le photographe yaniv edry capture les moments d’insouciance de la jeunesse israélienne

De 2004 à 2016, Yaniv Edry a sillonné Israel, de Haïfa à Tel-Aviv, pour photographier une certaine jeunesse locale. La galerie Books and Photographs, située rue d’Aboukir à Paris, expose une sélection de ses clichés.

par Sophie Abriat
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07 Décembre 2017, 9:33am

Yaniv Edry est né en 1971 à Givat Olga à 2 km d’Hedera, une ville située à mi-chemin entre Haïfa et Tel-Aviv. Il passera toute son enfance dans cette petite station balnéaire, au bord de la Méditerranée. Pendant 12 ans, de 2004 à 2016, il a photographié la jeunesse de son pays : des clichés empreints de nostalgie, dans lesquels s’entremêlent souvenirs d’enfance et visage de la nouvelle génération. Un travail documentaire enveloppé d’une forte couche d’idéalisation. Ambiance à la Larry Clark, clins d’œil à Virgin Suicides de Sofia Coppola, les clichés donnent à voir une jeunesse autant innocente que fougueuse. Une tonalité plutôt légère entrecoupée de moments plus graves, plus solennels en référence à la réalité militaire du pays. Une vision qui a séduit les galeristes de la galerie-librairie Books and Photographs, située au 5 rue d’Aboukir, qui ont découvert le travail du photographe sur… Instagram.

Tu es né et tu as grandi à Givat Olga. Peux-tu nous parler de ton enfance ?
J'ai grandi dans un quartier populaire, entouré de gens simples, où tout le monde se connaissait. Tous mes cousins vivaient là, près de moi. Ados, on allait tous ensemble, par groupe de 20, à Tel-Aviv, la « grande ville ». Nous étions très unis, très purs et très innocents, tout était nouveau pour nous. Nous étions prêts à dévorer le monde, à découvrir de nouvelles choses. Je me souviens qu’on défendait un certain style, en mode comme en musique.

Tes photos sont inspirées de tes souvenirs d’enfance. Peux-tu nous en dire plus ?
Je me considère comme un photographe de mode-documentaire. En ce sens, la photo est pour moi quelque chose de très précis, tant au point de vue du choix des lieux, des personnes, de leur style, maquillage et coiffure. Je commence toujours par traduire un de mes souvenirs en une histoire puis je sélectionne un par un tous les éléments que je viens de citer. Sur le shooting, j'explique aux protagonistes l'histoire dont il est question et à partir de ce moment-là, je les laisse être eux-mêmes, mais dans ce contexte particulier.

De 2004 à 2016, tu as photographié une partie de la jeunesse de ton pays. Pourquoi ce choix et comment as-tu conçu ce projet ?
Ce n'était pas vraiment un choix à vrai dire. Au fil des années, je me suis rendu compte que je choisissais de manière répétitive des sujets qui tournaient autour de l’adolescence. Après plusieurs shootings pour des magazines, j’ai réalisé que j’étais quelqu’un de très nostalgique. J’aime repenser à certaines périodes de ma vie qui ont été importantes pour moi. D’une certaine façon, mon travail me permet de revivre ces moments. Donc, Israël et la jeunesse n’ont pas été un choix, plutôt une évidence. Les jeunes que j’ai photographiés avaient tous à l’époque entre 14 et 17 ans, j’ai fait appel à une agence de mannequins pour trouver des « new faces ». C’est la recherche d’authenticité qui nous a guidés, l’idée était de faire appel à des personnes avec le moins de « masque » possible.

Ton enfance et adolescence ont été marquées par le conflit israélo-palestinien, comment as-tu vécu cela ? Comment la jeunesse d’Israël vit cette situation de conflit aujourd’hui ?
Dans mon enfance, la situation était très différente de celle d’aujourd’hui. Je sentais une forme d’entraide. Nous avions l'habitude d'aller dans les villages arabes et inversement, nous avions l'habitude de jouer au foot ensemble. J’ai l’impression que ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, bien que dans certaines parties d'Israël comme Haïfa, Jérusalem ou Jaffa où j'habite, il existe une sorte de coexistence et de respect, que je trouve très importants. Une partie de la jeunesse comprend qu’il faut servir et protéger son pays et tous ses habitants qu’ils soient juifs ou arabes.

On a l’impression que tu es entré dans l’intimité de ces jeunes personnes. Comment as-tu développé cette proximité avec elles ?
Je connaissais certains mannequins de projets précédents et plus globalement, pour ce qui est de l'intimité des photographies, il faut dire que la plupart des Israéliens sont très ouverts et accessibles ; ce qui est, à mon avis, le principal élément qui permet de faire le lien entre les gens. Par exemple, quand j’ai choisi le sujet de la fête d’anniversaire, nous avons sélectionné un groupe de 8 adolescents qui ne se connaissaient pas du tout jusqu’ici. Ils ont pris place dans le décor cinq minutes seulement après s’être rencontrés et se sont immédiatement mis dans la peau d’un groupe d’amis proches, unis depuis des années... Être israélien joue bien sûr en ma faveur et me permet de créer une connexion avec eux, malgré notre différence d’âge. Je ne porte jamais de jugement sur les personnes que je shoote, je veille à les rassurer afin qu'ils se sentent à l'aise et je leur laisse la possibilité de paraître aussi naturels que possible. Tout cela réuni permet de créer un sentiment de confort et d’intimité.

Comment décririez-vous cette nouvelle génération ?
La jeunesse israélienne est très dépendante de la mode et de la musique ; ils sont hyperconnectés, passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. Leur mode de vie est très dématérialisé, ce qui entraîne une certaine forme d’isolement. Ils sont sûrement moins innocents que ne l’était ma génération mais ils semblent plus optimistes qu’inquiets pour le futur, ce qui est une bonne chose.

« Books and Photographs », 5 rue d’Aboukir, sur rendez-vous

Yaniv Edry, « TEL AVIV-HAIFA », 92 p., self-published.

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