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      musique Antoine Mbemba 23 août 2016

      paradis a composé un mix 100% francophone, en exclusivité sur i-D

      Le duo en a profité pour répondre à quelques-unes de nos questions, sur ses influences musicales, l'importance de la langue française, le métier de DJ et les promesses de leur dernier album 'Recto Verso', sorti le 23 septembre.

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      Vous avez entendu l'élégance ? La note mélancolique qui vous abandonne dans le cosmos, le récit intime d'une voix qui ose chanter en français sur une électro léchée ? C'est un peu tout ça, et bien plus, qui fait la particularité du duo Paradis. Une musique propre, un ton unique, qui peut faire danser en pleurant (ou l'inverse), en riant, en se perdant dans les limbes de nos souvenirs. Paradis, c'est ce souvenir de l'été dernier, quand le soleil se couchait, le ciel s'orangeait, et que tout allait bien. C'est une capsule temporelle où chacun y trouve son bonheur.

      Derrière cette offrande paradisiaque, la collaboration symbiotique de deux mélomanes aguerris, Pierre et Simon. Pour leur dernier album, Recto Verso, sortile 23 septembre, les deux compères parisiens d'adoption revendiquent une approche pop sans limite de style. On y trouve les joyaux éclats de la house, du disco, de la new wave et bien plus. Une myriade d'influences qui s'articule autour d'un impératif : écrire des chansons, en français. Le résultat est diablement cohérent, l'électro d'une précision chirurgicale, la voix hors-temps et le propos à toutes et tous.

      Outre la sensibilité qu'ils semblent verser dans leurs compositions, Pierre et Simon savent aussi prendre les platines pour dilapider DJ sets tous plus fous les uns que les autres ; un peu funk, un peu house, un peu Berlin... Un talent qui aura récemment jeté à l'eau normande les plus frileux du festival Cabourg, Mon Amour. Alors Paradis, c'est une sonorité logique qui doit peut-être beaucoup à cette connaissance de la musique et leur éclectisme. La cohérence dans la différence, encore une fois prouvée avec ce mix composé en exclusivité sur i-D. Un hommage élégant à leurs influences francophones, de Polnareff à Miss Kittin. Bonne écoute, bonne lecture.

      Pouvez-vous nous rappeler comment s'est formé Paradis ?
      On s'est rencontrés dans une soirée organisée par un ami commun à Paris. On n'est pas parisiens d'origine, en grandissant on a tous les deux eu la chance de voyager grâce aux métiers de nos parents, on a du coup réalisé qu'on avait tous les deux un attachement particulier à la culture française, un attachement qui vient d'être loin de son pays. Hormis ce point commun, on avait, dès cette première rencontre, réalisé que nous avions des approches différentes de la musique, que ce soit dans sa conception ou même dans nos goûts. On essaie toujours, six ans après, de faire de ces différences une force, et que ce que l'on propose ne soit que ce qui nous met d'accord. Notre musique est très différente de celle que l'on peut faire chacun de notre côté. En ce sens, ce projet n'est ni la musique de Simon, ni la musique de Pierre, mais bien notre musique.

      Vous semblez n'appartenir à aucun clan musical. Vous faites planer la chanson française sur des rythmes house qui virent parfois même au disco. Sans complexe. C'est quoi votre formule ?
      On a toujours essayé d'éviter les postures. On ne fait pas de la musique pour envoyer un message stylistique, même si l'esthétique sonore compte beaucoup pour nous. Notre formule, si on veut, est la suivante : on fait de la chanson, dans la langue qu'on connaît le mieux, sur la musique qui nous touche le plus ensemble à un moment donné. Quand on s'est rencontrés, Simon écoutait surtout de la techno allemande, un peu tout ce qui pouvait s'apparenter à Dial d'un côté, Kompakt de l'autre, avec un côté hyper mélancolique. Et Pierre écoutait surtout du disco, des trucs super énergiques et orchestraux hyper "uplifting", les classiques du Loft, de Philadelphie. La musique avec laquelle on a commencé à écrire s'est naturellement portée sur la house, qui est d'une certaine manière la continuité du disco qui amènera ensuite la techno.

      Maintenant, pour la composition de Couleurs Primaires, notre EP sorti l'année dernière, et de Recto Verso, notre premier album qui sort le 23 Septembre, on a fait le constat que si le fait d'écrire des chansons était le cœur de notre projet, nous devions être libres stylistiquement, sans complexes ou barrières de genre justement. Après tout, la "pop" signifie une démarche plus qu'un style concret. Ainsi, l'album fait appel à la house, certes, mais aussi au disco, à la new wave, et plein d'autres choses encore. Le style, c'est un espace de liberté et d'exploration que se sont permis plusieurs de nos références pop, de Daho aux Pet Shop Boys, et on compte bien en profiter.

      Le chant fait partie intégrante de vos morceaux. Les mots sont comme des instruments. Vous y êtes arrivés comment, au chant ?
      Exactement comme ça, comme d'un instrument. Quand on a commencé, on a continué ensemble ce qu'on faisait chacun de notre côté : de la musique instrumentale. La voix est venue d'abord comme une texture pour s'ajouter à une palette sonore que nous construisions ensemble. Et puis un mot, puis une phrase, puis plusieurs qui pourraient faire sens ensemble, pour créer des couplets, des ponts, des refrains, et des chansons qui feraient peut-être sens avec du recul au bout de quelques mois. Le choix du français, lui, s'est fait très vite : on voulait faire quelque chose de maitrisé, de naturel et de sincère. Le premier morceau ou l'on a écrit un "texte" c'était pour Je M'Ennuie, avec quelques phrases en guise de ritournelle le long du morceau. Un peu comme dans One Two Three Gravity de Closer Musik. On a envoyé ce morceau à Tim Sweeney qui était super enthousiaste et nous a proposé de le sortir sur un label qu'il comptait monter, on en serait la première sortie. C'était hyper excitant. Il est venu nous rencontrer, de passage à Paris pour une soirée dont on se souviendra au Point Ephémère avec Optimo, Superpitcher, etc. On lui a fait écouter une ébauche d'une reprise de La Ballade de Jim qui lui a beaucoup plu, il l'a joué le soir même. Il nous a vraiment poussés à terminer ce morceau et à chercher à écrire et chanter plus en français. Le fait que ça vienne d'un américain qui ne comprend pas notre langue nous a vraiment poussé dans ce sens.

      Et puis il y a le français aussi, qui semble reprendre le dessus dans la pop hexagonale en ce moment. Vous le voyez comment vous, ce retour au français dans la French Touch et la pop ? Nostalgique ? Salvateur ?
      C'est une bonne chose de s'approprier cette langue et de proposer de nouvelles perspectives artistiques et culturelles pour celle-ci. C'est excitant conceptuellement, salvateur « politiquement », et en aucune façon nostalgique. Ce pays traverse des interrogations identitaires, avec une montée de radicalités négatives, dont certaines aimeraient propager l'idée que la langue et la culture française se perdent, que les jeunes quitteraient la France ; c'est donc une bonne chose que la jeunesse réinvente une manière de l'utiliser pour, entre autres, calmer les mauvais esprits. Il faut être fier de cette langue unique, sans chauvinisme aucun, se rendre compte de sa force et l'utiliser pour proposer quelque chose de positif.

      Après, on serait plus mesuré par rapport à cette idée de "retour". La langue française n'a jamais véritablement quitté les ondes : le rap français ne s'est pas mis à rapper en anglais par exemple. La différence aujourd'hui est cette arrivée du français dans des formes auxquelles elle était moins habituée, dans les musiques électroniques actuelles, mais tout ça c'est la continuité d'une tradition d'utilisation du français de manière expérimentale, sans tourner le dos à la pop. François & The Atlas Mountains, Petit Fantôme, Flavien Berger, Syracuse, Moodoïd, Le Colisée, autant d'artistes ou de groupes que de visions et d'interprétations de cette langue, qui nous donnent vraiment le sentiment d'écouter des choses complètement neuves.

      Vous êtes aussi "curateurs" et vous transformez parfois en Dj pour proposer des enchaînements tout à fait éclectiques. Comment faites-vous le lien entre vos casquettes DJs et musiciens ? Est-ce que l'une nourrit l'autre ?
      Complètement, mais ça nous permet surtout de passer un bon moment avec les gens qui viennent nous écouter ! C'est l'occasion de montrer nos influences, d'insister sur la diversité de celles-ci, de tester de nouveaux morceaux. Aujourd'hui et avec cet album qui sort, on est surtout en train de travailler sur notre live, qui existe depuis un peu plus d'un an et qu'on fait évoluer en permanence, on a hâte de partager des moments forts avec un public autour de la musique que l'on crée nous-mêmes, chose que l'on n'aurait même pas imaginée il y a quelques années en commençant.

      En vous "stalkant" comme on dit, je suis tombée sur une photo de vous, signée Etienne Daho. Il représente quoi pour vous ?
      Oui, cette une photo qu'il a prise lors du MIDI Festival à Hyères. C'était émouvant de le rencontrer, même si ce fut furtif, le temps d'un cliché. Il est d'une douceur et d'une sérénité rare, il a su nous faire oublier le stress du concert pendant dix minutes, alors même que les photos ne sont pas notre exercice préféré d'habitude. Daho, c'est une référence en termes d'approche pour nous. Il a su proposer une musique populaire avec un attachement très fort à la beauté et au style dans le son et la composition. On a d'ailleurs mis le premier morceau de son premier album dans ce mix, Il Ne Dira Pas, produit par Jacno. On a failli aussi mettre Heures Indoues, sans doute notre morceau préféré de lui.

      Il symbolise également ce dont on parlait plus haut, l'ouverture au son du présent et du monde : il faut écouter Idéal et Au Commencement, des morceaux uniques dans la pop française, qui empruntent à la musique électronique anglaise pour proposer quelque chose de neuf. Enfin, il représente dans le chant et dans l'écriture une certaine tradition de retenue et de simplicité dont on pourrait se revendiquer.

      Parlez-moi de Recto Verso qui sortira en septembre. Qu'est-ce que vous avez voulu y intégrer ? Qu'est ce que cet album représente pour vous ?
      C'est drôle que tu poses la question de cette manière, car la première phrase du morceau Recto Verso commence par "Parle-moi". On a simplement voulu faire un album de chansons qui nous plairait le plus possible, notre "album préféré" d'une certaine manière. Ce titre, Recto Verso, était celui pour nous qui symbolisait le mieux la thématique qui traverse les morceaux de ce disque : la dualité. Que ce soit entre deux personnes dans la création, le travail, le couple, ou entre des groupes de personnes par exemple, c'est le thème que l'on retrouve au cours de tout l'album. On a aussi voulu mettre l'accent sur l'aspect visuel de cet album. Ainsi, notre ami et photographe, Andrea Montano, qui a réalisé cette pochette pleine de symboles, a aussi réalisé une édition spéciale de 12 photos qui accompagnent les 12 textes des 12 morceaux de l'album. Alors qu'on terminait l'album dans les Landes l'été dernier, on était entourés de centaines de ses photos au mur et on a finalement choisi les morceaux en même temps.

      Vous avez travaillé un moment dessus. C'était important de prendre du temps ?
      C'était à la fois une volonté et un concours de circonstances. Mais au fond, c'est parce que le temps est peut-être notre principal outil. C'est important pour nous de prendre du recul sur ce qu'on fait, faire des pauses, écouter de loin après plusieurs semaines. C'est un luxe qu'on se permet mais qui apporte énormément à notre musique. Comment prendre le recul suffisant sur un morceau chanté de plus de six minutes sans s'arrêter ? Trois ans, c'est le temps qu'il nous a fallu pour créer des morceaux dont on soit individuellement contents, mais qui fonctionnent également ensemble, formant un tout. On est attachés à cette forme peut-être un peu dépassée qu'est "l'album". Pour l'anecdote au sujet du temps : le premier morceau qu'on ait créé pour cet album est celui dont on a refait toutes les voix la veille du dernier mix, trois ans après. Il y a sans doute du perfectionnisme à prendre en compte aussi.

      Aujourd'hui vous nous livrez un mix. Comment l'avez-vous composé ? Quelle partie de votre bagage musical enserre-t-il ? Vous l'aviez initialement intitulé "Message Vocal". Pourquoi ?
      On voulait proposer un mix qui pour la première fois réunirait nos influences francophones, alors que jusqu'içi, on a toujours proposé des mixes de musique sans thématique précise. Et cette thématique n'est pas des moindres pour nous, alors même que notre musique est justement une interaction entre la langue française et le son. Ainsi, le point commun de ces morceaux n'est pas la nationalité mais bien la langue : il y a des artistes français mais aussi canadiens, belges, anglais, espagnols, etc. On voulait aussi faire cohabiter certains de nos amis avec des artistes plus anciens, ainsi on peut retrouver côte à côte Syracuse et Mikado, mais aussi Flavien Berger et … Michel Berger.

      Si vous deviez respectivement choisir un titre qui vous bouleverse à chaque écoute …
      On en choisira un ensemble, un morceau fondateur pour nous, qui sort bien sur de la thématique de ce mix : il s'agit de Can You Feel It de Mr. Fingers, un morceau instrumental. Enfin, on n'est pas à un paradoxe près.

      Et le titre pour finir les vacances, c'est quoi ?
      Sans transition, il faut écouter le remix de Toi Et Moi par I:Cube, sorti discrètement fin Juillet mais qui mérite d'accompagner l'été indien.

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      Tags:musique, interviews, mix, paradis, message vocal, recto verso

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