c’est un rêve fou. » dit Bruno Pavlovsky, président des activités mode de la maison. Il inaugure ce mois-ci avec Xavier Romatet, le directeur de l’Institut Français de la Mode, la « Chaire Chanel et le 19M des Savoir-Faire de la Mode », un programme de recherche et d’enseignement étalé sur 5 ans qui vise à préserver et à valoriser les métiers d’art - plumassiers, brodeurs, paruriers et autres, avec une approche à la fois historique, culturelle et sociétale. 

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Courtesy of Alix Marnat

1000 étudiants de l’IFM, qui propose depuis trois ans, avec l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, le premier parcours doctoral de France dédié à la mode, bénéficieront de ce programme de recherche, en étroite relation avec le 19M, un site dédié aux métiers d’art installé l’an dernier à Aubervilliers. Y sont réunis 600 artisans au service d’une quarantaine de marques, l’école de broderie de la maison Lesage, et bientôt, une galerie d’art. Bruno Pavlovsky, qui préside également le comité exécutif de la fondation IFM, voit cette association comme l’occasion de réfléchir à ces métiers, à la façon de les préserver et de les ancrer dans une mode de plus en plus tournée vers les technologies numériques, au delà des activités de Chanel. « Nous avons à coeur de réunir et d’engager des sociétés et des groupes sur des sujets qui peuvent paraitre théoriques, mais qui doivent devenir pratiques. Prendre du recul, engager les étudiants à réfléchir sur ces sujets, et impliquer aussi les équipes de la maison dans les processus de réflexion. » dit-il. 

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Courtesy of Alix Marnat

Xavier Romatet appuie cette nécessité d’étudier les dimensions culturelles et sociétales des relations entre savoir-faire et mode, au delà de la notion d’objet. « Sans les métiers de la main, il n’y a pas de création. Les savoir-faire ont toujours été moteurs d’innovation, c’est pourquoi nous devons les aborder sous un angle plus large, celui des sciences sociales et humaines. » dit-il. Cette chaire, dirigée par la professeure Emilie Hammen, docteure en Histoire de l’Art et formée à la création de mode et aux arts appliqués, sera aussi l’occasion de poursuivre le développement de la recherche de mode en France. Si ce qu’on appelle les Fashion Studies sont installées dans les pays anglo-saxons depuis plusieurs décennies, elles ont longtemps peiné à s’introduire en France, où la mode a longtemps été considérée comme un sujet frivole. « On a aussi plus de facilité à s’interroger sur un sujet qui est loin de nous. La mode étant une évidence en France, on n’a pas ressenti le besoin de cette mise à distance. » Mais il n’est pas trop tard pour s’y mettre, et les pistes de recherches sont d’autant plus riches que peu d’entre elles ont jusqu’ici été explorées. 

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Courtesy of Paul Lehr

« Quand on commence la recherche en mode on réalise que beaucoup de chercheurs étrangers viennent étudier nos sources. Il serait bon de s’y plonger aussi, de porter un regard sur ce qui est constitutif de notre histoire et de notre culture. » ajoute-t-elle. Elle l’affirme, nous vivons un moment clé. À l’heure où on décortique plus que jamais la place que prend la mode dans l’évolution de nos sociétés, y réfléchir sous un angle théorique est un enjeu décisif, dès à présent porté par une nouvelle génération d’étudiants. 

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