Ichon, Je ne suis qu'un homme.

voilà tout ce qu'il fallait écouter pendant ce mois de juillet

Parce qu'on ne réussit pas son été sans une bande-son à sa hauteur, voici les 15 pépites musicales du mois de juillet - autant d'alliées indispensables pour passer de bonnes vacances.

Ichon, Je ne suis qu'un homme.

Ichon, Je ne suis qu'un homme

Ichon est plein de paradoxes, et c’est sûrement ce qui fait tout le sel de l’œuvre que le rappeur de Montreuil se construit depuis des années. Son dernier projet, Il suffit de le faire, déclare le mantra implacable de l’artiste et explore la vie sur un fil tendu entre l’amour et la violence. Sur sa mixtape sortie en novembre 2017, égrenée de ses éternels « fils de puuute ! », Ichon se met à nu, chante son ivresse amoureuse et laisse à voir une sincérité toujours bienvenue dans un genre musical qui a souvent travaillé à la cacher. Sur le morceau « Je ne suis qu’un homme », l’artiste parle des ambitions passées, des difficultés du présent, des craintes du futur... Des troubles d’un homme qu’il fallait illustrer par un clip à la douceur sensuelle, virile, inattendue dans le rap, peu étonnant quand on connaît la créativité d’Ichon. « J’pense pas que l’rap français va m’sauver » chante-t-il sur le refrain. L’inverse est sûrement mois vrai.

Pedro & Jenna, Intro

S’il existe bien une locution sur-usitée dans le journalisme musical (et dans le langage tout court), c’est bien celle de « perle rare » – un piège rhétorique à éviter à tout prix tant ses milliers d’éruptions ont fini par vider la formule de toute son originalité. Mais voilà, comment fait-on lorsqu’on tombe vraiment sur une perle rare ? Il existe bien des alternatives – merle blanc ? Mouton à cinq pattes ? – mais lorsque le titre de Pedro et Jenna a atterri dans nos boîtes mail chez i-D, on n’a su trouver meilleure expression. Alors on prend le risque et on vous le dit sans concession : ce morceau, sur la tranche entre des répertoires house et jazz, ingénieusement émaillé de rythmes broken beat, est une PERLE RARE. Prenez-le pour dit.

Saint DX, First Fantasy

On vous l’avait dit, que vous alliez adorer la musique de Saint Dx. Si le nom ne résonne pas encore, il est temps de vous rattraper cet été. En novembre 2017, peu avant la sortie du premier EP du chanteur de l’ex duo Apes & Horses, nous parlions de « funk sensuelle ». Il est toujours difficile d’enfermer un musicien dans tel ou tel genre tant les barrières ont fondu avec le temps. Mais une chose est certaine, Aurélien Hamm (au civil) sait transmettre une forme de groove irrésistible. La preuve nous en est donnée une fois de plus avec « First Fantasy », son dernier morceau, toujours généreux en synthés, voix douce et basse suffisamment bondissante pour s’oublier 3 minutes au soleil. Et pour donner envie à ceux qui ne connaissaient pas encore Saint Dx d’aller creuser toujours plus loin.

Aamour Ocean, Enjoy the Silence

Leur nom pourrait sonner comme une promesse romantique si l’on ne prêtait pas attention au double A, ce bégaiement annonciateur de retours entêtants - un peu nostalgiques et toujours énervés - dont Aamourocean a le secret. Un déchaînement de techno hardstyle capable de remonter loin dans nos souvenirs, à l'époque des auto-tamponneuses et des premières cigarettes, quand notre cœur battait encore plus fort qu’une boucle techno. Sorti sur Casual Gabberz Records, leur nouvel EP de deux morceaux n’a pas grand-chose à avoir avec le tube de Depeche Mode dont il reprend le titre. À part peut-être la mélancolie et l’idée que dans le gabber, la catharsis est encore plus belle lorsqu’elle sait se passer de mots.

Childish Gambino, Feels Like Summer

Dans la vie il y a des surdoués. Des gens qui seraient tout simplement énervants s’ils n’étaient pas incroyablement talentueux. Donald Glover aka Childish Gambino fait partie de ceux-là. Acteur (dans la série Community, récemment dans les blockbusters Spider-Man Homecoming ou Solo : A Star Wars Story), scénariste (pour 30 Rock et sa propre série, l’incroyable Atlanta), rappeur autant adoré que détesté (avec deux albums, Camp et Because the Internet) et chanteur soul acclamé (avec Awaken My Love) : tout ce qu’il touche se transforme en or. Dernièrement, l’artiste a trouvé son apex avec le titre « This Is America ». Il faut avoir vécu les derniers mois dans une grotte pour ne pas être tombé raide devant la force incroyable du clip. Gentil, il nous a laissé le temps de nous remettre pour délivrer deux morceaux d’été, « Summertime Magic » et « Feels Like Summer ». L'un et l'autre vous transporteront instantanément au soleil, mais il fallait trancher.

Myth Syzer (feat. Doc Gyneco, Clara Cappagli), La Piscine

On avait tous besoin d’élire le nouveau tube de l’été. Non pas un énième pastiche d’une Lambada remontée à l’aide d’une moulinette électro, mais quelque chose de chaud et languissant, un peu boudeur. Un truc pour s’étaler sur le carreau chaud d’un bord de piscine au réveil. Pour ça, il fallait compter le producteur fédérateur Myth Syzer qui, après son hit « Le Code », nous fait l’offrande d’un nouveau tube, en trio cette fois-ci, avec Clara Cappagli (voix d’Agar Agar) et (attention, choc cérébral) le plus grand transfuge que le rap français n’ait jamais connu, Doc Gyneco. Bon, on n’aurait franchement pas misé sur ce retour à l’improviste – il faut dire que le docteur revient de très loin – mais Myth Syzer est parvenu à l’embarquer dans un registre qui se rapproche davantage de sa Première Consultation que de ses dernières sorties de route. Du coup, on a fait plouf.

S4U, No Ego

« Nous voulions faire fusionner nos influences qui vont du slow jam RnB à la techno. » Lorsque nous avions rencontré S4U à l’occasion de la sortie de leur nouvelle mixtape, Heart2Say, le duo nous expliquait son ambition première : celle de raccrocher les wagons entre les répertoires qui ont nourri nos générations et de porter le R’n’B vers un nouvel âge d’or. « Ce son était tellement en avance sur son temps qu’il colle parfaitement avec ce que le public recherche aujourd’hui. » Ça n’a jamais semblé aussi vrai qu’avec S4U et le titre « No Ego » qu'ils partageaient ce mois-ci en exclusivité sur i-D. Pour les retardataires, rendez-vous juste en dessous.

Fatal Walima, Coaster Collage

En toute sincérité, pendant quelques minutes, l’idée de résumer cette playlist à la dernière compilation de notre label préféré, la joyeuse bande de Boukan Records qui projette ses bonnes ondes sur la France tout entière depuis trois ans maintenant, nous a traversé l’esprit. Quand la raison nous est revenue, c’est sur le titre de Fatal Walima que nous avons décidé de jeter notre dévolu, « Coaster Collage ». Un concentré de beats afro, de percussions cadencées et irrésistibles qui grimpent sur une techno presque tunée. Un titre qui fera durer le rêve de l’été jusqu’au prochain. Et plus loin encore.

Ty Segall & White Fence, Good Boy

L’été, disait-elle, c’est le temps de l’amour, des copains et de l’aventure. Un triumvirat qui peut facilement se traduire par le temps du psychédélisme, en tout bien tout honneur. L’été, c’est l’heure des couleurs, des lumières, des rêves, de l’ivresse, douce mais transpirante. Et cette année, on ne fera pas mieux que le dernier album de Ty Segall pour venir régaler la bande-son de l’amour, des copains et de l’aventure psyché qui nous attend. Pour ceux à qui la Californie demande un trop gros effort financier, on peut toujours compter sur Ty pour nous transposer sur la West Coast, avec tout ce qu’il faut de solos de guitares, d’harmonies vocales éthérées imparables et d’une générosité à toute épreuve dont le résultat n’est que le nom de l’album de Segall : Joy. Good Boy.

JARDIN, My Queen For Hell

Il nous avait habitués aux atmosphères barrées qui donnent instantanément envie de sexe et de piscine (ou de sexe dans la piscine), mais pour son titre intitulé « My Queen For Hell », Jardin a tablé sur la sobriété. Un champ de maïs, des nuages, de l’herbe, une forêt et un être recouvert de blanc. À l’image, les mouvements sont imperceptibles. Pourtant, l’intensité des basses pourrait bien contenir un message prophétique. Sommes-nous face à un alien ou à un être terrestre ? À un messie venu sauver le monde ou à une créature transhumaine ? Hanté par l'appel des ténèbres, « My Queen For Hell » a peu de chances de vous ouvrir les portes de la rédemption. En revanche, vous ne trouverez meilleure bande-son pour aller danser en enfer.

Denzel Curry, Black Balloons

Nous parlions de surdoués avec Childish Gambino. En voici un autre : 23 petites années et déjà trois albums salués, dont un dernier tout juste sorti et certainement le plus abouti. Hérault de ce que l’on aime appeler parfois le « rap Soundcloud », le rappeur originaire de Floride a pour lui une versatilité à toute épreuve, un flow rebondi et passe-partout et une manière de raconter la jeunesse qui échappe aux grands rappeurs américains de notre temps qui, irrémédiablement, vieillissent. Denzel Curry, c’est aussi le maniement subtil des mots et des mélodies. Sur « Black Ballons », l’air est à la joie, au genre de beats qui faisaient se déhancher les foules à l’été 1996. Mais au milieu de ça, Curry place quelques réflexions sur le suicide : « Soon black ballons pop / That’ll be the day the pain stops. » Oui, l’été est aussi le moment de réfléchir, mais ne paniquez pas : même en ignorant les paroles, vous ne résisterez pas à Denzel.

Sottoh, Growing Up

Faiseur de house de l’écurie Boukan Records, Sottoh égrène ses rythmes saccadés dans une infusion de douceur qui commençait à nous manquer. Heureusement, il nous livre « Growing Up », un concentré de tendresse dansante qui ne pouvait trouver meilleure illustration qu’un portrait dudit Sottoh, regard de filou sur fond bleu en marge de la traditionnelle photo de classe. Ça démarre comme dans un jardin zen : on croirait entendre le chant des oiseaux et le bruit de l’eau avant qu’un beat house ne s’invite et que les vacances commencent vraiment. Vous en doutez ? Mettez un casque, fermez les yeux et débranchez la clim - il suffit d'écouter pour y croire.

MJ Cole & Kojey Radical, Soak it Up

En 1998, tandis que la France, fraîchement sacrée championne du monde, perd les pédales sur un remix du titre disco "I Will Survive", de l’autre côté de la Manche, l’Angleterre s’enivre d’un nouveau genre musical, le UK Garage. La sortie d’un morceau mènera le mouvement à son acmé cette même année : "Sincere", signé du magnat-producteur MJ Cole. Vous me direz, quel peut être le rapport entre un titre queer dévoyé et ressassé jusqu’à la toquade et les premiers sons d’un genre expérimenté sur les radios pirates et dans les caves de l’est londonien ? Peut-être bien le caractère éminemment populaire qu’ils partagent et le fait qu’ils soient devenus les bandes-son de toute une décennie d’une rive à l’autre. Vingt ans plus tard, l’équipe de foot française fait de nouveau rêver l’hexagone et MJ Cole est de retour avec un titre tout aussi magistral que le but de Pavard, en featuring avec le poète Kojey Radical et dont le clip est sorti ce mois-ci. Tout est lié.

Jul Feat Shay, Pim Pom

Il en va de Jul comme de tous les plaisirs coupables : ne jamais commencer si l’on craint d’être incapable de s’arrêter. L’écouter, c’est donc courir le risque de se voir appuyer sur repeat au moins cinquante fois d’affilée, soixante dans le cas de « Pim Pom », extrait de son album Inspi d'ailleurs. Pour une fois, ne vous arrêtez pas à l'étrange pochette qui rappelle les débuts de Photoshop et les heures sombres de Crazy Frog : le son de « Pim Pom » est aussi entêtant qu'un gyrophare lancé un soir de bal des pompiers. Et si la trompette autotunée ne vous plaît pas, prêtez attention à la voix de Shay qui chante son « cœur de charbon » consumé de passion pour Jul. Le pitch est moyennement crédible, mais il devrait vous donner du courage pour draguer cet été.