hanne gaby odiele raconte son combat de mannequin intersexuée

La mannequin belge a récemment révélé son intersexualité au monde entier. i-D l'a rencontrée pour parler de son parcours et de l'importance de la reconnaissance des personnes non-binaires.

|
10 Mars 2017, 12:40pm

s'exclame Hanne Gaby Odiele, 29 ans, à l'autre bout du téléphone à New-York. Cela ne fait que deux semaines que la mannequin Belge a publiquement dévoilé son intersexualité, devenant ainsi une nouvelle porte-parole de la communauté. «

Née à Kortrijk, un petit village dans la campagne flamande, Hanne ressemblait à tous les autres enfants de son âge. Garçon manqué, plein d'énergie, elle était obsédée par Nirvana et rêvait de devenir psychologue ou politicienne. Cependant elle était aussi différente des autres enfants, car née intersexuée - c'est le nom que l'on donne à une personne née avec des caractéristiques génitales qui ne correspondent pas à la définition typique du sexe masculin ou féminin. Simplement représentée par le « I » dans l'expression LGBTQI (ajouté il y a peu) cette communauté n'a jusqu'à présent pas reçu l'attention qu'elle mérite. Selon les Nations Unies, environ 1,7% de la population est née avec des caractéristiques intersexuelles. Hanne est née avec un syndrome d'insensibilité aux androgènes, une spécificité qui touche les femmes nées avec les chromosomes XY, généralement associés aux hommes. Pour Hanne, cela se manifeste par une cryptorchidie et une absence d'ovaire et d'utérus, ce qui l'empêche biologiquement d'enfanter.

À cause du manque d'information (à l'époque, même en tapant « intersexe » dans Google aucun résultat n'apparaissait) et de la difficulté d'être perçue comme « différente », les docteurs ont convaincu les parents d'Hanne d'entamer une procédure dévastatrice durant laquelle ses testicules lui ont été retirés. Elle n'avait que 10 ans. « Ils ont dit à mes parents que j'étais la seule à être comme ça, que je ne me développerai pas comme les filles 'normales', et que si je ne faisais pas cette opération je pourrais avoir un cancer. Je me sentais tellement isolée et j'avais honte, comme si quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Aucun enfant ne devrait vivre ça. »

Ce n'est qu'en lisant un article sur une femme intersexuée dans un magazine hollandais qu'Hanne a finalement pris conscience de sa condition. La fille en question avait subi des opérations traumatisantes lorsqu'elle était jeune, n'avait pas de cycle menstruel et ne pouvait pas avoir d'enfant - autant d'éléments auxquels Hanne pouvait s'identifier. Elle a décidé d'en faire part à son docteur qui lui a finalement confirmé qu'elle était intersexuée. Jusqu'alors, Hanne, tout comme ses parents, n'avait jamais entendu ce terme. « Le monde est très binaire, soupire-t-elle, tu dois forcément être une femme ou un homme. Voilà pourquoi j'ai été sujette à des opérations inutiles, simplement à cause de cette peur du corps non-binaire. Aucun d'entre nous ne devrait être poussé à choisir une case. Heureusement les choses commencent à changer. »

Hanne est devenue célèbre dans l'univers de la mode après s'être faite repérer par un agent au Novarock festival, en 2005. « Je n'avais jamais pensé être mannequin, dit-elle. Je n'avais que 17 ans et je ne savais pas ce que c'était. Je ne m'intéressais pas vraiment au monde de la mode, jusqu'à ce que je le découvre. Et j'ai adoré ! » C'est d'ailleurs dans ce monde qu'elle a rencontré son mari, le mannequin John Swiatek, avec qui elle s'est mariée l'an dernier. Ses traits angulaires, son menton défini, ses pommettes hautes et ses yeux d'un bleu perçant rendent sa beauté aussi unique et pure que dérangeante. Une beauté qui a su toucher des marques comme Saint laurent, Dior, Prada ou encore Louis Vuitton (parmi tant d'autres) pour qui elle a défilé. On l'a retrouvé à maintes reprises sur la couverture de grands magazines. Mais tout n'a pas toujours été rose.

Lorsque l'on pense à la Fashion Week, on pense aux défilés, aux belles fringues, aux soirées et dîners, à l'ensemble du spectacle. On ne s'imagine pas la souffrance et l'isolation d'une jeune mannequin, qui, juste après avoir défilé, doit subir une opération de reconstruction vaginale. Une procédure particulièrement difficile, physiquement et mentalement et qui aurait pu, a posteriori, exposer Hanne à toute sorte de problèmes et d'infections. « J'avais 18 ans et je venais de rentrer de la Fashion Week, c'était horrible. Il n'y a rien de mal à être intersexué, mais subir ce genre d'opérations inutiles donne l'impression d'être étrangère à ce monde. »

Le sexe et le genre sont aujourd'hui devenus des sujets habituels de conversation. Grâce à internet, des personnes aux quatre coins du monde peuvent se connecter les uns aux autres et s'entre-aider. Ces discussions n'ont plus uniquement lieu dans les recoins les plus sombres de la toile, elles entrent lentement dans l'imaginaire collectif. « Internet joue un rôle clé, avoue Hanne, à travers ce médium nous pouvons créer une communauté en ligne, qui permet aux personnes intersexes de ne plus se sentir isolés. Plus les gens partagent leur histoire, plus le monde nous comprend et nous accepte. Voilà pourquoi je parle ouvertement et je partage mon histoire : pour que les gens se rendent compte du traitement horrible qui est réservé aux enfants intersexuées. J'essaye ainsi de leur éviter ces opérations aussi affreuses qu'inutiles. »

Dans son effort de sensibilisation, Hanne collabore avec une organisation à but non lucratif (InterACT Advocates for Intersex Youth) qui lutte pour les droits et la visibilité des personnes intersexes partout dans le monde. « Je m'accepte enfin et je vis fièrement comme une femme intersexe, affirme-t-elle. Je suis mes propres règles, et je me sens libre d'être la personne que je veux. Je voudrais que toutes les personnes intersexuées se sentent comme moi. Je veux qu'ils se sentent en sécurité, respectés et estimés partout dans le monde. » Et avec des gens aussi courageux qu'Hanne, les choses ont de fortes chances d'évoluer. 

Credits


Texte Tish Weinstock 
Photographie Mayan Toledano