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Les Garçons Sauvages, Bertrand Mandico

les 14 films les plus attendus de 2018

Mais que nous réserve donc l’année 2018 en cinéma ? i-D a cherché la réponse dans un tour d’horizon (subjectif) des films les plus désirables à venir.

Les Garçons Sauvages, Bertrand Mandico

Les derniers mois auront été amers pour le cinéma. Son année 2018 commence par une gueule de bois encore plus violente que celle qui a suivi notre réveillon, forcé de digérer les drames de l’affaire Weinstein tout en endurant le coup brutal porté à sa réputation. Cruellement misogyne, l’industrie a tombé le masque, incapable de s’abriter une minute de plus derrière ses paillettes, son glamour et sa prétendue ouverture d’esprit. Alors que les Golden Globes célébrés en hommage aux victimes de violences n’ont pas jugé nécessaire d’inviter les premières à les avoir dénoncées, la capacité du cinéma à tendre un miroir à la réalité n’a jamais semblé aussi impérative. D'ailleurs, même si ses tourments le révèlent empêtré dans ses contradictions, son horoscope 2018 annonce quelques bonnes nouvelles. La première est tombée il y a quelques jours : la merveilleuse Cate Blanchett présidera le prochain festival de Cannes. La deuxième tient en une quinzaine de films, dont la sortie est prévue dans les mois à venir. Pour vous mettre en haleine, nous avons donc sélectionné ceux qui suscitent notre désir et nous donnent l’envie de croire, encore et pour toujours, aux pouvoirs magiques du cinéma.

Mektoub my love, d’Abdellatif Kechiche, sortie le 21 mars

Négocier son retour au cinéma après l’ouragan émotionnel provoqué par La vie d’Adèle méritait le temps de la réflexion. Il aura fallu 5 ans à Abdellatif Kechiche pour livrer au public un nouveau film, accueilli dans une fièvre de louanges lors de la dernière Mostra de Venise. Adapté d’un roman de François Bégaudeau, ce récit initiatique se déploie des deux côtés de la méditerranée autour d’une relation brûlante, celle d’Amin et Ophélie, deux jeunes découvrant l’urgence du désir dans la chaleur d’un été sétois. En incroyable directeur de casting, Kechiche a une nouvelle fois décidé de s’attarder sur des visages encore vierges de toute histoire de cinéma. Aucun doute n’est permis : Ophélie Bau et Shain Boumedine – les deux acteurs principaux – seront donc le prochain printemps de la jeunesse (et celui du cinéma).

Phantom Thread, Paul Thomas Anderson, sortie le 14 février

Londres, années 50 : le grand couturier Reynolds Woodcock tombe amoureux d’une jeune femme nommée Alma. Elle devient sa maîtresse et l'objet de tous ses désirs - mais comme souvent chez Anderson, le conte de fées vire rapidement au drame. La manipulation s’insinue dans le couple et plante le décor d’un délire paranoïaque. La collaboration entre Daniel Day Lewis et Paul Thomas Anderson avait déjà fait des prouesses dans There Will Be Blood, film historique emmené par le personnage machiavélique de Day Lewis. Cette fois-ci, c'est lui qui incarnera le puissant couturier, et malgré le mystère qui plane encore sur le film, il y a des chances pour qu’il nous ramène au bien-fondé des vieux proverbes : chez Anderson, l'habit ne fait jamais le moine.

Les Garçons Sauvages, Bertrand Mandico, sortie le 28 février

Une horde de Garçons Sauvages comme chez William S. Burroughs, une île inspirée du pays imaginaire de Peter Pan, un soupçon de mysticisme à la Méliès et des emprunts trash à Bataille et Buñuel – ajoutez à ces références savamment mixées une pincée de queer et vous aurez une idée de ce qui vous attend devant le premier long-métrage de Bertrand Mandico. L’auteur d’une météorite de courts films gores et poétiques, lauréat du Grand Prix du festival indépendant de Bordeaux, s’est tourné vers de jeunes actrices (Diane Rouxel, Mathilde Warnier, Vimala Pons, Anael Snoek et Pauline Lorillard, sublimes androgynes) pour interpréter sa bande de jeunes hommes ultra-violents. Coupables d’avoir violé leur institutrice, nos cinq héros sont placés sous la tutelle d’un affreux capitaine et dérivent au gré de ses sautes d’humeur et des marées. Un soir, ils se mutinent et débarquent sur une île aux milles vices et délices. Au rendez-vous : fruits poilus, gigantesques lianes tentatrices et végétaux cracheurs de bave cristalline. Tourné en noir et blanc et syncopé de couleurs irradiantes, Les Garçons Sauvages est le manifeste érotico-queer et français que vous attendiez.

Black Panther de Ryan Coogler, sortie le 14 février

C'est officiel, le blockbuster black power de Ryan Coogler a battu tous les records de préventes du Marvel Cinematic Universe aux États Unis. Originaire du Wakanda, une nation africaine fictionnelle, le personnage de Black Panther bouleverse les codes du film de super-héros classique – toujours trop blanc, toujours trop occidental. Loin d'être le pays d'un tiers-monde exotique et futuriste (comme le genre sci-fi à l'habitude d'en projeter), le Wakanda est une région prospère qui regorge de richesse et qui n'a jusque-là jamais subi la colonisation. Une façon pour le réalisateur de démonter les stéréotypes cinématographiques liés à l'Afrique ainsi que de dénoncer les effets de la traite transatlantique et du colonialisme sur le continent africain. Bref, Black Panther est LE manifeste afro-futuriste que le monde attendait et on est sûr qu'il participera à rétablir, à sa façon, les déséquilibres de l'histoire du comics et du sci-fi.

Il figlio (Manuel), Dario Albertini, sortie le 7 mars

Premier film de l’italien Dario Albertini, Il filglio a remporté le prix du meilleur film lors du dernier Festival Cinemed à Montpellier. Le film suit le parcours de Manuel à la sortie d'un foyer éducatif dans lequel il a passé son enfance. Pour cause, une mère en prison, sur laquelle il doit pouvoir veiller afin que la justice autorise son assignation à résidence. Des responsabilités qui s’inversent, s’entrecroisent et menacent la liberté de chacun d’entre eux. Mais est-ce être adulte que d’assumer la responsabilité d’une autre vie que la sienne ? Ce drame emmené par Andrea Lattanzi (dont c’est le premier film) ne promet pas de réponse, mais emplira à coup sûr, nos coeurs d'émotion.

Jessica Forever, Caroline Poggi et Jonathan Vinel, prochainement

Apocalyptiques et fulgurants : les trois courts-métrages de Caroline Poggi et Jonathan Vinel (parmi lesquels Tant Qu’il Nous Reste des Fusils à Pompe, auréolé de l’ours d’or à Berlin en 2014) parlent de notre temps. Invoquant tour à tour l’ultra-violence, la nostalgie de l’analogue ou la solitude du monde moderne, le couple le plus juvénile et prolifique du cinéma français s’adresse à notre génération. On a donc tout à attendre de Jessica Forever : leur premier long-métrage produit par Ecce Films, mettra en scène une bande de jeunes guerriers qui aspirent à « rester vivants » et trouvent l’apaisement dans une jeune femme prénommée Jessica (incarnée par Aomi Muyock, révélée dans le Love de Gaspar Noé). On n’a pas encore de date de sortie, mais le film devrait voir le jour courant 2018.

Lady Bird, de Greta Gerwig, sortie le 28 février

De Todd Solondz à Mike Mills en passant par Noah Baumbach ou Pablo Larrain, Greta Gerwig s’est imposée comme le visage d’un cinéma indé exigeant et modeste, pointu mais jamais pompeux. Avec Lady Bird, elle passe pour la première fois derrière la caméra en tant que réalisatrice et signe le scénario du premier film à battre des records de critiques positives sur le site américain Rotten Tomatoes – bon baromètre de l’accueil fait à un film avant sa sortie. L’histoire tourne autour d’une relation mère/fille impossible : Lady Bird met autant d’énergie à détester sa mère qu’à ne pas vouloir lui ressembler. Mais au fond, elle l’aime sans doute un peu trop… Ça vous rappelle quelque chose ? Nous aussi, et on en trépigne d’impatience.

Kings de Deniz Gamze Ergüven, sortie le 25 avril

En 2005, la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, originaire de Turquie, se voit refuser la nationalité française pour la seconde fois alors qu'elle vit dans le pays depuis sa plus jeune enfance. Trois semaines plus tard, les banlieues françaises explosent quand toute une jeunesse condamnée au silence se soulève à l'unisson. La réalisatrice ne peut que comprendre sa colère, ce combustible irréprimable qu'elle a elle-même trop souvent senti menacer au fond de ses entrailles. Son empathie la pousse à lire de nombreux papiers et recherches consacrés aux émeutes et la mène à tirer des fils rouges entre différents soulèvements historiques. C'est ainsi qu'est né des années plus tard son nouveau film Kings dont l'histoire prend place dans un quartier populaire de Los Angeles, au tout début des années 1990, quand la ville est sur le point de s'embraser après l'acquittement de deux policiers coupables du meurtre d'un automobiliste noir, Rodney King. Ergüven montre ainsi que la colère des communautés racisées constamment sujettes à la précarité, l'arbitrage abusif de la police et au racisme institutionnalisé, n'a pas de frontières.

La fête est finie, de Marie Garel-Weiss, sortie le 28 février

Zita Henrot et Clémence Boisnard © Pyramide Distribution

À peine sorties de l’adolescence, deux filles se rencontrent dans un centre de désintoxication. Elles s’appellent Céleste et Sihem et leurs frasques les obligeront bientôt à quitter le lieu : aucune certitude sinon celle que le réel reprend ses droits et que leur amitié leur permettra (peut-être) de ne pas replonger. Pour ce duo de tous les dangers, Zita Hanrot retrouve Clémence Boisnard, dont la délicatesse affleurait déjà dans L’âge atomique, d’Hélèna Klotz. Il ne reste plus qu’à souhaiter à ce premier long-métrage le même degré d’intensité.

How to talk to girls at parties, de John Cameron Mitchell, sortie le 27 juin

Du punk, une planète inconnue, de belles et étranges créatures, beaucoup d'amour et un casting composé d’Elle Fanning et Nicole Kidman : en quelques mots, voilà le mélange des genres promis par How to talk to girls at parties. Révélé en 2001 par l’étrange Hedwig and the Angry, John Cameron Mitchell continue d’explorer les normes à travers son univers déjanté, sa fascination pour le sexe et sa passion pour la musique. Le tout, sur fond d’une contre-culture musicale emblématique. This is England.

9 doigts, F.J Ossang, sortie le 22 mars

Cinéaste, écrivain, poète situationniste et dissident punk notoire : F.J Ossang s’est toujours établi à la marge. 9 Doigts, qui signe son grand retour dans le paysage cinématographique après six ans d’absence, ne déroge pas à la règle. Mal de mer s’abstenir : la traversée maritime qu’entreprennent Kurtz (chef de gang lunaire interprété par le génial Damien Bonnard), Magloire (un petit malfrat à demi-otage incarné par Paul Hamy) et un prétendu médecin sapé comme un dandy d’il y a deux siècles (Gaspard Ulliel, qui d’autre ?) est de tous les dangers. Au sous-sol, des containers chargés de polonium prêts à exploser et des idées noires plein la tête des passagers. Sur le rythme de MKB Fraction Provisoire, ce périple expérimental en eaux troubles ravira les derniers mohicans du punk – et les amoureux du cinéma expressionniste, dont Ossang est l'un des plus fiers héritiers.

Ocean Eight, Gary Ross, sortie le 13 juin

On sait, on sait. Qui dit « spin-off » dit « tout à craindre ». Mais quelques arguments de poids nous poussent à tout miser sur Ocean Eight, le spin-off de la trilogie culte des naughties (et ce, même si Soderbergh, auteur d’Ocean Eleven, Twelve et Thirteen, a quitté le navire et laissé les manettes au scénariste Gary Ross pour l’occasion) :
1) Gary Ross a quand même remporté le Saturn Award du meilleur scénario pour Big en 1990.
2) Les braqueurs d’Ocean Eleven, Twelve et Thriteen ont été remplacés par des braqueuses. (#prendsçapatriarcat)
3) Elles seront incarnées par Sandra Bullock, Cate Blanchett, Helena Bonham Carter, Anne Atthaway, Mindy Kaling, Awkwafina, Sarah Paulson... ET RIHANNA.
4) Un film avec Riri en mode Man Down ne peut être que génial.
5) Fin des arguments de poids.

La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, sortie le 7 mars

Les soirées chez un(e) ex finissent toujours mal. C’est l’adage qu’on retiendra du film La Nuit a Dévoré le Monde, adapté du roman éponyme de Martin Page. Sam, musicien de 36 ans, se réveille d’un lendemain de fête douloureux chez son ex. Problème : il est seul et l’appartement est maculé de sang. Dans la nuit, tous les invités se sont métamorphosés en zombies et maintenant, ils traînent leur soif dans les rues parisiennes et, comble du zombie, se multiplient. Incarné par Anders Danielsen Lie (le héros taciturne d’ Oslo 31 Août), Golshifteh Farahani (également à l’affiche du prochain Eva Husson, Les Filles du Soleil), Sigrid Bouaziz et l’acteur fétiche de Leos Carax, le génial Denis Lavant, La Nuit a Dévoré le Monde promet d’être aussi sexy que sanglant.

The disaster artist, de James Franco, sortie le 7 mars

Alors que James Franco se retrouve accusé de harcèlement sexuel à peine après avoir été récompensé du Golden Globe du meilleur acteur, les votants de l’Académie des Oscars cherchent à retirer leurs votes portés sur son film. La sortie de The disaster artist s’annonce donc tourmentée, malgré l’accueil exceptionnel réservé au film en festival et le pitch le plus barré de ce début d’année : un artiste totalement étranger au milieu du cinéma se lance dans la réalisation du plus grand nanar de tous les temps. Mise en abyme déjantée et satire de l’industrie cinématographique, le film brouille la frontière entre fiction et réalité et semble poser, in fine, la question complexe mais capitale qui taraude l'art en ce moment : peut-on séparer un artiste de son œuvre ?